Parcs saoudiens à Cergy-Pontoise : un cadeau empoisonné pour le Val-d’Oise ?

Par SilverLining 25/08/2026 à 11:24
Parcs saoudiens à Cergy-Pontoise : un cadeau empoisonné pour le Val-d’Oise ?

Trois parcs d’attractions géants financés par l’Arabie saoudite à Cergy-Pontoise : un projet de six milliards d’euros qui divise entre opportunité économique et dépendance géopolitique. Analyse des enjeux cachés.

Un projet pharaonique à l’ombre de l’Élysée

Alors que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane était reçu à l’Élysée ce lundi 24 août, un projet colossal a été officialisé, promettant trois gigantesques parcs d’attractions à Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise. Un investissement de six milliards d’euros, entièrement financé par Riyad, qui suscite autant d’enthousiasme que de critiques. Si certains y voient une « chance extraordinaire » pour le département, d’autres dénoncent un danger pour la souveraineté économique française et une dépendance inquiétante envers l’Arabie saoudite.

Le timing de cette annonce, concomitante à la rencontre entre Emmanuel Macron et le dirigeant saoudien, interroge. Officiellement en discussion depuis près de dix-huit mois, ce projet arrive dans un contexte où la France cherche désespérément des partenaires financiers pour relancer son économie. Mais à quel prix ?

Un Val-d’Oise abandonné par l’État, courtisé par Riyad

Florence Portelli, présidente déléguée des Républicains (LR) en Île-de-France et figure politique locale, a rapidement salué cette initiative. Native du Val-d’Oise, elle évoque avec nostalgie Mirapolis, l’ancien parc à thèmes de Courdimanche, fermé depuis des décennies. « J’y suis allée quand j’étais petite. Je trouvais ça génial, mais ça n’a pas marché », confiait-elle mardi sur les ondes. Pourtant, aujourd’hui, elle présente ce nouveau projet comme une « chance » pour son territoire, notamment en termes d’emplois et d’attractivité.

Mais derrière l’euphorie affichée, se cache une réalité plus sombre. Le Val-d’Oise, département souvent relégué au second plan par les gouvernements successifs, a longtemps souffert d’un manque criant d’investissements publics. « L’État n’en avait rien à faire du Val-d’Oise pendant des années. Il n’investissait pas dans le Val-d’Oise », a-t-elle reconnu, avant d’ajouter : « Que ce très beau département soit valorisé, qu’il y ait de la création d’emplois… je suis ravie. »

Pourtant, cette dépendance aux capitaux étrangers pose question. Avec 22 000 emplois directs promis et des milliers de logements à construire pour accueillir les futurs travailleurs, le projet saoudien pourrait transformer durablement le paysage économique local. Mais à quel prix pour l’autonomie stratégique de la France ?

Une culture du manga pour masquer une stratégie géopolitique

Florence Portelli insiste sur l’aspect « culturel » de ces parcs, évoquant la popularité des mangas et des univers fantastiques. « Je n’ai pas la culture Dragon Ball Z, mais je sais que ça plaît énormément. C’est une vraie culture, la culture du manga, et c’est surtout pour mon territoire une chance extraordinaire », déclare-t-elle. Pourtant, derrière cette façade ludique se profile une stratégie d’influence saoudienne en Europe, alors que Riyad cherche à diversifier son image après des années de relations tendues avec l’Occident.

L’Arabie saoudite, souvent critiquée pour son bilan en matière de droits humains, voit dans ce projet une occasion de renforcer son soft power sur le continent. La France, en pleine crise économique et sociale, semble prête à accepter ce partenariat, malgré les risques de dépendance énergétique et géopolitique qu’il comporte. Un alignement d’intérêts qui interroge sur la politique étrangère de Macron, de plus en plus proche des régimes autoritaires du Golfe.

Un calendrier flou, des promesses hasardeuses

Alors que Florence Portelli assure que « ça va aller assez vite » et que « le projet est assez sûr », aucun calendrier précis n’a été communiqué. Les six milliards d’euros d’investissement saoudien devraient s’étaler sur plusieurs années, mais les détails concernant la répartition des bénéfices et le contrôle des infrastructures restent flous. Qui gérera ces parcs ? Sous quelles conditions ? Le doute persiste.

Par ailleurs, l’annonce intervient alors que le gouvernement français, dirigé par Sébastien Lecornu, tente de relancer l’attractivité des territoires ruraux et périurbains. Pourtant, ce projet saoudien, s’il se concrétise, pourrait bien écraser les initiatives locales sous le poids d’un financement étranger, sans garantie de retombées équitables pour les habitants.

Entre opportunité économique et aliénation stratégique

Le Val-d’Oise, souvent perçu comme un territoire périphérique, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat bien plus large : celui de la souveraineté économique française. Alors que l’Europe tente de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et aux capitaux russes ou chinois, l’arrivée massive de fonds saoudiens interroge. Peut-on vraiment faire confiance à un pays où les libertés individuelles sont bafouées pour développer des infrastructures culturelles destinées à la jeunesse française ?

Pour ses défenseurs, ce projet est une aubaine. Pour ses détracteurs, c’est une fuite en avant, symptôme d’un État français toujours plus dépendant des bonnes grâces des monarchies pétrolières. Une chose est sûre : Cergy-Pontoise, déjà marquée par l’échec de Mirapolis, pourrait bien écrire une nouvelle page de son histoire… à condition de ne pas se faire dicter ses règles par l’étranger.

Un département sacrifié qui se rêve en Eldorado

Le Val-d’Oise, longtemps considéré comme un « désert culturel » par les décideurs parisiens, voit enfin poindre un espoir. Mais cet espoir a un goût amer. Derrière les promesses d’emplois et de logements se cache une réalité géopolitique complexe, où la France joue les équilibristes entre souveraineté et pragmatisme économique. Alors que l’Union européenne tente de se doter d’une autonomie stratégique, ce partenariat saoudien rappelle cruellement que certains territoires français restent des variables d’ajustement dans les jeux d’influence internationaux.

Pourtant, malgré les risques, Florence Portelli, figure de l’opposition de droite, ne cache pas son enthousiasme. « C’est un territoire extraordinaire, et je suis ravie qu’on puisse enfin en prendre conscience », déclare-t-elle. Une prise de conscience qui, si elle se limite à l’attractivité économique, pourrait bien occulter les questions de fond : qui contrôle vraiment ces parcs ? À qui profiteront les bénéfices ? Et à quel prix pour la France ?

Et demain ?

Alors que les premiers coups de pelle ne sont pas encore donnés, une chose est certaine : ce projet saoudien à Cergy-Pontoise ne laissera personne indifférent. Entre opportunité économique et aliénation stratégique, il incarne les contradictions d’une France en quête de relance, mais de plus en plus contrainte de mendier des investissements étrangers. Dans un contexte où la gauche et l’extrême droite montent dans les sondages en dénonçant la mondialisation sauvage, ce partenariat interroge : la France est-elle encore maîtresse de son destin territorial ?

Une chose est sûre : le Val-d’Oise, département souvent oublié, est aujourd’hui devenu le symbole d’un débat bien plus large, celui de l’avenir économique et politique de la France dans un monde multipolaire et incertain.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (1)

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Erdeven

il y a 20 minutes

nooooon mais c'est une blague la ??? six milliards pour des parcs saoudiens en plus ??? et les hpitaux en 95 on fait comment ??? pffff c'est n'importe quoi !!!

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