Exclusion de Philippe Brun : Faure assume un « choix de société » et dénonce une instrumentalisation politique
Le Parti socialiste et Place publique ont officialisé hier, mercredi 16 septembre 2026, la liste des cinq candidats qualifiés pour leur primaire présidentielle de 2027 : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. L’annonce de l’exclusion de Philippe Brun, député de l’Eure, a immédiatement phagocyté les débats internes. Le bureau national du PS a prononcé son éviction et une suspension à titre conservatoire après des accusations de violences physiques et de harcèlement portées par une ancienne collaboratrice, selon des sources judiciaires citées par franceinfo. Une décision prise dans l’urgence, alors que Brun avait pourtant réuni les parrainages nécessaires pour se présenter.
Olivier Faure, premier secrétaire du PS et candidat à sa propre succession, a assumé sans réserve cette exclusion lors d’une intervention sur franceinfo ce jeudi 17 septembre. « Il n’y a aucune volonté de ma part d’éliminer Philippe Brun », a-t-il martelé, tout en insistant sur la nécessité de « prendre au sérieux la parole des femmes victimes de violences ». « Quand une femme exprime sa douleur, sa souffrance, je la crois », a-t-il ajouté, soulignant que le PS ne pouvait « pas être de ceux qui se lavent les mains ». Brun, contacté par les médias, a réagi avec « stupeur », dénonçant une « instrumentalisation politique » orchestrée par Faure : « Olivier Faure me tue politiquement. Je n’y suis pour rien. »
« Aujourd’hui, je le dis du plus profond de moi-même : quand une femme exprime sa douleur, sa souffrance, quand elle dit qu’elle a été victime de violences sexistes et sexuelles, je la crois. »
Olivier Faure, premier secrétaire du PS
Les accusations contre Brun concernent des violences physiques et un harcèlement présumés envers une collaboratrice avec laquelle il aurait entretenu une relation. Contrairement aux rumeurs initiales, les violences sexuelles ne sont pas mentionnées dans cette affaire, a précisé Faure. La victime présumée aurait porté plainte pour des faits relevant du droit pénal, une information confirmée par plusieurs sources concordantes. Philippe Brun, qui nie farouchement les faits, a été suspendu à titre conservatoire non seulement du PS, mais aussi du groupe socialiste à l’Assemblée nationale – une mesure exceptionnelle qui reflète la gravité des accusations. Faure a confirmé qu’il « approuvait » cette décision, estimant que « sur un sujet comme celui-là, nous ne pouvons pas être de ceux qui se lavent les mains et qui considèrent que la parole des femmes n’a aucune valeur ».
Cette affaire survient dans un contexte déjà explosif pour le PS, miné par une série de scandales éthiques et une crise de crédibilité persistante. Un cadre du parti, sous couvert d’anonymat, reconnaît que « le PS doit faire la preuve de sa crédibilité sur ces questions, sous peine de perdre toute légitimité morale ». Une déclaration qui en dit long sur la pression exercée sur la direction socialiste, alors que le mouvement #MeToo a profondément transformé le débat public sur les violences sexuelles. « La gauche est en train de perdre son rôle historique. Si elle ne se ressaisit pas, elle risque de disparaître dans le désert politique », analyse un politologue de Sciences Po. Brun, dans une interview accordée à franceinfo, a dénoncé une « instrumentalisation » de l’affaire, affirmant que les accusations étaient « déformées » pour servir une stratégie politique.
L’exclusion de Brun, confirmée par une source judiciaire, s’accompagne d’une accélération de la procédure disciplinaire interne. Le PS a annoncé la création d’une commission indépendante chargée d’évaluer les faits, une première pour le parti. Cette transparence forcée intervient alors que l’affaire est désormais suivie par le parquet de Paris, saisi par la victime présumée. Faure a promis que « la justice suivrait son cours », tout en réaffirmant sa détermination à lutter contre les violences faites aux femmes au sein même de son parti. Il a également révélé que son équipe avait « anticipé » cette crise grâce à un système de veille interne, mais que « la rapidité des procédures judiciaires » avait forcé la main au parti.
