Le PS défie l’exécutif avec un budget alternatif ambitieux et social
Alors que le gouvernement Lecornu II s’apprête à dévoiler, dans quelques semaines, son projet de budget pour 2027 – un exercice périlleux dans un contexte économique et politique déjà tendu –, les députés socialistes ont choisi de prendre les devants. Mercredi 16 septembre, à l’Assemblée nationale, le Parti Socialiste a présenté un contre-budget audacieux, mêlant mesures sociales d’urgence et levées de fonds ciblées, dans une logique de redistribution assumée. Une initiative qui s’inscrit dans la continuité de leur stratégie de contrainte face à une majorité présidentielle fragilisée, alors que les tensions internes au PS, symbolisées par l’exclusion du député Philippe Brun pour des accusations graves, menacent de fragiliser davantage l’unité de la gauche.
Un budget alternatif pour redonner du pouvoir d’achat et financer l’écologie
Avec un budget qui se veut à la fois offensif sur le plan social et responsable sur le plan comptable, les socialistes proposent un plan en deux volets : 22 milliards d’euros de dépenses nouvelles, financées par 39,5 milliards de recettes supplémentaires, dont 11 milliards dédiés à la « stimulation de la croissance ». Une approche qui tranche avec les coupes brutales et les cadeaux fiscaux aux plus aisés, régulièrement dénoncés par l’opposition de gauche.
Parmi les mesures phares, le PS mise sur une hausse immédiate du SMIC à 1 700 euros net – contre 1 477 euros actuellement –, une proposition censée redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs les plus précaires. « C’est une question de justice sociale », a souligné Estelle Mercier, cheffe de file du groupe sur le projet de loi de finances. « Aujourd’hui, on demande aux salariés de survivre avec un salaire de misère, tandis que les dividendes des actionnaires explosent. » Pour accompagner cette revalorisation, les socialistes plaident pour l’ouverture d’une conférence sociale tripartite afin de « relancer le dialogue entre patronat et syndicats et éviter que les profits ne se fassent au détriment des salaires ».
Autre mesure phare : la réforme de la Contribution Sociale Généralisée (CSG), avec l’instauration d’un taux progressif. Concrètement, un célibataire au SMIC verrait son taux de CSG passer de 9,2 % à seulement 0,85 %, lui garantissant un gain net de 125 euros par mois. Pour un couple avec un enfant, tous deux payés au SMIC, l’économie atteindrait 230 euros mensuels. « On ne demande pas la charité, on exige ce qui nous est dû », a martelé Mercier, rappelant que ces mesures s’inscrivent dans la droite ligne des revendications portées par les syndicats depuis des années.
Écologie et lutte contre les violences sexistes : deux urgences à financer
Face à l’urgence climatique, les socialistes proposent un doublement du budget de la Sécurité civile, le portant à un milliard d’euros, ainsi que la création d’un fonds dédié aux catastrophes naturelles de 5 milliards d’euros. « Les incendies de l’été 2026 ont montré l’ampleur des dégâts, et l’État se doit d’agir », a rappelé Sandrine Runel, cheffe de file sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Par ailleurs, le Fonds vert, destiné à accélérer la transition écologique, serait doté de 1,5 milliard d’euros supplémentaires, soit plus du double de son enveloppe actuelle.
Sur le front des violences faites aux femmes, le PS aligne son budget sur les revendications portées par les associations. Le groupe propose ainsi de financer à hauteur de 3 milliards d’euros la future loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, un texte qui doit être examiné début octobre. Une somme bien supérieure aux 1,5 milliards évoqués par le Premier ministre dans une tribune au Monde la veille, et qui reflète l’écart entre les ambitions affichées par l’exécutif et les besoins réels du terrain. « Les promesses ne suffisent plus, il faut des actes. Et des financements », a insisté Mercier, rappelant que 102 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire en 2025, selon les dernières statistiques officielles.
