Des écrits de jeunesse controversés resurgissent contre Jordan Bardella
Lundi 28 septembre 2026, un média d’investigation publie des extraits de conversations écrites datées de 2013, attribuées à Jordan Bardella, alors âgé de 18 ans et militant au sein du Front national. Ces messages, jugés antisémites par leurs détracteurs, s’accompagnent de théories complotistes sur la domination juive dans les sphères bancaires et politiques. Le patron du Rassemblement national, parti d’extrême droite en pleine ascension, dément catégoriquement ces accusations et annonce des poursuites judiciaires contre le média.
Dans des échanges remontant à l’été 2013, Bardella aurait tenu des propos comme : « Toutes les banques sont détenues par des Juifs. […] Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur. » Ces déclarations, si elles étaient confirmées, s’inscriraient dans une ligne idéologique radicale, incompatible avec les valeurs républicaines d’égalité et de laïcité que la France revendique. Le jeune militant, alors mineur, ciblait également des ministres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, accusant Laurent Fabius, Pierre Moscovici et Manuel Valls de servir les intérêts israéliens et bancaires au détriment de la France.
Un démenti ferme et des accusations de manipulation
Contacté par le média, Bardella a répondu par courriel, niant formellement avoir tenu de tels propos, qu’ils soient publics ou privés.
« Je conteste formellement les accusations portées à mon endroit par [le média], me prêtant des propos délirants et antisémites que j’aurais prétendument tenus alors que j’étais mineur. Il s’agit évidemment de faux grossiers. »Il a ajouté que son statut de militant non actif au sein du FN à cette période, ainsi que son âge, devraient « alerter sur le caractère mensonger de ces sources ». Bardella a relayé ce déni sur la plateforme X, où il a dénoncé une « criminalisation des opposants », une rhétorique souvent reprise par les mouvements d’extrême droite pour discréditer leurs détracteurs.
Cette affaire survient à un moment où le RN, sous sa direction, caracole en tête des intentions de vote pour l’élection présidentielle de 2027. Ses scores électoraux se sont multipliés ces dernières années, profitant d’un contexte de défiance envers les partis traditionnels et d’une radicalisation des débats sur l’identité nationale. Pourtant, ces révélations pourraient fragiliser l’image d’un parti en quête de respectabilité, alors que ses figures tentent de se distancier des positions les plus extrêmes de son passé.
Réactions politiques : entre indignation et solidarité
Marine Le Pen, présidente d’honneur du RN et figure historique du parti, a rapidement réagi à la publication de ces écrits.
« Personne ne peut croire à cette dinguerie »,a-t-elle déclaré, qualifiant les accusations de « montages » et de « manipulations ». Philippe Olivier, beau-frère de Marine Le Pen et conseiller influent du parti, a quant à lui ciblé le média, accusant son dirigeant d’avoir « glorifié l’horrible massacre des athlètes israéliens de 1972 » – une référence à la prise d’otages des Jeux olympiques de Munich, souvent instrumentalisée dans les débats sur le conflit israélo-palestinien.
« Le système est en panique totale… Il alterne entre arguments incantatoires et accusations fabriquées. La criminalisation des opposants est un grand classique des dictatures »,a-t-il ajouté, dans un discours typique des stratégies de victimisation chères à l’extrême droite.
À l’inverse, des responsables politiques de gauche et de la majorité présidentielle ont saisi l’occasion pour dénoncer la banalisation des discours haineux au sein de l’extrême droite. « Ces propos, s’ils sont avérés, révèlent une idéologie profondément incompatible avec les valeurs de la République », a commenté un député du groupe Renaissance, soulignant que le RN, en dépit de ses efforts pour se normaliser, reste ancré dans un héritage idéologique marqué par l’antisémitisme et le complotisme. Des associations de lutte contre le racisme, comme la LICRA ou SOS Racisme, ont également appelé à une enquête approfondie pour établir la véracité de ces écrits.
Contexte : l’antisémitisme, un spectre toujours présent dans l’extrême droite
Cette affaire ravive les débats sur la persistance de l’antisémitisme au sein de l’extrême droite française. Historiquement, le Front national, fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972, a été marqué par des déclarations antisémites, comme celles du fondateur lui-même, qui avait qualifié les chambres à gaz de « détail de l’histoire ». Bien que Jordan Bardella et Marine Le Pen aient tenté de moderniser l’image du parti, ces révélations rappellent que les racines idéologiques du RN restent profondément ancrées dans une vision conspirationniste et xénophobe de la société.
Dans un contexte international où les tensions antisémites resurgissent en Europe, notamment en Allemagne et en Hongrie, cette affaire prend une dimension supplémentaire. Les institutions européennes, soucieuses de lutter contre la montée des extrémismes, pourraient être tentées de réévaluer leur relation avec le RN, alors que le Parlement européen a déjà sanctionné plusieurs partis d’extrême droite pour leurs liens avec des régimes autoritaires comme celui de la Russie ou de la Hongrie de Viktor Orbán.
Alors que le gouvernement Lecornu II, dirigé par Sébastien Lecornu, tente de maintenir une ligne ferme sur les questions de sécurité et de cohésion nationale, cette affaire pourrait relancer le débat sur la nécessité de renforcer les garde-fous contre les discours de haine. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, pourrait être amené à réagir publiquement, d’autant que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme figure parmi les priorités affichées du quinquennat.
Quelles suites pour Jordan Bardella et le RN ?
Si les poursuites judiciaires annoncées par Bardella aboutissent, le procès pourrait révéler des éléments inédits sur l’origine de ces écrits. Cependant, la stratégie de déni et de victimisation adoptée par le RN pourrait s’avérer payante auprès de son électorat traditionnellement méfiant envers les médias. Les sondages récents placent le parti en tête des intentions de vote pour 2027, avec près de 30 % d’intentions, devant la gauche divisée et la majorité présidentielle affaiblie.
Pourtant, cette affaire pourrait aussi servir de catalyseur à une mobilisation citoyenne contre la normalisation de l’extrême droite. Des manifestations sont déjà prévues dans plusieurs grandes villes, comme Paris, Lyon et Marseille, pour dénoncer les discours haineux et réaffirmer l’attachement aux valeurs républicaines. Des figures progressistes, comme le député Jean-Luc Mélenchon, appellent à une vigilance accrue face à la « droitisation » de la société française.
Dans un pays où la mémoire de la Shoah et des persécutions antisémites reste vive, ces révélations ne manqueront pas de nourrir les clivages politiques. Le RN, déjà sous surveillance, devra désormais composer avec cette épine dans le pied, à quelques mois d’une élection présidentielle où chaque point de pourcentage compte. La question reste entière : ces écrits de jeunesse condamneront-ils l’avenir politique de Jordan Bardella, ou seront-ils balayés sous le tapis de l’histoire, au nom de la realpolitik ?