Une eurodéputée sous pression : l'ONU s'alarme des poursuites judiciaires contre Rima Hassan
Cinq rapporteurs spéciaux des Nations unies ont adressé une missive cinglante aux autorités françaises, dénonçant un harcèlement judiciaire et politique à l'encontre de l'eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan, membre du groupe La France Insoumise (LFI) au Parlement européen. Dans un courrier rendu public ce lundi 31 août 2026, ces experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, bien qu'ils n'engagent pas officiellement l'organisation internationale, expriment des « vives préoccupations » quant aux multiples procédures judiciaires engagées contre l'élue, dont une future audience en octobre pour apologie du terrorisme.
Les rapporteurs, spécialisés dans la défense de la liberté d'expression et des droits fondamentaux dans le cadre de la lutte antiterroriste, ont interpellé le gouvernement français dès la fin du mois de juin. Ils s'inquiètent particulièrement de la multiplication des poursuites visant Rima Hassan, qu'ils interprètent comme une tentative de museler une voix critique sur la question palestinienne. « Sans préjuger de l'exactitude des informations reçues, nous craignons que ces mesures ne constituent un harcèlement politique et judiciaire à l'encontre de Mme Hassan, s'inscrivant dans une tendance croissante de répression des autorités françaises à l'égard des défenseurs des droits du peuple palestinien », écrivent-ils dans leur communiqué.
Un tweet, un postulat, et une avalanche de procédures
Le cœur du conflit réside dans un message publié fin mars 2026 sur le réseau social X, aujourd'hui effacé, dans lequel Rima Hassan évoquait Kozo Okamoto, membre du front populaire de libération de la Palestine (FPLP) condamné pour son rôle dans l'attentat meurtrier à l'aéroport de Lod en 1972, ayant causé la mort de 26 personnes. Ce tweet, signalé par le ministre de l'Intérieur et plusieurs associations pro-israéliennes dont l'Organisation juive européenne et la Licra, a servi de prétexte à une enquête pour apologie du terrorisme. Une procédure parmi 16 autres, dont 13 ont déjà été classées sans suite par le pôle national de lutte contre la haine en ligne, tandis que six restent en cours.
L'avocat de Rima Hassan, Vincent Brengarth, dénonce une stratégie délibérée de criminalisation des militants pro-palestiniens en France. « Cette communication des rapporteurs spéciaux accrédite les craintes d'un harcèlement judiciaire systématique. En ciblant une eurodéputée engagée, les autorités françaises envoient un message terrifiant : toute voix dissidente sur la Palestine sera étouffée par la justice », a-t-il déclaré. Le gouvernement français, sous la direction du Premier ministre Sébastien Lecornu, disposait jusqu'à la fin du mois d'août pour répondre aux rapporteurs avant que leur lettre ne soit rendue publique.
L'Union européenne en première ligne face aux dérives sécuritaires
Ce dossier s'inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés fondamentales en France, où les associations de défense des droits humains et les partis de gauche alertent régulièrement sur les dérives d'une politique antiterroriste jugée disproportionnée. Rima Hassan, figure montante de la gauche radicale européenne, incarne cette résistance face à ce qu'elle qualifie de « coopération française avec les lobbies pro-israéliens ». Son élection au Parlement européen en 2024 avait déjà suscité des tensions, notamment au sein de l'Assemblée nationale, où certains députés de droite et d'extrême droite avaient tenté de la faire exclure pour ses positions sur le conflit israélo-palestinien.
Les rapporteurs onusiens, dans leur courrier, soulignent que les poursuites contre Rima Hassan pourraient violer plusieurs principes fondamentaux du droit international, notamment le droit à la liberté d'expression, le droit à la vie privée et le principe de non-discrimination. Ils rappellent que la France, en tant que membre de l'Union européenne et signataire de nombreux traités internationaux, a l'obligation de garantir ces droits, y compris pour les élus critiquant les politiques de certains États. « Une condamnation pour apologie du terrorisme dans ce contexte équivaudrait à une reconnaissance tacite que la défense des droits palestiniens relève du terrorisme », s'indignent-ils.
La justice française sous le feu des critiques internationales
Ce n'est pas la première fois que la France est pointée du doigt pour son approche des questions liées à l'antiterrorisme. En 2025, le Comité des droits de l'homme de l'ONU avait déjà critiqué la loi « Sécurité globale » pour ses atteintes à la liberté de la presse, tandis que des organisations comme Amnesty International ou Reporters sans frontières dénonçaient régulièrement les excès de la répression des manifestations et des propos politiques. La multiplication des procédures contre des personnalités comme Rima Hassan, ou encore l'eurodéputée Manon Aubry (LFI), pour des prises de position similaires, alimente les suspicions d'une instrumentalisation politique du parquet.
Le gouvernement Lecornu, confronté à une montée des tensions sociales et à une polarisation croissante du débat public, semble aujourd'hui piégé entre deux feux. D'un côté, la pression des associations pro-israéliennes et des partis de droite, qui exigent une application stricte de la loi contre toute forme de soutien au terrorisme. De l'autre, les critiques venues des rangs européens et internationaux, qui voient dans ces poursuites une atteinte à la démocratie. « La France risque de devenir le mauvais élève de l'Europe en matière de droits humains », avertissait récemment un éditorial du Monde Diplomatique.
Un procès en octobre qui fera date
Les audiences prévues les 19 et 20 octobre prochains s'annoncent comme un moment charnière pour Rima Hassan, mais aussi pour l'image de la justice française. Les observateurs s'attendent à une mobilisation sans précédent des soutiens de l'eurodéputée, tandis que les associations de défense des libertés civiles appellent à une suspension immédiate des poursuites. « Ce procès est un test pour la France : choisira-t-elle de protéger la liberté d'expression ou de plier devant les pressions politiques et les lobbies ? », s'interroge Céline Lebrun, porte-parole du Collectif pour les Libertés.
Pour l'heure, le gouvernement français n'a pas encore réagi officiellement à la lettre des rapporteurs onusiens. Mais une chose est sûre : l'affaire Rima Hassan dépasse désormais le cadre judiciaire pour s'imposer comme un symbole des combats menés par une partie de la gauche européenne contre ce qu'elle considère comme une dérive autoritaire en France. Entre les murs du Palais de Justice de Paris et les couloirs du Parlement européen, le débat est loin d'être clos.
Dans un contexte où les divisions politiques fracturent le pays, cette affaire pourrait bien redessiner les lignes de front pour les prochaines élections présidentielles de 2027. Et si Rima Hassan devenait malgré elle l'étendard d'une résistance plus large contre la répression des idées en France ?