Pour Estelle Mercier, cette priorité budgétaire n’est pas négociable : « Quand on voit que le gouvernement dépense plus pour les subventions aux énergies fossiles que pour la lutte contre les violences conjugales, on comprend que les priorités sont inversées. »
Taxe Zucman, héritages et GAFAM : le PS mise sur les plus aisés
Sans surprise, le PS réactive la taxe Zucman, ce dispositif controversé qui avait fait couler beaucoup d’encre en 2025 avant d’être enterré par le gouvernement. Proposée initialement dans le cadre des travaux du G20 en 2024, cette taxe vise à instaurer un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines dépassant 100 millions d’euros. Une mesure qui, selon les calculs du PS, rapporterait 11 milliards d’euros par an, ciblant les quelques centaines de contribuables les plus fortunés du pays.
En complément, les socialistes proposent une nouvelle taxe sur les héritages les plus élevés, estimée à 10 milliards d’euros de recettes annuelles. « Pourquoi les héritiers des grandes fortunes devraient-ils être exonérés à vie, alors que des millions de Français peinent à joindre les deux bouts ? », s’interroge Mercier. Cette mesure s’inscrit dans une logique de redistribution intergénérationnelle, alors que les inégalités patrimoniales n’ont jamais été aussi criantes en France.
Enfin, le PS entend s’attaquer aux géants du numérique en instaurant une taxe spécifique sur leurs bénéfices réalisés en France, un impôt qui rapporterait, selon leurs estimations, 10 milliards d’euros. Une proposition qui s’inscrit dans la lignée des critiques récurrentes envers les multinationales du secteur, souvent accusées d’optimisation fiscale agressive. « Ces entreprises profitent de notre marché, de nos infrastructures, de notre éducation, et en retour, elles ne paient presque rien. C’est inadmissible », a dénoncé Runel.
Des économies ciblées pour équilibrer le budget
Pour ne pas être accusé de « dépenser sans compter », le PS a intégré dans son budget 17,5 milliards d’économies, soit un effort budgétaire réel. Parmi les pistes envisagées, la réforme des niches fiscales jugées inefficaces – comme certaines exonérations pour les grandes entreprises – permettrait de récupérer 5,5 milliards d’euros. Par ailleurs, une lutte renforcée contre la fraude fiscale, notamment via un meilleur ciblage des contrôles et une coopération accrue avec les États membres de l’Union européenne, dégagerait 6,6 milliards supplémentaires.
Enfin, le groupe propose de réduire les dépenses de fonctionnement de l’État de 5 milliards d’euros, en ciblant notamment les gaspillages dans les administrations publiques. « On peut faire des économies sans toucher aux services publics essentiels. Il suffit de mieux gérer », a plaidé Mercier, en référence aux critiques récurrentes sur le « train de vie » de l’État.
Un pari risqué dans un contexte politique explosif
Alors que le gouvernement Lecornu II doit présenter son budget en Conseil des ministres le 1er octobre, les socialistes ne cachent pas leur intention de forcer le débat. « On laisse le gouvernement prendre connaissance de notre projet, et on verra comment il s’en saisit », a tempéré Mercier, évitant de parler de censure – un sujet sur lequel Olivier Faure, premier secrétaire du PS, s’était montré plus tranchant lors des universités d’été du parti à Blois. « Le suspense est faible », avait-il lancé en évoquant le risque de rejet du budget par la gauche, avant de se rétracter in extremis en janvier 2026, permettant in extremis au gouvernement d’éviter une crise institutionnelle.
Pourtant, les conditions semblent réunies pour une nouvelle passe d’armes. Avec 30 milliards d’économies à trouver d’ici la fin de l’année, le Premier ministre n’a d’autre choix que de puiser dans des mesures impopulaires, au risque de braquer une partie de la majorité présidentielle. « Ce budget sera-t-il un nouveau musée des horreurs, comme l’année dernière ? », s’est interrogée Mercier, en référence aux tensions persistantes autour des précédentes lois de finances.
Dans ce contexte, le PS mise sur sa capacité à cristalliser les colères sociales autour de mesures concrètes, tout en se positionnant comme le dernier rempart contre l’austérité aveugle. Une stratégie qui pourrait s’avérer payante à l’approche des prochaines échéances électorales, alors que l’extrême droite, portée par la montée des tensions sociales, guette chaque faux pas du gouvernement pour capitaliser sur le mécontentement.
Une chose est sûre : le budget 2027 s’annonce comme un champ de bataille politique. Et le PS compte bien en être l’un des principaux acteurs.