Budget 2027 et loi intégrale contre les violences sexistes : Faure tente de rebâtir la crédibilité du PS
Alors que la polémique enfle autour de l’affaire Brun, Olivier Faure a profité de son passage sur franceinfo pour détailler ses propositions pour le budget 2027, un exercice budgétaire qui s’annonce explosif dans un contexte de crise sociale et économique. Le premier secrétaire, qui brigue un troisième mandat à la tête du PS, a présenté un « contrat de confiance » avec les classes populaires, articulé autour de trois axes principaux :
« Nous proposerons une augmentation ciblée des salaires dans les secteurs en tension, financée par une taxe exceptionnelle sur les superprofits des entreprises du CAC 40. Pour les retraités, nous maintiendrons le pouvoir d’achat en indexant les pensions sur l’inflation, tout en gelant les cotisations pour les petits indépendants. Enfin, nous lancerons un plan de relance écologique doté de 15 milliards d’euros, financé par une hausse de la fiscalité sur les énergies fossiles. »
Ces mesures, présentées comme une réponse à l’urgence sociale et écologique, s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à réunifier la gauche autour de la candidature de Faure. Sur le plan politique, le premier secrétaire mise sur un scénario d’union avec les écologistes et le PCF, tout en excluant catégoriquement toute alliance avec le RN. « Je suis cette alternance », a-t-il lancé, en écho à sa récente déclaration sur le « changement » que représenterait sa candidature. Faure a également évoqué ses relations avec La France Insoumise, qualifiées de « nécessaires mais complexes », sans pour autant confirmer les rumeurs d’un rapprochement avec Ségolène Royal, dont il aurait « favorisé » la candidature dans certains territoires.
Cette stratégie d’union à gauche se heurte toutefois à la réalité des rapports de force électoraux. Selon les dernières enquêtes d’opinion publiées ce jeudi, le PS et ses alliés oscillent entre 14 % et 18 % des intentions de vote – une baisse de 2 points par rapport aux dernières estimations, reflétant un rejet croissant des partis traditionnels. « La gauche est en train de perdre son rôle de locomotive des idées progressistes. Si elle ne se ressaisit pas, elle risque de disparaître », analyse un politologue de Sciences Po, soulignant l’urgence pour le PS de proposer une vision claire et mobilisatrice.
Parallèlement à ses propositions budgétaires, Olivier Faure a annoncé son soutien à une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, présentée ce matin même au Parlement par la ministre déléguée aux Droits des femmes. Ce texte, qui prévoit notamment un renforcement des sanctions pour les harceleurs et une meilleure protection des victimes, s’inscrit dans la continuité des engagements du PS sur les questions d’égalité. « Nous devons être exemplaires », a déclaré Faure, alors que son parti est lui-même secoué par l’affaire Brun. Une initiative qui vise à redorer le blason du PS sur un sujet devenu central dans le débat public.
Faure a également révélé que son équipe travaillait sur un projet de convention citoyenne pour impliquer les militants dans l’élaboration du programme présidentiel, une initiative visant à redonner du souffle au parti. « Nous devons sortir de la logique des appareils », a-t-il déclaré, en réponse aux critiques sur son leadership. Une stratégie qui pourrait redonner de la légitimité à la primaire, mais qui reste risquée dans un parti aussi divisé.
Interrogé sur la rapidité de la procédure judiciaire dans l’affaire Brun, Faure a exprimé son espoir que « la justice agira promptement ». Il a rappelé que les accusations portaient sur des « violences physiques » et un « harcèlement », des faits « suffisamment graves » pour justifier la suspension du député. « Il s’agit d’une collaboratrice qui aurait été sa compagne, qu’il a licenciée, et qui porte des accusations suffisamment graves, qui relèvent du droit pénal, violences, harcèlement », a-t-il expliqué. Faure a également tenu à souligner son « estime » pour le travail de Brun au parti, tout en réaffirmant sa détermination à agir contre les violences sexistes : « J’ai travaillé avec lui pendant des années et j’ai de l’estime pour ce qu’il a apporté au Parti socialiste. Je trouvais que c’était intéressant de l’avoir dans la primaire. »
Primaire sous haute tension : entre éthique et fractures idéologiques, Faure résiste aux pressions
Les débats télévisés, prévus les 23 septembre sur LCI, 1er octobre sur France 2 et 4 octobre sur BFMTV, s’annoncent comme des moments clés pour départager des visions radicalement différentes. Olivier Faure mise sur une ligne sociale-démocrate classique, tandis qu’Emmanuel Maurel, eurosceptique assumé, promet de bousculer les codes traditionnels. Raphaël Glucksmann, chef de Place publique, privilégie une stratégie numérique agressive pour capter l’électorat jeune et pro-européen, tandis que Jérôme Guedj, proche de l’aile gauche, mise sur une campagne sur Instagram pour séduire les jeunes. Ségolène Royal, quant à elle, pourrait incarner une synthèse entre écologie et justice sociale, rappelant son héritage de candidate en 2007.
Cette diversité reflète les fractures générationnelles et idéologiques au sein du PS, un parti en quête désespérée d’une nouvelle identité après des défaites électorales répétées. « Nous ne sommes pas là pour nous déchirer, mais pour proposer une alternative », tempère Royal, sans convaincre ses détracteurs. Une assertion qui sonne comme un aveu de faiblesse : le parti peine désormais à incarner une unité minimale, alors que sa base militante se tourne vers La France Insoumise ou Europe Écologie Les Verts. Les critères d’éligibilité, stricts mais contestés, ont mis en lumière des tensions profondes : certains candidats ont bénéficié de soutiens automatiques grâce à leur statut de leaders de mouvements alliés, ce qui a suscité des critiques parmi la base militante.
