La primaire divise toujours la droite, mais Attal en fait une arme stratégique
Dans un climat politique où les tensions au sein de la droite et du centre se cristallisent chaque jour davantage, Gabriel Attal, candidat Renaissance à l’élection présidentielle de 2027, a choisi de transformer la menace d’une scission en atout électoral. S’exprimant dimanche 8 novembre 2026 lors des Rencontres de l’avenir à Saint-Raphaël, dans le Var, il a balayé d’un revers de main les arguments de ses détracteurs, notamment ceux d’Édouard Philippe, son rival d’Horizons, pour qui une primaire ne serait qu’un accélérateur de divisions.
« Certains disent : la primaire, ça va faire de la division. Enfin, vous n’avez pas l’impression qu’aujourd’hui il y a déjà de la division ? »
Cette réplique cinglante, prononcée devant un public d’élus locaux et de militants, résume à elle seule la stratégie d’Attal : faire de la primaire un outil de clarification politique plutôt qu’un risque de fragmentation. Alors que les sondages montrent une droite profondément divisée, avec des candidats aussi disparates que Bruno Retailleau (Les Républicains) ou Éric Ciotti, l’ancien ministre de l’Éducation nationale mise sur un processus démocratique pour trancher, plutôt que sur des marchandages d’appareil qui, selon lui, « dégoûtent les Français ».
Le week-end dernier, Édouard Philippe avait pourtant joué la carte de la modération, appelant à une « responsabilité » des candidats de droite et du centre. Dans un discours où il évoquait la nécessité de « se retirer pour ceux qui sont largement battus », il semblait sous-entendre que la primaire n’était qu’un luxe électoral, incompatible avec l’urgence d’un rassemblement. Mais pour Attal, cette approche relève d’un aveuglement dangereux : « Ce qui permettra d’avoir un élan, c’est l’organisation d’une primaire à laquelle participent beaucoup de Français, qui donne lieu à des débats qui nous permettent d’exposer notre projet. »
Une primaire « inéluctable » : l’argument imparable
Si la primaire divise encore les esprits, Attal en fait désormais un passage obligé. « Peut-être que pour certains, ça prend un peu plus de temps pour être convaincu des arguments », a-t-il lancé, non sans une pointe d’ironie, en référence aux réticences passées de Bruno Retailleau, aujourd’hui converti à l’idée. « Mais regardez : il y a deux ou trois semaines, quasiment personne n’était pour la primaire. Aujourd’hui, le débat est lancé. »
Cette volte-face soudaine de Retailleau illustre une réalité politique que même les plus sceptiques ne peuvent plus ignorer : la droite et le centre, pour éviter un effondrement électoral en 2027, n’ont plus le choix. Entre une gauche divisée mais en embuscade, et une extrême droite dont les scores frôlent désormais les 30 % dans certaines intentions de vote, le risque d’une marginalisation historique plane. Une primaire, même imparfaite, devient alors le moindre des maux.
Pourtant, le scepticisme persiste. Certains observateurs, comme le politologue Jean Garrigues, soulignent que les primaires, loin de rassembler, ont souvent servi de « révélateur des fractures internes ». « Quand on voit les tensions qui traversent déjà Les Républicains, entre une ligne libérale et une ligne conservatrice, il est légitime de se demander si une primaire ne va pas plutôt cristalliser ces divisions », analyse-t-il. Mais pour Attal, le statu quo est une illusion : « Vous pensez vraiment que si on reste dans cette situation-là pendant six mois, ça va aider à ce qu’il y ait un candidat qui se détache ? Ben non. »
L’intelligence artificielle, nouvelle frontière du débat présidentiel
Alors que la droite s’écharpe sur la forme, Attal a saisi l’opportunité d’imposer un nouveau sujet de campagne : l’intelligence artificielle. Dimanche, il a qualifié de « totalement sidérant » le peu d’attention accordée à cette technologie dans les débats politiques actuels. « Ce sujet passe totalement au second plan. Moi, je ne comprends pas. C’est comme si au moment de l’invention de l’électricité, il y avait une campagne présidentielle et qu’on n’avait pas débattu de l’électricité. »
Pour le candidat Renaissance, l’IA n’est pas seulement une question de compétitivité économique, mais un levier de justice sociale. « La clé pour gagner en productivité, c’est l’IA. Et si on l’utilise bien, c’est aussi la clé pour faire monter le salaire des Français », a-t-il déclaré, esquissant ainsi une réponse à ceux qui, à gauche, dénoncent les risques de précarisation liés à l’automatisation.
