Une crise énergétique aux portes de l’Europe
Alors que les tensions au Moyen-Orient s’intensifient et que les États-Unis maintiennent leur posture belliqueuse face à l’Iran, le spectre d’une pénurie de carburant hante désormais l’Europe. Pourtant, lors d’une visite officielle en Grèce aux côtés du Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis, Emmanuel Macron a tenté d’éteindre les craintes, évoquant une situation « contrôlée ». Mais derrière les déclarations rassurantes du chef de l’État, la réalité des dépendances énergétiques françaises et les failles des choix stratégiques européens se révèlent plus préoccupantes qu’il n’y paraît.
Un optimisme présidentiel en décalage avec les alertes des industriels
Face aux hausses répétées des prix des carburants, perçues par les ménages comme une double peine après l’inflation des années précédentes, le président a martelé que « la situation est contrôlée » et qu’aucune pénurie n’est à craindre. Pourtant, ses propos contrastent avec ceux de Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, qui alerte depuis des semaines sur l’aggravation de la crise. Selon lui, l’entreprise a déjà épuisé ses marges de manœuvre : « Nous avons absorbé tous les surplus de stock. Si cela dure encore deux ou trois mois, nous entrerions dans une pénurie énergétique que les pays d’Asie connaissent déjà. » Une mise en garde qui, loin d’être anodine, souligne l’aveuglement des décideurs politiques face aux réalités industrielles.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis le début du conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies a vu sa production mondiale chuter de 15 %. Une perte colossale pour un groupe qui, malgré ses investissements dans les énergies renouvelables – souvent critiqués pour leur lenteur –, reste dépendant à 70 % des énergies fossiles. Or, dans un contexte où l’Union européenne peine à se libérer de sa dépendance aux hydrocarbures russes – malgré les sanctions –, le risque d’un choc pétrolier n’a jamais été aussi tangible.
Le détroit d’Ormuz, point de blocage d’une crise annoncée
Le nœud du problème se situe dans le détroit d’Ormuz, où les tensions géopolitiques paralysent désormais 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz. Depuis des mois, les pétroliers sont interdits de passage, et les tentatives de contournement, comme l’utilisation de nouveaux pipelines, relèvent encore de l’utopie. TotalEnergies envisage pourtant d’investir dans des infrastructures alternatives, mais ces projets, s’ils voient le jour, ne porteront leurs fruits qu’à moyen ou long terme – une échéance bien trop lointaine pour éviter le pire.
Ironie de l’histoire : alors que l’UE se targue d’avoir réduit sa consommation de gaz russe, elle reste prisonnière des choix énergétiques des années 2010, lorsque Bruxelles a fait le pari – hasardeux – d’une transition trop lente vers les énergies propres. Aujourd’hui, les pays européens les plus exposés, comme la France, dépendent encore massivement des importations en provenance du Moyen-Orient, région où les conflits s’enchaînent sans solution politique en vue.
Macron et l’UE : une politique énergétique à géométrie variable
Le président français, souvent présenté comme un défenseur de la souveraineté européenne, semble pourtant minimiser les risques liés à cette dépendance. Lors de sa déclaration en Grèce, il a évoqué la nécessité de « réouvrir le plus vite possible Ormuz », sans préciser par quel moyen. Une formulation vague, qui rappelle les promesses non tenues de l’exécutif lors des crises précédentes, comme celle du gaz russe en 2022.
Pourtant, des solutions existent. Plusieurs pays de l’Union européenne, comme l’Allemagne ou les pays nordiques, ont accéléré leurs investissements dans les énergies renouvelables et l’hydrogène, réduisant ainsi leur vulnérabilité. La France, elle, reste à la traîne, freinée par des lobbies industriels puissants et une stratégie énergétique incohérente. Le gouvernement de Sébastien Lecornu a beau multiplier les annonces sur la sobriété énergétique, les résultats se font attendre – et les Français, eux, paient le prix fort à la pompe.
Les Français pris en étau entre inflation et précarité
Pour les ménages, la hausse des prix des carburants s’ajoute à une inflation persistante sur les produits de première nécessité. Les plus modestes, déjà fragilisés par la crise du pouvoir d’achat, voient leur budget serré un peu plus chaque mois. Les artisans, les transporteurs et les agriculteurs, souvent dépendants du diesel, sont en première ligne. Pourtant, malgré les promesses de soutien aux ménages, l’État semble incapable de proposer des mesures structurelles.
Les associations de consommateurs, comme l’UFC-Que Choisir, dénoncent un manque de transparence sur les marges des distributeurs et une politique fiscale qui pénalise les ménages sans inciter à la sobriété. « Les Français ne veulent plus entendre parler de ‘transition juste’ sans action concrète », estime un porte-parole de l’association. Pourtant, le gouvernement semble plus préoccupé par les calculs électoraux que par la résolution d’une crise qui, si elle s’aggrave, pourrait bien devenir incontrôlable.
L’Europe face à ses contradictions
Cette crise met en lumière les failles de la politique énergétique européenne, où les divergences entre États membres paralysent toute avancée. La Hongrie de Viktor Orbán, par exemple, continue de jouer la carte de la Russie, malgré les sanctions, tandis que les pays du Nord poussent pour une sortie accélérée des énergies fossiles. Dans ce chaos, la France, autrefois leader du nucléaire, peine à imposer sa vision.
Les projets de pipelines alternatifs, comme celui reliant l’Azerbaïdjan à l’Europe via la Turquie, se heurtent à des obstacles géopolitiques insurmontables. Quant aux énergies renouvelables, leur développement reste lent, freiné par des réglementations bureaucratiques et des oppositions locales. Résultat : l’UE reste vulnérable, et ses citoyens, otages des crises qu’elle ne parvient pas à anticiper.
Que faire face à l’urgence ?
Face à cette situation, plusieurs pistes sont évoquées, mais aucune n’est mise en œuvre avec la célérité nécessaire. D’abord, accélérer la transition énergétique en investissant massivement dans les énergies éoliennes, solaires et hydrauliques, comme le font déjà le Danemark ou l’Espagne. Ensuite, renforcer les stocks stratégiques pour éviter les ruptures, comme le préconise l’AIE. Enfin, réviser les partenariats énergétiques pour diversifier les sources d’approvisionnement, en misant sur des pays plus stables comme le Brésil ou le Canada, plutôt que sur le Moyen-Orient.
Pourtant, rien n’indique que l’exécutif français soit prêt à prendre ces décisions. Entre promesses non tenues et stratégies à courte vue, la France risque de payer cher son manque de vision – et les Français, encore plus.
Un scénario catastrophe évitable… mais pas inévitable
Si les déclarations rassurantes d’Emmanuel Macron visent à calmer les esprits, elles ne suffiront pas à conjurer le risque d’une pénurie de carburant. Les alertes de TotalEnergies et l’aveuglement des dirigeants européens montrent que la crise est déjà là – même si elle n’a pas encore frappé de plein fouet.
L’Union européenne a les moyens de ses ambitions, mais elle manque de volonté politique. Sans une mobilisation urgente, les prochains mois pourraient bien être synonymes de files d’attente aux stations-service, de hausses de prix incontrôlables et, pire encore, de tensions sociales dans un pays déjà fracturé.
La question n’est plus de savoir si une crise va survenir, mais quand – et surtout, si l’Europe et la France seront prêtes à y faire face.
« Les Français ne veulent plus entendre parler de ‘transition juste’ sans action concrète. »
Porte-parole de l’UFC-Que Choisir