Un réseau clandestin au cœur de l'appareil d'État
Dans l'ombre des ministères, une quarantaine de hauts fonctionnaires, réunis sous le nom de code des Phrygiens, œuvrent depuis plus de deux ans à la préparation d'un éventuel gouvernement mené par Jean-Luc Mélenchon. Pour la première fois, l'un de ses membres, co-responsable du réseau, a accepté de lever un coin du voile sur cette organisation secrète, révélée lors des universités d'été de La France Insoumise près de Valence, ce samedi 22 août 2026.
Ces hauts fonctionnaires, aujourd'hui une quarantaine à s'être déclarés ouvertement, agissent sous le couvert de l'anonymat par crainte des représailles professionnelles. « Il faut que l'on reste discrets, notre devoir de neutralité est absolu, mais notre engagement pour la transformation sociale l'est tout autant », confie ce haut gradé de la fonction publique, sous couvert d'anonymat.
Une organisation inspirée par l'idéal révolutionnaire
Le nom des Phrygiens n'a pas été choisi au hasard. Il fait directement référence au bonnet phrygien, symbole de la Révolution française et de la lutte pour la liberté. « Notre ambition est claire : préparer l'avènement d'un gouvernement capable de mettre en œuvre des réformes radicales, en crédibilisant la capacité de LFI à gouverner », explique le responsable du réseau. Depuis sa création en mai 2026, le mouvement s'est fixé pour objectif de constituer le plus vaste réseau de hauts fonctionnaires insoumis possible, avec un seul mot d'ordre : infiltrer discrètement les rouages de l'État.
Les Phrygiens produisent des notes confidentielles, des études et des propositions stratégiques pour soutenir la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Parmi leurs sujets de prédilection : les éco-régions, une mesure phare du programme insoumis, ou encore la déconcentration des médias, afin de réduire l'emprise des grands groupes sur l'information. « Une partie de la haute fonction publique regarde avec hostilité LFI, mais nous sommes déterminés à faire entendre notre voix », souligne le haut fonctionnaire.
Une présence discrète mais omniprésente
Le réseau des Phrygiens revendique aujourd'hui une présence dans tous les ministères. Si certains de ses membres occupent des postes clés à Bercy, d'autres infiltraient déjà les couloirs de la Banque de France ou des administrations territoriales. « Nous sommes représentés dans la haute fonction publique hospitalière, dans les collectivités locales, à la Commission européenne, et même au sein du ministère des Affaires étrangères », assure le co-responsable du mouvement. Ces fonctionnaires, souvent recrutés lors de « discussions informelles à la machine à café ou entre collègues », partagent une sensibilité commune pour les idées portées par La France Insoumise.
Leur organisation repose sur un système de communication ultra-sécurisé : une boucle Telegram chiffrée pour les échanges quotidiens, et des réunions en présentiel une fois par mois. Le recrutement, quant à lui, se fait de manière progressive et discrète, afin d'éviter toute suspicion. « On repère d'abord ceux qui partagent nos valeurs, puis on les approche avec prudence », explique le responsable.
Un soutien stratégique encadré par LFI
Du côté de La France Insoumise, ces hauts fonctionnaires sont activement soutenus par des cadres du mouvement. Clémence Guetté, députée insoumise et figure centrale du parti, supervise notamment leur action. « Leur travail est essentiel pour nous permettre de monter en compétence et de banaliser l'idée qu'un haut fonctionnaire puisse être insoumis », confie un proche de l'élue. Leur objectif : préparer au mieux le terrain pour une éventuelle victoire de la NUPES en 2027.
Parmi les propositions déjà en circulation au sein du réseau, certaines pourraient rapidement devenir des mesures phares d'un futur gouvernement Mélenchon. C'est le cas notamment de la réforme des éco-régions, conçue pour donner plus d'autonomie aux territoires en matière de transition écologique, ou encore de la nationalisation partielle des médias, afin de lutter contre la concentration des pouvoirs médiatiques.
