Pêcheurs en détresse : Lecornu lâche du lest, mais l’UE pourrait mieux faire

Par SilverLining 22/04/2026 à 00:29
Pêcheurs en détresse : Lecornu lâche du lest, mais l’UE pourrait mieux faire

Le gouvernement Lecornu annonce une aide de 30 à 35 centimes par litre pour les pêcheurs en mai, mais les professionnels réclament 40 centimes. Une mesure insuffisante qui menace des centaines d’emplois et révèle les lacunes d’une politique énergétique européenne à bout de souffle.

Un coup de pouce insuffisant pour une filière au bord du gouffre

Alors que la colère gronde dans les ports français, le gouvernement de Sébastien Lecornu tente de colmater les brèches avec des annonces tardives et insuffisantes. Face à l’envolée des prix des carburants, le Premier ministre a promis une aide de 30 à 35 centimes par litre pour mai, contre 20 centimes en avril. Un geste salué par le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), mais jugé « trop juste, trop court » par Olivier Le Nezet, son président.

Une bouffée d’oxygène… mais pas de guérison

Pour les professionnels de la mer, cette mesure relève davantage du pansement que d’une solution durable. « C’est une avancée importante », concède Le Nezet, avant d’ajouter d’un ton sans appel : « Mais il faut aller plus loin. » Selon lui, l’aide idéale s’élèverait à 40 centimes par litre, un montant aligné sur les estimations réalisées en amont de la crise. « Sans cela, c’est l’hémorragie : des bateaux resteront à quai, des équipages se disperseront, et toute une filière disparaîtra. »

L’urgence est d’autant plus criante que les pêcheurs, déjà étranglés par la hausse des coûts et la concurrence déloyale des produits étrangers, n’ont plus les moyens de tenir. « Les aides actuelles, c’est comme donner une goutte d’eau à un homme assoiffé au milieu du désert », insiste le président du CNPMEM. « Il faut un soutien plein et entier, étalé sur plusieurs mois, pour redonner de la visibilité aux entreprises. »

L’Union européenne, spectatrice désengagée ?

Dans un contexte où Bruxelles multiplie les déclarations sur la souveraineté alimentaire et la transition écologique, l’inaction relative de l’UE face à la crise des carburants interroge. Pourtant, les outils existent : le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA) pourrait être mobilisé plus massivement. Mais les États membres, divisés sur la question, préfèrent souvent regarder ailleurs. « L’Europe a les moyens de ses ambitions, mais pas toujours la volonté », déplore un observateur proche du dossier. « Quand on parle de résilience des filières, il ne suffit pas de brandir des objectifs climatiques : il faut aussi protéger ceux qui nourrissent le continent. »

Un gouvernement sous pression, mais à la traîne

Depuis le début du quinquennat Macron, les annonces se succèdent, mais les résultats peinent à suivre. Les pêcheurs, comme les artisans ou les agriculteurs, subissent de plein fouet les effets d’une politique énergétique erratique. « On nous promet des plans, des crédits d’impôt, des aides ciblées… Mais à force de demi-mesures, on finit par noyer les bénéficiaires dans un océan de paperasse », tonne un syndicaliste du secteur.

Sébastien Lecornu, qui a enchaîné les portefeuilles ministériels depuis 2022, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une équation impossible : soutenir une économie locale tout en respectant les dogmes libéraux de Bruxelles. Un exercice de funambule qui laisse peu de place à l’audace.

Le risque d’un naufrage social

Derrière les chiffres se cachent des vies brisées. Sans un soutien à la hauteur des enjeux, des centaines d’entreprises pourraient fermer leurs portes d’ici la fin de l’année. « Les pêcheurs ne sont pas des assistés, ce sont des travailleurs qui mettent du poisson dans les assiettes des Français », rappelle Olivier Le Nezet. « Les laisser sombrer, c’est prendre le risque de voir disparaître une partie de notre patrimoine maritime. »

Face à l’urgence, le gouvernement a-t-il d’autre choix que de revoir sa copie ? Les prochaines semaines seront décisives. Entre le marteau des coûts énergétiques et l’enclume de la désindustrialisation à marche forcée, la filière de la pêche incarne à elle seule les dérives d’un modèle économique à bout de souffle.

Un secteur en première ligne face aux crises

Les pêcheurs ne sont pas les seuls à subir les conséquences d’une politique énergétique erratique. Les artisans, les transporteurs, les agriculteurs… Tous ces métiers, essentiels à l’économie réelle, paient le prix fort d’un système qui semble avoir oublié ses racines. « On nous parle de transition verte, mais où est la justice sociale dans tout ça ? », s’interroge un élu local. « Tant que les aides seront des rustines au lieu de vrais leviers, on continuera à perdre du terrain. »

Et demain ?

La question n’est plus seulement de savoir si le gouvernement agira à temps, mais comment il le fera. Une chose est sûre : sans une réponse ambitieuse et coordonnée avec Bruxelles, la filière de la pêche pourrait bien devenir le symbole d’un échec collectif. « Il est encore temps d’éviter le pire », conclut Olivier Le Nezet. « Mais chaque jour de retard nous rapproche un peu plus du point de non-retour. »

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (6)

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GrayMatter

il y a 2 jours

Ah oui, la fameuse solidarité européenne… Comme d’hab, on sort le chéquier après avoir laissé pourrir le problème des années. Les pêcheurs sont des symboles parfaits : trop petits pour être entendus, trop nombreux pour être ignorés. Résultat ? On leur balance 30c en espérant qu’ils ferment leur gueule jusqu’aux prochaines élections. Et dans 6 mois, rebelote. Mouais.

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Fab-49

il y a 2 jours

Cette mesure s’inscrit dans une logique de saupoudrage électoraliste typique. Lecornu reprend le principe des aides ponctuelles qui avaient été testées en 2017 sous Macron – et qui avaient échoué à enrayer la baisse des effectifs. Trois éléments clés à noter : 1) L’aide est temporaire (un seul mois), 2) Elle ne traite pas la question des quotas européens souvent pointés du doigt, 3) Le montant proposé (30-35c) correspond à peine à la moitié de ce que réclamaient les syndicats en début d’année. Bref, de la poudre aux yeux.

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Raphaël63

il y a 2 jours

@hugo83 C’est sûr que si vous vendez à perte, c’est normal que ça tienne pas. Moi mon frère est dans la conchyliculture en Charente, il a dû licencier 3 personnes l’hiver dernier. Le problème, c’est pas que le gouvernement donne pas assez… C’est que les charges et les normes européennes étouffent tout. Regardez le cas des Espagnols, eux ils trichent avec des subventions illégales et après on râle… Bref, personne veut jouer franc jeu.

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val-87

il y a 2 jours

mdr la UE qui va mieux faire… mais genre quoi ? Ils sont aussi à la ramasse que nos politiques locaux !!! 40c c’est le strict minimum, sinon c’est des licenciements massifs et des ports fantômes dans 2 ans. Et après on nous dit que c’est la faute aux quotas…

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Hugo83

il y a 2 jours

Je suis pêcheur en Bretagne, j’ai vu des potes fermer boutique l’an dernier à cause du prix du gasoil. 30c c’est mieux que rien, mais on est loin des 40c nécessaires. Le gouvernement Lecornu nous prend pour des pigeons… Du coup on va devoir augmenter nos prix, et adieu la compétitivité. Seuls les touristes paieront nos coquilles Saint-Jacques.

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Ironiste patenté 2022

il y a 2 jours

nooooon mais c’est une blague ??? 30c le litre c’est une insulte quand même… les mecs ils veulent sauver leur boulot ou quoi ?! ptdr la classe politique…

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