Rassemblement National : entre divisions internes et errements stratégiques à huit mois de 2027

Par Anachronisme 09/09/2026 à 07:01
Rassemblement National : entre divisions internes et errements stratégiques à huit mois de 2027

À huit mois de la présidentielle de 2027, le RN accumule les erreurs de communication et les divisions internes. Entre les revirements de Bardella sur l’immigration, les tensions avec Le Pen et le retour de Marion Maréchal, l’extrême droite vacille. Peut-elle survivre à ses querelles sans perdre son électorat ?

Un parti en pleine tourmente électorale : les erreurs de communication du RN en question

Alors que le RN caracole en tête des intentions de vote pour la présidentielle de 2027, la rentrée politique du Rassemblement National ressemble à un enchaînement de couacs qui révèle des tensions internes plus profondes que jamais. Huit mois avant le scrutin, Marine Le Pen et Jordan Bardella peinent à incarner une ligne politique cohérente, entre revirements médiatiques, départs fracassants et rivalités personnelles. La cacophonie s’installe, au point de donner l’impression que le parti n’a pas su anticiper sa campagne.

Le dernier exemple en date ? La proposition surprise d’interdire le port du voile dans l’espace public, un thème porté depuis des années par Marine Le Pen mais soudainement brandi sans préparation. Lancée par le député Jean-Philippe Tanguy lors d’une interview, cette mesure a déclenché une avalanche de réactions, des questions sur sa faisabilité aux accusations de récupération politique. Les caciques du RN se sont emmêlés les pinceaux, évoquant tour à tour des amendes, un référendum ou une application progressive. Pourtant, le parti mise sur cette proposition, soutenue par une majorité de Français selon les sondages, pour donner le « tempo » de sa campagne. « On bétonne nos thèmes centraux », justifie un proche de Marine Le Pen, tout en reconnaissant que la mesure n’était pas prévue dans l’agenda initial de la rentrée.

Un accord migratoire franco-britannique qui divise le duo Le Pen-Bardella

Autre source de friction : le déplacement controversé de Jordan Bardella à Birmingham fin août, où il a signé un projet d’accord migratoire avec Nigel Farage et son parti Reform UK. Le texte, prévoyant le renvoi en France de tous les migrants traversant la Manche, a été largement raillé par les autres candidats à la présidentielle, accusant Bardella de défendre un pacte désavantageux pour la France. Pourtant, son entourage assure que l’accord avait été préparé « depuis de longs mois » et avait fait l’objet d’échanges préalables entre les deux partis. Marine Le Pen, elle, n’a pas pris sa défense, se contentant de répondre aux attaques sur d’autres sujets comme l’Ukraine, où elle avait pourtant riposté aux critiques d’Édouard Philippe concernant les déclarations de Louis Aliot sur le « robinet » d’aides à Kiev.

Ces désaccords stratégiques s’ajoutent à des tensions personnelles et idéologiques qui minent la crédibilité du duo. Le style de Bardella, jugé trop « bling-bling », irrite Marine Le Pen, attachée à une image plus austère. Sur Instagram, le jeune président du RN a multiplié cet été les photos de vacances aux côtés de sa compagne, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, dans des lieux de luxe. « La jet-set et le m’as-tu-vu, ce n’est vraiment pas ce que Marine [Le Pen] aime », confie un député RN. Une différence de culture politique qui illustre les fractures au sein du parti entre une direction historique et un leader médiatique en quête de notoriété.

« Quand je vois comment commence la campagne... On a besoin de se poser et de s’organiser. »
— Un proche de Marine Le Pen

Un conseiller économique écarté après avoir défié les deux têtes du RN

Les tensions internes ont atteint leur paroxysme fin août avec le départ fracassant de François Durvye, conseiller économique du duo depuis 2021. Ce polytechnicien, lié au milliardaire ultra-conservateur Pierre-Édouard Stérin, avait tenté d’imposer une ligne plus libérale, critiquant notamment la réforme des retraites de Marine Le Pen (âge de départ à 62 ans) et remettant en cause le système de répartition. Sa démission, officialisée le jour du grand oral de la candidate devant le Medef, a révélé ses désaccords avec Jordan Bardella, qu’il aurait même encouragé à se présenter à l’élection présidentielle le 7 juillet après l’annonce de la candidature de Le Pen. « Marine Le Pen ne voulait plus de lui dans son équipe de campagne », explique un cadre du RN. « Un conseiller qui n’accepte pas un arbitrage et se montre déloyal, il sort. »

