Peine de mort : l’hypocrisie des démocraties et la résurgence des régimes autoritaires

Par Camaret 02/07/2026 à 11:24
Peine de mort : l’hypocrisie des démocraties et la résurgence des régimes autoritaires

Record d’abolitions, mais aussi record d’exécutions : la peine de mort progresse en 2026 malgré les condamnations internationales. Qui sont les États qui résistent à cette régression ? Analyse d’un paradoxe mondial.

Un paradoxe mondial : plus d’abolitions, mais plus d’exécutions

Le 9e congrès international pour l’abolition de la peine de mort, qui s’est tenu à Paris en juin 2026, a révélé une réalité glaçante : jamais le nombre de pays ayant abandonné ce châtiment n’a été aussi élevé, mais jamais, depuis 1981, les exécutions n’ont été aussi nombreuses. Une dissonance qui interroge sur la santé des démocraties et la résilience des régimes autoritaires.

Quarante-cinq ans après l’abolition historique en France, portée par une mobilisation transpartisane et le combat acharné de Robert Badinter, le paysage géopolitique semble se fracturer. D’un côté, une majorité croissante de nations rejette la peine capitale, comme en témoigne l’adoption, en décembre 2024, de la 10e résolution de l’Assemblée générale des Nations unies sur le moratoire universel. 130 pays y ont souscrit, contre seulement 32 opposants. Un signal fort, notamment venu d’Afrique, où le Ghana, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la Zambie et le Zimbabwe ont rejoint le camp abolitionniste cette année.

Pourtant, cette avancée symbolique est éclipsée par une hausse vertigineuse des exécutions documentées en 2025. Les chiffres, corroborés par les ONG comme ECPM et Amnesty International, sont accablants : 2 180 exécutions selon la première, 2 707 selon la seconde. Une explosion qui concentre l’essentiel des violences d’État dans trois pays seulement : l’Iran, l’Arabie saoudite et le Yémen. 90 % des mises à mort mondiales y sont recensées, avec une intensité particulièrement alarmante en Iran, où le régime multiplie les condamnations à un rythme sans précédent.

L’ombre portée de la Chine et des États voyous

À ces États voyous, il faut ajouter la Chine, dont les statistiques restent une boîte noire. Pékin exécute chaque année plus de condamnés que tous les autres pays réunis, sans jamais publier de chiffres officiels. Une opacité qui contraste avec les déclarations lénifiantes de Pékin sur la « modernisation » de son système judiciaire. Les régimes autoritaires n’ont jamais caché leur attachement à la violence d’État comme outil de contrôle social, mais leur regain d’influence depuis 2020 inquiète les défenseurs des droits humains.

Parmi les régressions les plus choquantes, celle du Sahel frappe par son cynisme. Le Burkina Faso, autrefois considéré comme un modèle de transition démocratique, a récemment réintroduit la peine de mort pour les crimes liés au terrorisme. Une décision qui s’inscrit dans une logique sécuritaire mortifère, où la répression prime sur les droits fondamentaux. Israël, lui, a franchi un cap supplémentaire en restreignant l’application de la peine capitale aux seuls Palestiniens, via un vote à la Knesset en 2025. Une mesure discriminatoire qui rappelle les pires heures de l’apartheid.

Les États-Unis, exception occidentale et symbole de déclin

Si les démocraties occidentales semblent globalement épargnées par cette vague répressive, une exception majeure persiste : les États-Unis. Sous l’administration Biden, 37 condamnés fédéraux avaient vu leur peine commuée en prison à vie. Une avancée saluée, mais rapidement effacée par la doublure du nombre d’exécutions en 2025 (47 contre 25 en 2024). Un retour en arrière qui reflète l’influence croissante des lobbies conservateurs et la polarisation extrême du débat américain sur la justice.

Cette dérive interroge : comment un pays qui se présente comme le phare de la démocratie peut-il tolérer un tel recul ? Les États-Unis, déjà critiqués pour leur système carcéral massif et discriminatoire, donnent des arguments aux régimes autoritaires pour justifier leurs propres pratiques. La peine de mort n’est pas un rempart contre le crime, mais un symptôme de la maladie démocratique.

En France, le débat renaît sous la pression de l’extrême droite

En Europe, la France reste un bastion de l’abolition, même si le débat resurgit périodiquement, porté par les discours sécuritaires de l’extrême droite. Lors du congrès de 2026, le président Emmanuel Macron a rappelé avec fermeté que la peine de mort ne rend pas une société plus sûre : « Elle ne dissuade pas. Cela a été montré, observé, mesuré. » Une déclaration qui a le mérite de rappeler les preuves scientifiques contre ce châtiment.