Un défi de taille face à une administration hostile
Malgré leur influence grandissante, les Phrygiens restent confrontés à un environnement professionnel largement défavorable à leurs idées. « Il y a une forme de rejet vis-à-vis de LFI dans la haute fonction publique, notamment dans les cercles les plus conservateurs », reconnaît leur porte-parole. Certains hauts fonctionnaires craignent, en effet, que leur engagement ne porte atteinte à leur carrière ou ne les expose à des représailles politiques.
Pourtant, les Phrygiens semblent déterminés à poursuivre leur mission. « Notre rôle est de montrer que l'État peut être un outil au service de la justice sociale, et non des intérêts privés », martèle le responsable du réseau. Leur stratégie s'inscrit dans une logique de long terme, visant à préparer une transition politique qui, selon eux, s'annonce comme inévitable.
Une stratégie inspirée des réseaux militants historiques
Le modèle des Phrygiens n'est pas sans rappeler d'autres expériences de militantisme interne au sein de l'administration française. Dans les années 1980, des réseaux socialistes s'étaient déjà organisés pour peser sur les politiques économiques. Plus récemment, des fonctionnaires écologistes avaient tenté de promouvoir des réformes environnementales au sein des ministères. Cependant, aucune structure n'avait jusqu'à présent atteint un tel niveau d'organisation et d'infiltration.
Les Phrygiens s'appuient sur une stratégie en deux temps : d'abord, recruter et former des hauts fonctionnaires acquis à la cause insoumise ; ensuite, imposer leurs idées en produisant des notes et des contre-propositions aux politiques en vigueur. « Nous ne sommes pas là pour saboter, mais pour proposer une alternative crédible », insiste leur représentant.
Leur influence pourrait s'étendre bien au-delà des frontières nationales. Plusieurs membres du réseau sont en effet actifs au sein d'institutions européennes, où ils militent pour une politique économique plus sociale et une coopération renforcée avec les pays progressistes de l'UE. « L'Europe a besoin d'un nouveau souffle, et la France pourrait en être le moteur », estime un Phrygien basé à Bruxelles.
Les réactions de l'opposition et de la majorité
Du côté de la majorité présidentielle, la révélation de l'existence de ce réseau n'est pas passée inaperçue. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a immédiatement réagi en qualifiant ces agissements de « déstabilisateurs ». « La fonction publique doit rester neutre, et toute infiltration politique est inacceptable », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Le gouvernement a annoncé étudier des mesures pour renforcer le contrôle des hauts fonctionnaires.
À droite, les critiques fusent également. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National, a dénoncé une « manipulation dangereuse » de l'administration par un parti qu'elle juge « extrémiste ». « Si un gouvernement Mélenchon était élu, ce serait une prise d'otage des institutions par une minorité radicale », a-t-elle lancé lors d'un meeting à Lille.
Du côté de la gauche, les réactions sont plus nuancées. Le Parti Socialiste, bien que distant de LFI, a salué l'initiative des Phrygiens comme « une preuve de l'engagement des fonctionnaires pour la justice sociale ». Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a cependant rappelé que « la fonction publique doit rester un service public, et non un outil partisan ».
L'avenir du réseau : entre discrétion et ambition politique
Alors que les universités d'été de LFI viennent de s'achever, les Phrygiens semblent plus déterminés que jamais. Leur objectif est clair : étendre leur réseau à 100 membres d'ici la fin de l'année 2026, et préparer activement les élections de 2027. « Nous ne sommes qu'au début de notre action. La vraie bataille se jouera quand Mélenchon sera aux portes du pouvoir », confie un membre du réseau.
Cependant, les défis sont nombreux. Outre la méfiance généralisée au sein de l'administration, les Phrygiens devront aussi composer avec la réaction des médias, souvent hostiles à LFI, ainsi qu'avec les pressions politiques exercées par l'exécutif en place. Certains observateurs s'interrogent même sur la légalité de leurs actions, au regard du principe de neutralité de la fonction publique.
Malgré ces obstacles, les Phrygiens restent convaincus que leur combat est nécessaire. « L'État ne peut plus être un instrument au service des puissants. Il doit redevenir un outil au service du peuple », déclare leur porte-parole. Leur détermination pourrait bien redéfinir les règles du jeu politique en France pour les années à venir.