Son départ a mis en lumière une autre fracture : celle entre les libéraux et les radicaux du RN. Durvye, qui critiquait ouvertement les positions économiques de Le Pen, incarnait cette tendance. Son éviction signe peut-être la victoire des partisans d’une ligne plus conservatrice, mais elle révèle aussi l’incapacité du parti à fédérer autour d’un projet économique clair. « Il a réussi à l’influencer sur le libéral, mais sans avoir de contre-réforme derrière », observe un proche de Marine Le Pen, soulignant l’absence de vision alternative.

Marion Maréchal au cœur des spéculations sur l’équilibre des pouvoirs

Dans ce contexte de crise larvée, le retour en grâce de Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen, alimente les rumeurs. Sa présence à la rentrée des parlementaires RN au Touquet samedi 12 septembre, initialement discutée lors d’une réunion houleuse, a relancé les spéculations sur un possible recentrage de la campagne autour du clan familial. Selon Libération, Jordan Bardella aurait lancé : « C’est elle ou moi ! », avant de démentir sur BFMTV, évoquant des « bruits de couloirs ». Pourtant, certains cadres du RN y voient un signe fort : le retour de Marion Maréchal pourrait marginaliser Bardella, dont l’influence grandissante dérange une partie de l’appareil historique.

Cette situation rappelle des précédents douloureux pour le RN, où les numéros deux ont souvent fini sur un siège éjectable, de Bruno Mégret à Florian Philippot. « Il peut être 'gollnischisé' », prévient l’ancien élu Jean-Yves Le Gallou, faisant référence à l’ex-secrétaire général du FN écarté par Marine Le Pen. Pourtant, Bardella assure ne pas se sentir marginalisé : « Je ne redeviens pas numéro deux. C’est une campagne à deux, il y a quasiment deux candidats », déclare-t-il devant des journalistes. Le 13 septembre, il fêtera ses 31 ans aux côtés de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, leur première apparition publique commune depuis le lancement de campagne le 8 juillet. Une occasion, peut-être, de clore les polémiques et de présenter une façade unie.

Mais dans un parti où la discipline a toujours été la règle, les écarts de langage deviennent des bombes à retardement. « Tout va bien, ils sont très complices, ils ont depuis longtemps une collaboration extrêmement fusionnelle », assure Philippe Olivier, eurodéputé et beau-frère de la candidate. Un démenti qui sonne comme un aveu de faiblesse : après des mois de procès, de divisions et de revirements, le RN doit désormais prouver qu’il peut mener une campagne sans se saborder.

Un électorat en demande de cohérence

Ces errements stratégiques et ces tensions internes prennent une dimension encore plus critique alors que le RN reste donné favori des sondages. Pourtant, l’électorat, lassé par des années de divisions à droite et à gauche, attend une alternative crédible. Or, le parti peine à incarner cette stabilité. Entre les initiatives impulsives de Bardella, les revirements de Le Pen sur l’Europe, et les critiques du patronat sur sa ligne économique, le RN donne l’impression d’une machine politique moins implacable que divisée.

Face à une gauche en reconstruction et à un centre macroniste en survie, les erreurs du RN pourraient offrir une bouffée d’oxygène à ses adversaires. Les divisions internes, si elles persistent, risquent de transformer son avantage électoral en handicap. Comme l’analyse un ancien député RN devenu membre des Républicains : « Bardella veut faire du RN un parti comme les autres, avec des compromis et des alliances. Mais Le Pen sait que c’est en jouant sur les peurs que l’on gagne. Le problème, c’est que leur base n’est pas dupe. »

Alors que le congrès du RN est prévu fin octobre, la question n’est plus seulement de savoir si les tensions seront résolues, mais comment. Et surtout, à quel prix. Le RN peut-il survivre à une guerre intestine sans perdre son identité ? Une chose est sûre : dans ce jeu de dupes, personne ne sortira indemne. Ni Le Pen, ni Bardella, ni même les électeurs qui, une fois de plus, risquent de payer le prix de querelles de pouvoir.