Cette prise de position tranche avec le silence assourdissant du gouvernement Lecornu II sur le sujet. Alors que Sébastien Lecornu, Premier ministre, a jusqu’ici privilégié des réformes structurelles classiques, Attal mise sur une « disruption technologique » pour séduire un électorat jeune et urbain. Un pari audacieux, alors que les sondages le placent actuellement loin derrière les favoris de la droite.
La droite face à son miroir : entre unité illusoire et réalisme électoral
Le débat sur la primaire révèle une vérité plus large : la droite et le centre n’ont plus de projet commun. Entre les partisans d’un recentrage à la Macron, ceux d’un retour à un conservatisme assumé, et les libéraux sociaux, les lignes de fracture sont multiples. Édouard Philippe, souvent perçu comme l’archétype du « responsable » modéré, incarne cette ambiguïté : il prône l’unité, mais ses soutiens sont aussi ceux qui sabotent toute tentative de rassemblement.
Pour Attal, en revanche, la primaire n’est pas un renoncement, mais une « respiration démocratique ». « Ce n’est pas organiser des petits accords d’appareil et d’arrière-boutique qui dégoûtent les Français », a-t-il martelé, en référence aux alliances passées entre Les Républicains et Reconquête !, qui ont souvent tourné au fiasco. Dans un pays où la défiance envers les élites politiques atteint des sommets, l’idée d’un processus transparent et participatif pourrait bien devenir un atout inattendu.
Reste à savoir si les électeurs de droite et du centre, lassés par des années de divisions stériles, seront prêts à jouer le jeu. Une chose est sûre : le temps presse. Avec une gauche en reconstruction sous la bannière de Jean-Luc Mélenchon et une extrême droite en embuscade, la fenêtre pour une droite unie se referme à vue d’œil.
Un calendrier électoral sous haute tension
Alors que la France s’apprête à entrer dans une année électorale décisive, le calendrier de la présidentielle se précise. Les candidats devront officialiser leur candidature d’ici le printemps 2027, laissant peu de temps pour les tergiversations. Une primaire, si elle est organisée, pourrait avoir lieu dès le début de l’année, avant les traditionnelles conventions partisanes.
Mais le risque est grand : une primaire mal menée pourrait accélérer la chute de la droite plutôt que de la sauver. Les exemples historiques sont nombreux : en 2002, la division de la gauche avait permis à Jacques Chirac de se qualifier face à Jean-Marie Le Pen au second tour. En 2017, François Fillon, pourtant favori, avait été laminé par les affaires avant même le premier tour.
Pour Attal, la leçon est claire : mieux vaut un processus démocratique transparent qu’un sauvetage par des compromis de couloir. La question n’est plus de savoir si la primaire aura lieu, mais comment elle sera organisée.
Le spectre de l’extrême droite plane sur la campagne
Dans ce contexte déjà tendu, l’ombre de Marine Le Pen, toujours en tête des intentions de vote, plane sur le débat. Les sondages récents placent le Rassemblement National en position de force, avec un score potentiel au second tour qui dépasse désormais les 40 % face à un candidat de droite divisée.
Face à cette menace, Attal mise sur un discours de modernité et de progrès, où l’innovation technologique deviendrait un marqueur générationnel. Mais son pari est risqué : alors que la gauche tente de se reconstruire autour d’un nouvel humanisme numérique, la droite traditionnelle peine à trouver un narratif convaincant.« La clé, c’est de montrer que la France peut être à la fois compétitive et juste », a-t-il lancé, esquissant ainsi une synthèse fragile entre libéralisme économique et protection sociale. Mais dans un pays où les classes populaires se tournent massivement vers l’extrême droite, cette équation reste à prouver.
Conclusion : une droite au pied du mur
Que la primaire se tienne ou non, une chose est certaine : la droite et le centre n’ont plus le luxe de tergiverser. Entre une gauche en recomposition et une extrême droite en embuscade, leur survie politique dépendra de leur capacité à présenter une alternative crédible. Pour Gabriel Attal, la primaire est bien plus qu’un outil : c’est une « nécessité historique ». Mais le temps lui est compté.