Primaire à gauche en lambeaux : Karim Bouamrane dénonce l’impasse politique

Par Camaret 17/05/2026 à 12:09
Primaire à gauche en lambeaux : Karim Bouamrane dénonce l’impasse politique

Primaire à gauche en péril, narcotrafic à Saint-Ouen : Karim Bouamrane dénonce l’impasse politique et prône une refondation radicale du PS. Analyse.

Le PS en crise : les primaires de 2027 deviennent un suicide politique

Dans un entretien accordé ce dimanche 17 mai 2026 sur franceinfo, Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen-sur-Seine, a tiré à boulets rouges sur le projet de primaire à gauche pour l’élection présidentielle de 2027. Une initiative qu’il qualifie d’« énergivore » et « techniquement impossible », alors que le Parti Socialiste (PS) s’enfonce dans des divisions internes toujours plus profondes.

Le chef des députés socialistes, Boris Vallaud, vient en effet de démissionner de la direction du parti, après des « désaccords profonds » avec Olivier Faure, premier secrétaire et fervent défenseur de cette primaire. Une décision qui illustre l’incapacité chronique de la gauche à se rassembler, alors même que le pays fait face à une crise sociale et politique sans précédent.

« Les primaires, c’est budgétivore, énergivore, et organiser un tel scrutin moins d’un an avant une présidentielle, c’est tout simplement une aberration stratégique », a-t-il martelé, dénonçant une « fuite en avant » qui ne fera que affaiblir davantage la gauche face à l’extrême droite.

Un PS fracturé entre réformistes et nostalgiques

Les tensions au sein du PS ne sont pas nouvelles, mais elles atteignent aujourd’hui un point de non-retour. D’un côté, une frange modérée, incarnée par des figures comme Bouamrane, prône une refondation urgente du parti, loin des querelles internes. De l’autre, Olivier Faure, en défendant coûte que coûte cette primaire, semble privilégier les calculs politiciens à la cohésion nécessaire.

« La gauche doit cesser de se regarder le nombril et se concentrer sur ce qui compte : les Français », a lancé le maire de Saint-Ouen, avant d’ajouter : « Une primaire en 2026, alors que les sondages donnent Marine Le Pen en tête dès le premier tour, relève de l’irresponsabilité. » Une allusion directe à la montée inexorable de l’extrême droite dans les intentions de vote, alors que la droite classique, représentée par le gouvernement Lecornu II, et l’exécutif macronien, peinent à proposer une alternative crédible.

Les observateurs s’interrogent désormais sur l’avenir du PS : va-t-il survivre à cette nouvelle crise ? Ou bien, comme le suggèrent certains, est-il condamné à disparaître au profit de nouvelles forces politiques, plus en phase avec les attentes d’un électorat en quête de justice sociale ?

Narcotrafic à Saint-Ouen : Bouamrane mise sur la « démocratiation du beau » pour briser les réseaux

En parallèle de ses prises de position sur la vie politique nationale, Karim Bouamrane a également évoqué la lutte contre le narcotrafic dans sa ville, un fléau qui gangrène les quartiers populaires et alimente la criminalité organisée. Face à ce phénomène, le maire a détaillé une approche originale, centrée sur la reconstruction urbaine et sociale plutôt que sur la seule répression policière.

« Une fois les points de deal démantelés, il ne suffit pas de laisser des espaces vides, a-t-il expliqué. Il faut redonner à ces lieux une âme, une utilité – c’est ce que j’appelle la « démocratiation du beau ». » Selon lui, cette stratégie passe par l’aménagement de parcs, de centres culturels et de lieux de vie, afin d’éviter que ces espaces ne redeviennent des zones de repli pour les trafiquants.

« Le trafic prospère là où le bâti se désagrège, où l’espace public est abandonné. En offrant aux jeunes des alternatives – emploi, formation, culture –, on brise le terreau sur lequel pousse le narcotrafic. »

Cette vision, inspirée des politiques menées dans des villes comme Grenoble ou Nantes, contraste avec la stratégie sécuritaire prônée par une partie de la droite et de l’extrême droite, qui mise davantage sur le renforcement des forces de l’ordre et la répression. Pour Bouamrane, une telle approche est insuffisante : « On ne peut pas se contenter de chasser les dealers si l’on ne propose rien en échange à la jeunesse. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans un rapport récent, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) soulignait que 60 % des jeunes de moins de 20 ans des quartiers prioritaires considéraient le trafic comme une voie d’insertion professionnelle. Un constat accablant, qui illustre l’échec des politiques publiques en matière d’emploi et de cohésion sociale.