Le RN face à son miroir : entre radicalité et modération, l’équilibre impossible

À huit mois de l’élection présidentielle, le Rassemblement National se trouve à un carrefour. Doit-il miser sur la radicalité pour mobiliser son électorat traditionnel, ou tenter une mue vers un conservatisme plus acceptable, au risque de perdre ses fidèles ? Les derniers mois ont montré que le parti n’a pas tranché, et que ses divisions risquent de le handicaper face à une gauche enfin unie… ou à un centre macroniste en quête de renaissance.

Dans les couloirs du Parlement, les regards se tournent vers l’Élysée. Emmanuel Macron, affaibli mais toujours présent, pourrait bien tirer profit de ces faiblesses. Car en politique, comme dans la vie, les faiblesses des uns font souvent la force des autres. Et si le RN, en voulant trop embrasser, risquait de se brûler ?

Une chose est sûre : l’histoire du RN est celle d’un mouvement qui a toujours su rebondir après les crises. Mais cette fois, le défi est de taille. Face à une gauche en ordre de marche et à un centre en quête de survie, l’extrême droite française doit choisir : rester fidèle à son électorat historique ou tenter une mue hasardeuse. Et dans les deux cas, les risques sont immenses.

À propos de l'auteur

Anachronisme

On nous vend une modernité qui n'est qu'un retour en arrière déguisé. Destruction des services publics, casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale : tout ce que nos grands-parents ont construit est méthodiquement détruit au nom du "progrès". Je refuse cette arnaque. Mon travail consiste à rappeler d'où nous venons pour comprendre où on nous emmène. Et croyez-moi, la destination ne me plaît pas. Je continuerai à documenter ce hold-up démocratique tant que ce sera possible.

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Commentaires (11)

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Robert T.

il y a 1 mois

Ce qui est intéressant, c'est que cette rivalité rappelle celle entre Jospin et Hue en 2002. À l'époque, elle avait coûté cher au PS. Le RN pourrait en faire les frais. Comparaison avec le Labour britannique en 2015 aussi.

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EdgeWalker

il y a 1 mois

ils sont où les mecs qui nous promettaient l'ordre et la discipline ? là ils font un remake de 'Dynastie' avec plus de costumes moches...

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Avocat du diable 2023

il y a 1 mois

Et vous trouvez ça normal qu'un parti qui veut 'sauver la France' passe son temps à se crêper le chignon ? L'hypocrisie à son paroxysme.

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Raphaël63

il y a 1 mois

@avocat-du-diable-2023 Tu oublies que c'est exactement ce que tous les partis font. Regarde Macron en 2017 ou Mélenchon maintenant... La politique, c'est la guerre par d'autres moyens.

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Renard Roux

il y a 1 mois

La vraie question : qui va sauter en premier ? Le Pen et son héritage, ou Bardella et son manque d’expérience ?

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arthur53

il y a 1 mois

Moi j'y vois plutôt une stratégie : diviser pour mieux régner. Bardella fait le jeune fier, Le Pen joue la vieille garde experte. Deux styles pour toucher deux électorats.

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Gradation

il y a 1 mois

franchement là c'est le cirque total... entre les deux, on dirait deux ados qui se disputent pour un jouet... et après on nous dit que c'est eux qui gèrent le pays !!!

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Éditorialiste anonyme

il y a 1 mois

Encore... Le RN découvre que le pouvoir, ça se partage mal. La preuve par l'absurde.

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Louise54

il y a 1 mois

Comme d'hab. L'extrême droite qui se déchire avant même d'être au pouvoir. Pathétique.

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C

Carnac

il y a 1 mois

@louise54 Pathétique ? Pas sûr. C'est juste la preuve que le RN n'est pas un bloc monolithique. Les divisions internes, ça les affaiblit... et c'est bon pour la démocratie !

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P

Prophète lucide

il y a 1 mois

nooooon mais c'est la fin du RN çaaa !!!! entre Le Pen qui veut garder le contrôle et Bardella qui veut tout péter... mdrrrr sérieux c'est le bordel complet...

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