Le Parti Socialiste s’enfonce dans la division après le choix d’une primaire fermée
Le Parti Socialiste (PS) traverse une nouvelle crise institutionnelle après que ses militants aient massivement plébiscité, lors d’un vote interne organisé ce jeudi 9 juillet 2026, une primaire fermée pour désigner leur candidat à l’élection présidentielle de 2027. Une décision qui s’oppose frontalement à la stratégie défendue par la direction du parti, menée par le premier secrétaire Olivier Faure, mais aussi à l’ambition historique du PS de fédérer la gauche dans son ensemble. Arthur Delaporte, député du Calvados et figure de la ligne incarnée par Faure, a réagi avec amertume ce vendredi matin dans nos colonnes, dénonçant une « pluralité des egos » qui hypothèque toute ambition de victoire face à l’extrême droite.
Une primaire fermée, fruit d’un vote militant sous influences
Les résultats du scrutin interne, révélés hier, donnent une victoire claire aux partisans d’une primaire réservée aux seuls adhérents du PS et de Place Publique, le mouvement dirigé par Raphaël Glucksmann. Avec plus de 55 % des suffrages, cette option écrase celle portée par la direction du parti, qui défendait une primaire plus large, ouverte aux sympathisants et aux électeurs des autres forces de gauche. Une telle configuration aurait pu, selon ses promoteurs, servir de tremplin à un rassemblement plus large, incluant Les Écologistes, Génération.s ou encore le Parti Communiste.
Pourtant, malgré cette défaite stratégique, Olivier Faure a immédiatement réaffirmé qu’il ne quitterait pas son poste. « Les militants avaient un choix à faire sur une stratégie présidentielle. Ce n’était pas un nouveau congrès », a-t-il tenté de relativiser, tout en reconnaissant, par la voix de ses soutiens, que « l’option portée par la direction a progressé par rapport au score du dernier congrès ». Une analyse qui sonne comme une pirouette, alors que le PS, autrefois hégémonique à gauche, peine désormais à incarner une alternative crédible face à la montée inexorable du Rassemblement National (RN).
« Il faut construire un rassemblement plus large » : le cri du cœur de Delaporte
Arthur Delaporte, député socialiste et porte-parole d’une ligne résolument unitaire, n’a pas caché son désarroi face à ce qu’il qualifie de « méthode Coué ». Interrogé sur la pertinence de cette primaire fermée, il a balayé l’argument d’un revers de main : « On a perdu. On reconnaît que l’option qu’on avait présentée n’a pas suffisamment convaincu les militants. » Une franchise qui tranche avec le discours lénifiant de certains responsables, prompts à brandir l’unité comme un mantra sans jamais en définir les contours concrets.
« Ce candidat socialiste, quelles que soient les options, a la charge derrière de construire un rassemblement plus large. Personne ne dit qu’il doit être seul dans son coin, sinon c’est suicidaire. »
Pourtant, le risque d’un isolement du PS semble bien réel. Si la primaire fermée devait aboutir à la désignation d’un candidat socialiste, celui-ci se retrouverait dans l’obligation de négocier, dans l’urgence, une alliance avec les autres forces de gauche – une gageure dans un paysage politique aussi fragmenté. « Au lendemain de cette désignation, celui ou celle qui aura gagné devra se retourner vers le reste de la gauche pour trouver les modalités d’une candidature unique », a martelé Delaporte, rappelant que l’enjeu n’est pas de « s’amuser à désigner un candidat qui fera 1,7 % des voix », mais bien de proposer une alternative viable face à l’extrême droite.
La gauche non-mélenchoniste en pleine tourmente
Cette décision du PS intervient alors que le camp progressiste est plus divisé que jamais. À gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon et son mouvement La France Insoumise (LFI) mènent déjà campagne, tandis que Fabien Roussel (Parti Communiste) et des figures comme François Ruffin ou Clémentine Autain semblent déterminés à maintenir leurs candidatures, malgré les appels répétés à l’union. Une multiplication des candidatures qui, selon Delaporte, reflète « cette pluralité des egos qui croient que tous, les uns ou les autres, sont la seule solution pour l’emporter derrière ». Un constat accablant, alors que les sondages placent systématiquement le RN en tête des intentions de vote pour 2027.
« Les Français nous disent une chose simple : mettez-vous d’accord, rassemblez le plus largement possible la gauche non-mélenchoniste, parce qu’on sait que Jean-Luc Mélenchon est la pire des solutions pour le deuxième tour, pour l’emporter face à l’extrême droite », a-t-il lancé, visiblement exaspéré. « Et derrière, mettez-vous d’accord. » Un appel à la raison qui résonne comme un aveu d’impuissance : comment, en effet, imaginer une victoire de la gauche dans un pays où l’extrême droite caracole en tête des intentions de vote, si ce n’est en unissant enfin ses forces ?