Pourtant, malgré les moyens limités dont dispose une municipalité, Bouamrane assure que des projets concrets sont en cours : réhabilitation de logements insalubres, création d’espaces verts, partenariats avec les associations locales. Une démarche qui, si elle porte ses fruits, pourrait servir de modèle pour d’autres villes confrontées aux mêmes défis.

Un modèle alternatif face à l’impasse nationale

Alors que la France s’enfonce dans une crise politique et sociale, les initiatives locales comme celle de Saint-Ouen prennent une importance capitale. Dans un contexte où l’abstention atteint des records et où la défiance envers les institutions ne cesse de grandir, des maires comme Bouamrane tentent de réinventer le lien entre les citoyens et la politique.

« La gauche doit sortir de ses dogmes et écouter les territoires, a-t-il insisté. Les solutions ne viendront pas toujours de Paris. » Une phrase qui résonne comme un appel au réalisme, alors que les partis traditionnels peinent à proposer des réponses adaptées aux nouvelles réalités sociales.

Pourtant, malgré les efforts de Bouamrane et d’autres élus locaux, le défi reste de taille. Comment combattre efficacement le narcotrafic sans tomber dans le piège de la répression aveugle ? Comment réunir la gauche alors que les ego et les ambitions personnelles prennent le pas sur l’intérêt général ?

Une chose est sûre : dans un pays où l’extrême droite caracole en tête des intentions de vote, l’heure n’est plus aux querelles stériles. Il est temps d’agir.

Le gouvernement Lecornu face à son impuissance

Alors que la gauche s’autodétruit et que la droite peine à proposer un projet mobilisateur, le gouvernement Sébastien Lecornu se retrouve dans une position délicate. Malgré une hausse des dépenses publiques et des annonces symboliques, les résultats concrets se font attendre, et la crise du pouvoir d’achat continue de frapper les ménages.

Dans ce contexte, les appels à une refondation de la démocratie se multiplient, portés par des élus comme Bouamrane. « Il faut redonner du sens à la politique, a-t-il conclu. Sinon, les extrémistes, de gauche comme de droite, continueront de profiter du vide. »

Une mise en garde qui, si elle n’est pas entendue, pourrait bien sceller le destin de la France dans les années à venir.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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Commentaires (9)

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Augustin Bocage

il y a 3 jours

Ce qui marque dans cette déclaration, c'est la reconnaissance de l'échec stratégique : comment un parti qui a gouverné pendant 14 ans (2012-2017 sous Hollande, et avant avec Mitterrand) en est arrivé à proposer une 'refondation radicale' ? Les chiffres sont là : perte de 500 000 adhérents en 20 ans, division permanente... Le PS n'est plus qu'une coquille vide qui sert de marchepied à ses dirigeants. La question n'est plus 'comment sauver le PS', mais 'comment faire renaître une gauche crédible' ? Et là, Bouamrane n'apporte aucune réponse concrète... À part des slogans.

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tregastel

il y a 3 jours

Encore... Bon. La gauche est devenue un club de notables qui parlent à des bobos en costume-cravate. Rien d'étonnant à ce que les classes populaires se tournent ailleurs.

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Erdeven

il y a 3 jours

ouiiii c'est ça ! faut tout péter et recommencer de zéro genre !!! mais bon qui va oser se présenter après Hollande et son quinquennat de merde...

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veronique-de-saint-etienne

il y a 3 jours

Le PS ? Un cadavre politique en décomposition avancée. Merci Bouamrane pour l'honnêteté... dommage que ça arrive si tard.

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OffTheGrid

il y a 3 jours

m'enfin... On en parle depuis 20 ans et toujours rien. Le PS c'est comme un mauvais feuilleton : tu connais la fin avant même de commencer... bcp de pitié.

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EdgeWalker

il y a 3 jours

nooooon mais sérieux ??? ils ont même plus idée de comment faire fonctionner leur propre parti en fait ptdr... et après on se demande pourquoi les gens votent RN !!!

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Hortense du 38

il y a 3 jours

@edgewalker Sauf que le RN n'est pas une solution non plus, tu devrais le savoir ! Le vrai problème, c'est que la gauche a abandonné ses valeurs depuis 10 ans... Bref, c'est ça aussi le mérite de Bouamrane de le dire clairement.

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Eguisheim

il y a 3 jours

@hortense-du-38 Oui mais attends, tu peux pas comparer les valeurs d'il y a 20 ans et aujourd'hui ! Faut évoluer ! Perso, j'ai toujours voté PS mais là, franchement, j'sais plus... J'ai l'impression qu'ils font que reculer... C'est dur...

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Enlightenment

il y a 3 jours

Mouais... Une refondation radicale du PS. À ce stade, autant se reconvertir dans le bio ou le vin nature, ça aura plus de succès...

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