Répression policière et loi vide : le gouvernement Lecornu dans la tourmente des lycéens et des féministes

Par Decrescendo 11/10/2026 à 11:25
Répression policière et loi vide : le gouvernement Lecornu dans la tourmente des lycéens et des féministes

Répression policière contre les lycéens, loi sans budget sur les violences sexistes : le gouvernement Lecornu sous le feu des critiques. Clémentine Autain dénonce une dérive autoritaire et une justice d’État complaisante.

Une réponse policière jugée démesurée face aux aspirations démocratiques des lycéens

Alors que les manifestations lycéennes s’intensifient contre les réformes éducatives et les violences institutionnelles, la gestion policière des rassemblements suscite une vague de critiques, dénonçant une stratégie délibérément répressive. Clémentine Autain, députée écologiste et figure de proue de L’Après, a vivement réagi lors de son passage dans l’émission matinale 8h30, accusant le pouvoir en place de piétiner l’État de droit au profit d’une logique autoritaire.

Pour la cofondatrice du mouvement politique écologiste, chaque intervention policière lors des cortèges lycéens révèle une dérive inquiétante. « La Macronie devait être un rempart contre l’extrême droite, elle en devient chaque jour un marchepied », a-t-elle asséné, soulignant comment les méthodes utilisées par les forces de l’ordre alimentent un climat de tension propice aux excès. Entre grenades lacrymogènes, interpellations musclées et absence de dialogue, les observateurs s’interrogent sur la proportionnalité des moyens engagés.

Parmi les éléments les plus controversés, l’ouverture systématique d’enquêtes par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) après chaque incident. Une procédure que Clémentine Autain juge totalement biaisée. « Confier l’enquête à la police elle-même, c’est comme demander à l’Ordre des médecins de juger ses propres membres après des affaires de violences sexuelles », a-t-elle ironisé, avant de citer l’exemple de l’affaire Le Scouarnec – un chirurgien condamné pour des centaines de viols – pour illustrer l’échec patent de ces mécanismes d’autorégulation. L’IGPN, selon elle, incarne une justice d’État qui protège avant tout les institutions.

Violences sexistes et sexuelles : une loi sans moyens, un symbole sans substance

À quelques jours du vote solennel à l’Assemblée nationale d’une loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, prévue pour mardi 13 octobre, les promesses gouvernementales se heurtent à une réalité cruelle : aucun budget supplémentaire n’a été dégagé. Une situation que Clémentine Autain qualifie de « cynique et irresponsable », alors que les associations féministes alertent depuis des mois sur l’insuffisance des moyens alloués à la lutte contre les violences conjugales et les agressions sexuelles.

Le gouvernement Lecornu II, dirigé par Sébastien Lecornu, avait pourtant fait miroiter plus de deux milliards d’euros pour cette cause, ainsi que des milliards supplémentaires pour la protection de l’enfance. Mais Matignon a finalement clarifié que ces montants relevaient de budgets déjà existants, sans aucune création de ligne budgétaire. « Ce n’est pas une loi, c’est un catalogue de bonnes intentions sans financement », a dénoncé la députée, rappelant que sans ressources pérennes, les dispositifs d’accueil, de protection et de prévention resteront lettre morte.

Clémentine Autain plaide pour une loi-cadre, à l’image de celle adoptée en Espagne, pays où la mise en place d’un plan national avec des financements dédiés a permis de réduire significativement les féminicides et de briser l’impunité des agresseurs. « En France, on se contente de mesures cosmétiques. Pendant ce temps, les femmes continuent de mourir sous les coups, et les enfants subissent des violences atroces », a-t-elle martelé. Elle regrette que l’exécutif, plutôt que de s’inspirer des avancées européennes, préfère aligner des chiffres sans lendemain.

L’IGPN sous le feu des critiques : un organe de contrôle sous influence

La question de l’indépendance de l’IGPN, souvent pointée du doigt par les défenseurs des droits humains, revient avec une acuité particulière dans le débat actuel. Clémentine Autain n’y va pas par quatre chemins : « On ne peut pas demander à un organe qui dépend de la même hiérarchie policière d’enquêter sur les violences commises par ses propres membres ». Elle rappelle que les mécanismes internes de contrôle, comme ceux de l’Ordre des médecins ou de l’Ordre des avocats, ont systématiquement échoué à sanctionner les dérives graves, citant en exemple la lenteur et l’inefficacité des procédures disciplinaires dans les affaires de violences sexuelles.

Pour la députée, la crise de confiance dans les institutions est telle que seule une autorité indépendante, à l’image de la Défenseure des droits, pourrait rétablir un minimum de crédibilité. L’État de droit, selon elle, ne peut se permettre de laisser perdurer une police qui agit en toute impunité. Les images des récentes interventions policières, où des lycéens sont projetés au sol ou aspergés de gaz lacrymogènes à bout portant, illustrent selon elle une dérive autoritaire.