Un PS en quête d’identité, entre héritage et modernité
Le Parti Socialiste, autrefois pilier de la Ve République, traverse depuis des années une crise existentielle. Son score historique de 2022 (moins de 2 %) a laissé des traces, et la direction actuelle tente tant bien que mal de redonner un souffle à un parti en perte de vitesse. Olivier Faure, en poste depuis 2018, a tenté de moderniser l’image du PS en misant sur une alliance avec Place Publique et Glucksmann, figure montante de la social-démocratie européenne. Mais cette stratégie, bien que séduisante sur le papier, peine à convaincre les militants, attachés à une ligne plus radicale ou, au contraire, à une refondation plus ouverte.
La primaire fermée, en limitant le corps électoral aux seuls adhérents, semble pourtant acter un repli sur soi, à rebours des ambitions affichées. « Il faudra organiser cette primaire dans les meilleures conditions », a concédé Delaporte, comme pour se raccrocher à l’espoir d’une issue positive. Mais les délais sont serrés : la désignation du candidat socialiste devra intervenir « au plus tard fin octobre 2026 », laissant peu de temps pour négocier une union avec les autres forces de gauche. Et encore moins pour convaincre les électeurs que le PS mérite encore leur confiance.
L’ombre de 2022 plane toujours
En 2022, le PS, alors dirigé par Olivier Faure, avait déjà tenté de se rassembler autour d’une candidature unique, celle de Anne Hidalgo. En vain. Avec 1,74 % des voix, le parti avait connu son pire score de son histoire. Depuis, les divisions n’ont fait que s’aggraver, et la perspective d’une nouvelle candidature isolée du PS en 2027 fait frémir. « On perd un peu de temps, c’est comme ça, ce sont les militants du Parti socialiste qui ont souverainement fait leur choix », a reconnu Delaporte, résigné. Une résignation qui en dit long sur l’état de délabrement du parti, incapable aujourd’hui de proposer une vision mobilisatrice pour la gauche française.
Pourtant, le danger est bien réel. Avec l’extrême droite aux portes du pouvoir et une droite traditionnelle en pleine déliquescence, la gauche n’a d’autre choix que de s’unir. Mais comment y parvenir quand chaque formation, chaque leader, semble convaincu que sa voie est la seule viable ? « Il n’y aura de solution que collective dans la recherche du rassemblement de la gauche, dans un esprit le plus unitaire possible », a martelé Delaporte, rappelant que « nous n’avons pas le choix : c’est 2027 et l’arrivée potentielle de l’extrême droite, que nous devons combattre ».
Que reste-t-il de l’ambition européenne du PS ?
Dans ce contexte de fragmentation, le PS semble avoir oublié une partie de son héritage : son engagement européen et international. Pourtant, face à la montée des nationalismes et des populismes en Europe, une gauche unie et porteuse d’un projet fédéraliste aurait pu incarner une alternative crédible. Mais aujourd’hui, le parti semble plus préoccupé par ses querelles internes que par la défense d’une Europe sociale et solidaire. Une Europe que la France, sous la présidence d’Emmanuel Macron, continue pourtant de porter, malgré les critiques récurrentes sur sa politique économique.
Alors que Sébastien Lecornu, premier ministre, mène une politique de rigueur budgétaire et de réformes libérales, le PS, s’il veut retrouver une légitimité, devra démontrer qu’il est capable de proposer une vision alternative, à la fois sociale, écologique et européenne. Mais pour cela, il lui faudrait d’abord surmonter ses divisions internes – un défi qui, à en juger par les événements de cette semaine, semble plus que jamais hors de portée.
L’union à gauche : un mirage ou une nécessité ?
Alors que les échéances électorales se rapprochent, la question de l’union à gauche devient chaque jour plus pressante. Mais les obstacles sont nombreux : divergences idéologiques, rivalités personnelles, et surtout, un manque criant de leadership crédible. Arthur Delaporte, en appelant à remballer les egos, a touché du doigt une vérité souvent ignorée : sans unité, la gauche n’a aucune chance de l’emporter. Mais comment y parvenir quand chaque parti, chaque courant, semble prêt à sacrifier l’intérêt général sur l’autel de ses ambitions ?
« Ceux qui sont avec nous au Parti socialiste, comme Boris Vallaud ou Nicolas Mayer-Rossignol, disent aussi qu’ils souhaitent le rassemblement », a souligné Delaporte. « Maintenant, la question, c’est : qui, des uns ou des autres, porte la meilleure stratégie de rassemblement ? » Une question qui, pour l’heure, reste sans réponse. Et qui, si elle n’est pas tranchée rapidement, pourrait bien condamner la gauche française à une nouvelle défaite en 2027.
Une chose est sûre : le PS, s’il veut survivre, devra faire preuve d’une capacité à se réinventer qui lui a cruellement manqué ces dernières années. À moins de se résoudre à n’être plus qu’un parti marginal, condamné à regarder l’extrême droite et le centre s’affronter pour le pouvoir.