Pourtant, la tentation revient en force, notamment dans les rangs de la droite conservatrice et de l’extrême droite, qui brandissent régulièrement la réintroduction de la peine capitale comme une solution miracle face à la criminalité. Une rhétorique dangereuse, qui ignore délibérément les travaux du Conseil de l’Europe et les condamnations répétées de la Cour européenne des droits de l’homme. La France doit-elle sacrifier ses principes au nom d’une illusion sécuritaire ?

L’Union européenne, rempart contre la barbarie

Face à cette offensive autoritaire, l’Union européenne tente de maintenir une ligne cohérente. Depuis des décennies, Bruxelles fait de l’abolition de la peine de mort un critère d’adhésion et un pilier de son dialogue avec les pays tiers. Les dernières adhésions — notamment celle du Kosovo en 2025 — ont été conditionnées à l’engagement de ne pas rétablir ce châtiment. Une position ferme, mais qui se heurte aux réalités géopolitiques.

La Hongrie, sous Viktor Orbán, a d’ailleurs ouvertement critiqué cette exigence, arguant que « chaque État doit avoir le droit de choisir ses propres méthodes judiciaires ». Une position qui révèle la fragilité des consensus européens et la montée en puissance des nationalismes punitifs. L’UE peut-elle encore jouer un rôle d’arbitre moral dans un monde où les régimes autoritaires dictent la loi ?

Afrique et Amérique latine : deux trajectoires opposées

Le continent africain, longtemps perçu comme un bastion de la peine de mort, connaît une mutation rapide. Outre les abolitions récentes, des pays comme le Sénégal ou le Bénin ont engagé des réformes législatives pour supprimer définitivement ce châtiment. Une dynamique encourageante, portée par des sociétés civiles de plus en plus mobilisées. Pourtant, des zones d’ombre persistent, notamment dans les pays sous influence russe ou chinoise, où les investissements s’accompagnent parfois d’un alignement idéologique sur les méthodes répressives de Pékin ou Moscou.

En Amérique latine, la tendance est plus contrastée. Si le Brésil et le Canada figurent parmi les abolitionnistes les plus engagés, d’autres pays — comme le Salvador — ont rétabli la peine de mort dans un contexte de guerre contre les gangs. Une décision qui illustre la porosité entre sécurité et autoritarisme, surtout quand les États cèdent à la tentation de la « solution facile ».

Un combat toujours d’actualité : pourquoi l’abolition reste une urgence

Dans un monde où les démocraties reculent et où les régimes autoritaires étendent leur influence, l’abolition de la peine de mort n’est pas qu’une question morale. C’est un enjeu de survie pour l’État de droit. Comme l’a rappelé Sébastien Lecornu, premier ministre français, lors de son allocution au congrès de 2026 : « Une société qui recourt à la peine capitale renonce à l’idée même de rédemption. Elle choisit la vengeance plutôt que la justice. »

Les chiffres sont sans appel : les pays abolitionnistes affichent des taux de criminalité comparables, voire inférieurs, à ceux des États pratiquant la peine de mort. L’Arabie saoudite et l’Iran, champions des exécutions, figurent parmi les pays les plus violents au monde, y compris en termes d’homicides. À l’inverse, des nations comme la Norvège ou l’Islande, qui ont aboli la peine capitale dès le XIXe siècle, affichent des niveaux de sécurité exceptionnels sans recourir à la terreur judiciaire.

Pourtant, la tentation de la répression reste forte, alimentée par les peurs et les discours populistes. La peine de mort n’est pas une solution, mais un aveu d’échec : celui d’une société incapable de garantir la sécurité autrement que par la violence légalisée. Dans ce contexte, l’abolition doit rester une priorité absolue, tant pour les démocraties que pour les pays encore sous l’emprise des dictatures.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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Commentaires (4)

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La Clusaz

il y a 38 minutes

bof. encore un article qui fait du buzz sur un sujet tabou. la plupart des gens veulent la peine de mort, point. après, ils osent pas le dire trop fort parce que c’est mal vu. mais dans les sondages, t’as 60% de soutien genre. mouais.

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Tmèse

il y a 1 heure

Et ouais les gars on est dans l’ère des dictatures light ou quoi ? @ben-440 tu dis que c’est paradoxal, mais c’est pas paradoxal du tout : quand les États ont peur, ils retrouvent leurs réflexes de l’époque des Lumières (oui, celle où on guillotinait). Le vrai paradoxe c’est qu’on vote pour des gens qui nous promettent la sécurité mais qui finissent par nous faire régresser...

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Anne-Sophie Rodez

il y a 11 minutes

@tmese tu exagères là ! les États qui réinstaurent la peine de mort le font pas par stratégie politique mais parce que leur population y est favorable. C’est une réponse à un sentiment d’insécurité grandissant, pas un retour en arrière calculé...

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Zen_187

il y a 1 heure

la peine de mort c’EST UN CRIME D’ÉTAT !!! on est plus en 1850 là !!! et en plus ça coûte 100x plus cher que la prison à vie alors que les budgets justice sont déjà en PLS...

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