Dans ce contexte, la candidature de Brun, avant son exclusion, incarnait une ligne plus radicale, proche de l’aile gauche du parti. Sa présence dans la primaire aurait pu brouiller les lignes entre les différents courants, mais son départ force désormais les candidats à clarifier leur positionnement. Glucksmann, par exemple, a salué la décision de Faure, y voyant un signe de « sérieux » du PS, tandis que Maurel a critiqué une « chasse aux sorcières » politique. Faure a également souligné son « estime » pour le travail de Brun au parti, tout en réaffirmant sa détermination à agir contre les violences sexistes : « J’ai travaillé avec lui pendant des années et j’ai de l’estime pour ce qu’il a apporté au Parti socialiste. Je trouvais que c’était intéressant de l’avoir dans la primaire. »
L’Europe et la géopolitique : un clivage qui pourrait tout emporter, selon Faure
La primaire survient alors que l’Europe est confrontée à des défis majeurs, notamment avec la montée des extrêmes en Allemagne, où l’Afd caracole en tête des intentions de vote, frôlant les 20 %. Une tendance qui cristallise les craintes d’un basculement continental vers l’extrême droite, alors qu’Ursula von der Leyen propose ce matin l’interdiction des réseaux sociaux aux enfants de moins de 13 ans, une mesure qui relance le débat sur la régulation numérique. Une thématique que Glucksmann pourrait intégrer à sa campagne pro-européenne, tandis que Maurel y verra une atteinte à la souveraineté nationale.
Les observateurs s’interrogent : une gauche aussi fragmentée peut-elle encore peser face à Jordan Bardella, dont le Rassemblement National (RN) caracole en tête des intentions de vote avec 28 % selon le dernier baromètre ? « Le PS est en train de devenir un musée politique », ironise un ancien cadre du parti. Sans projet fédérateur, le parti risque de disparaître en tant que force politique majeure, comme le craint un analyste : « Si la primaire ne débouche pas sur une dynamique forte, le PS pourrait disparaître. » Faure a réagi à cette critique en affirmant que « le PS reste un rempart contre l’extrême droite », tout en reconnaissant que « la bataille sera rude » face à Bardella.
Calendrier serré et enjeux décisifs : le PS joue son va-tout pour éviter l’effondrement
Les militants seront appelés à voter en deux tours : 9-10 octobre pour le premier tour, et 16-17 octobre pour le second tour si nécessaire. Trois débats télévisés sont prévus pour départager les candidats : le 23 septembre sur LCI, le 1er octobre sur France 2 et le 4 octobre sur BFMTV. Le vainqueur de la primaire affrontera ensuite le camp présidentiel et l’extrême droite dans une campagne dont le coup d’envoi sera donné d’ici un an.
Alors que Jordan Bardella (RN) caracole en tête des intentions de vote pour 2027, la gauche française affronte un défi majeur : unir ses forces ou risquer l’effacement. Une union qui semble de plus en plus improbable, alors que les divisions internes et les scandales éthiques s’accumulent. « La gauche est en train de perdre son rôle de locomotive des idées progressistes », rappelle un politologue, soulignant l’urgence pour le PS de se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard. Dans ce contexte explosif, la primaire socialiste de 2026 pourrait bien être le dernier SOS lancé par le Parti Socialiste avant un possible effondrement définitif.
Ce qu’il faut retenir
L’exclusion de Philippe Brun, accusé de violences physiques et de harcèlement, a été assumée par Olivier Faure comme un « choix de société » pour rompre avec les violences faites aux femmes. Le premier secrétaire a confirmé qu’il n’y avait « aucune volonté d’éliminer » Brun, tout en appelant à une justice rapide et en dénonçant une instrumentalisation politique de l’affaire. Dans le même temps, Faure a détaillé ses propositions pour le budget 2027, avec une fiscalité plus redistributive, un plan de relance écologique de 15 milliards d’euros et une loi intégrale contre les violences sexistes. En pleine campagne, le PS tente de fédérer la gauche tout en maintenant une ligne dure contre les extrêmes, un équilibre qui s’annonce périlleux alors que les intentions de vote chutent à 14-18 %. Les cinq candidats en lice s’affronteront lors de trois débats télévisés clés avant le scrutin des 9-10 et 16-17 octobre.
Faure a également révélé qu’il travaillait sur un projet de convention citoyenne pour impliquer les militants dans l’élaboration du programme présidentiel, une initiative visant à redonner du souffle au parti en « sort[ant] de la logique des appareils ». Une stratégie risquée dans un parti aussi divisé, mais qui pourrait redonner de la légitimité à une primaire sous haute surveillance. Enfin, le premier secrétaire a confirmé que les accusations contre Brun portaient sur des « violences physiques » et un « harcèlement », des faits « suffisamment graves » pour justifier sa suspension, tout en réaffirmant son soutien à la victime présumée.