Elle évoque également une plainte historique déposée contre Gérald Darmanin, alors ministre de la Justice, pour viol en 2017. Bien que bénéficiaire d’un non-lieu, cette affaire a laissé des traces dans l’opinion publique, alimentant les soupçons de complaisance envers les élites politiques. « Quand un ministre de la Justice est lui-même mis en cause pour des violences sexuelles, comment croire en l’indépendance de la justice ? », s’interroge-t-elle.

Un gouvernement Lecornu en pleine tourmente politique

Alors que le quinquennat d’Emmanuel Macron approche de son terme, le gouvernement actuel se retrouve sous une pression sans précédent. Entre les mobilisations sociales grandissantes, les critiques acerbes de l’opposition et les dysfonctionnements institutionnels, l’exécutif donne l’impression de naviguer à vue. La crise des lycéens, couplée aux lacunes de la loi contre les violences sexistes, révèle une gouvernance à bout de souffle.

Les écologistes, dont fait partie Clémentine Autain, pointent du doigt une stratégie politique à courte vue, où les annonces spectaculaires – comme celles sur les budgets alloués aux violences faites aux femmes – se heurtent à une réalité budgétaire désastreuse. Le manque de transparence et de concertation avec les associations spécialisées aggrave encore la défiance.

Pour la députée, la solution passe nécessairement par une refonte des institutions. Elle plaide pour une réforme en profondeur de l’IGPN, mais aussi pour une loi-cadre ambitieuse, dotée de financements réels et d’une évaluation indépendante. « La France ne peut plus se contenter de demi-mesures. Soit on agit concrètement, soit on assume que le combat contre les violences sexistes et sexuelles n’est qu’un slogan électoral ».

Dans ce contexte, les prochains jours seront décisifs. Le vote de mardi à l’Assemblée nationale s’annonce comme un test de crédibilité pour l’exécutif. Les députés devront choisir entre un texte symbolique et une vraie politique publique. Pour Clémentine Autain et ses alliés, il n’y a pas de place pour le compromis : soit la France s’engage résolument dans la voie de l’égalité et de la justice, soit elle capitule face à la montée des violences et de l’autoritarisme.

Autant dire que le sort de cette loi, et plus largement celui de la démocratie française, se joue en ce moment même.

Contexte : un mouvement lycéen qui dépasse les clivages

Les manifestations lycéennes, initialement portées par des revendications éducatives, ont rapidement pris une dimension politique. Les jeunes générations, souvent perçues comme apolitiques, montrent une maturité et une détermination qui dérangent. Leur colère contre les réformes et les violences policières s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question de l’autorité, bien au-delà des murs des établissements scolaires.

Les lycéens ne réclament pas seulement des moyens ou des réformes, ils exigent aussi le respect de leurs droits fondamentaux. Leur mobilisation, pacifique dans l’ensemble, a été systématiquement criminalisée par les autorités, ce qui a encore enflammé les tensions. Les images de lycéens gazés ou frappés par des policiers en civil circulent massivement sur les réseaux sociaux, alimentant un sentiment d’injustice partagé par une partie croissante de l’opinion publique.

Les syndicats étudiants et les collectifs féministes appellent désormais à une convergence des luttes. Entre combat pour une éducation publique de qualité et lutte contre les violences sexistes, les fronts semblent se rejoindre. Une dynamique qui inquiète particulièrement l’exécutif, dont la popularité s’effrite à mesure que les scandales s’accumulent.

Dans ce paysage politique bouillonnant, la question des violences policières et de l’impunité des forces de l’ordre devient un enjeu central. Son traitement par le gouvernement déterminera en grande partie la crédibilité du reste du quinquennat.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (5)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

E

Eva13

il y a 16 minutes

Ce qui est frappant, c'est le parallèle avec 2006 et le CPE : même stratégie de division, mêmes discours sur 'l'ordre républicain'. Mais cette fois, les lycéens ont Twitter, et ça change la donne. La question est : jusqu'où ira la provocation gouvernementale ?

0
B

Bréhat

il y a 1 heure

La loi contre les violences sexistes sans budget, c'est comme voter pour la paix en signant un chèque sans provision. Quel cynisme.

0
N

Nuage Errant

il y a 2 heures

mdr les flics tabassent des gamins de 15 ans en mode 'défense républicaine' ptdr mais où on vit ???!!!

3
E

Entropie

il y a 1 heure

@nuage-errant T'as raison sur le fond mais arrête de tout réduire à 'les flics méchants'. Y'a des nuances, même dans la manif. Après, je suis d'accord, la répression est disproportionnée.

0
M

Mittelbergheim

il y a 3 heures

Lecornu qui pleure parce que les lycéens osent manifester ? Les méthodes de Vichy reviennent en force, c'est ça ?

0
Publicité