L’expression « brebis galeuses » : un outil récurrent du RN pour se donner une façade respectable
Depuis des siècles, l’expression « brebis galeuses » imprègne la langue française, mais son utilisation politique a pris une dimension particulière avec le Rassemblement National. Originaire du XVIIe siècle, elle désignait d’abord des éléments indésirables au sein d’un troupeau, avant d’être récupérée par les élites pour stigmatiser leurs ennemis. Aujourd’hui, le RN en a fait un mantra, brandissant cette formule à chaque scandale impliquant l’un de ses membres, comme pour se distancier d’une extrême droite dont il peine pourtant à se défaire.
Une expression ancrée dans l’histoire politique française
Dès le début du XVIIe siècle, l’expression apparaît dans les écrits officiels, notamment sous la plume d’Héroard, médecin de Louis XIII, qui l’employait pour désigner des individus « incorrigibles » à exclure. Au fil des siècles, elle a été reprise par les républicains, comme Joseph Caillaux, pour critiquer la corruption au sein de leurs propres rangs. Sous la Ve République, elle a servi à plusieurs reprises à purger des partis de leurs éléments les plus controversés, qu’ils soient impliqués dans des affaires financières ou des scandales moraux.
Dans les années 1970, l’UDR (ancêtre du RPR) l’a utilisée pour écarter des membres compromis dans des affaires de fraude immobilière, comme le scandale de la Garantie foncière. Plus récemment, Laurent Wauquiez, alors ministre sous François Hollande, l’a reprise lors de l’affaire Cahuzac pour dénoncer les manquements éthiques de certains politiques. À cette époque, la formule n’avait rien de racial et servait surtout à critiquer des dérives économiques ou fiscales.
Le RN, ou comment instrumentaliser la diabolisation pour mieux la perpétuer
Le Front National, puis le Rassemblement National, a longtemps incarné lui-même la « brebis galeuse » de la vie politique française. Avec l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête en 2011, le parti a tenté de se « dédiaboliser », une stratégie qui passait nécessairement par l’exclusion systématique de ses éléments les plus radicaux. Dès 2013, un candidat frontiste ayant menacé sa femme de mort était exclu et présenté comme une exception, une anomalie dans un parti en pleine mutation.
Cette logique s’est intensifiée lors de la campagne présidentielle de 2017, où Marine Le Pen a systématisé les exclusions pour ravaler le discours du parti. Les cas de membres négationnistes ou ouvertement racistes ont été médiatisés, puis sanctionnés, afin de donner l’illusion d’un parti « repenti ». Pourtant, malgré ces purges, les déclarations controversées ont continué de fleurir, révélant une réalité bien plus profonde : le RN reste un parti où l’extrémisme n’est pas l’exception, mais bien la norme.
Une stratégie qui révèle les contradictions du RN
L’utilisation récurrente de la formule « brebis galeuse » par Jordan Bardella et les dirigeants du RN relève d’une tactique habile : elle permet de feindre l’indignation face aux dérives de certains membres, tout en maintenant une base électorale confortée par des discours toujours plus durs. Chaque exclusion est présentée comme une preuve de la « normalisation » du parti, alors qu’elle n’est en réalité qu’un écran de fumée pour occulter une idéologie toujours aussi radicale.
Les récents événements, comme l’exclusion d’un policier municipal de Carcassonne pour des propos racistes, illustrent cette mécanique. Le RN se pose en victime, dénonçant une minorité « déviante » au sein de ses rangs, alors que ces incidents ne sont que la partie émergée d’un problème bien plus vaste. La réalité est que le parti, malgré ses efforts de communication, peine à se débarrasser de son ADN xénophobe et autoritaire.
Une diabolisation à double tranchant
Le RN n’est pas le seul parti à avoir recours à cette stratégie de purification. D’autres formations politiques, de gauche comme de droite, ont utilisé cette rhétorique pour se donner une image de sérieux. Cependant, dans le cas du RN, la manœuvre est particulièrement cynique, car elle sert à masquer une réalité que les faits démentent chaque jour : sous couvert de « brebis galeuses », le parti continue de diffuser des idées qui sapent les fondements de la démocratie française.
Les purges successives, présentées comme des preuves de bonne gouvernance, ne sont en réalité que des opérations de communication destinées à séduire un électorat modéré, tout en maintenant une base militante acquise à une ligne dure. Le résultat ? Un parti qui, malgré ses efforts de « dédiabolisation », reste le vecteur d’un discours populiste, anti-européen et xénophobe, incompatible avec les valeurs républicaines.
Un danger persistant pour la démocratie française
La stratégie des « brebis galeuses » ne doit pas occulter l’essentiel : le RN, malgré ses tentatives de normalisation, reste un parti dont l’histoire et les idées sont profondément ancrées dans l’extrémisme. Chaque exclusion, chaque condamnation médiatique, n’est qu’un leurre pour donner l’illusion d’un changement qui n’a jamais eu lieu. La vérité est que le RN, sous ses apparences policées, continue de porter un projet politique qui menace les fondements mêmes de la République.
Face à cette menace persistante, il est crucial de ne pas se laisser abuser par ces manœuvres de communication. Le RN n’est pas un parti comme les autres : c’est une entreprise politique dont l’objectif ultime reste de remettre en cause les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent notre démocratie.
Les limites d’une dédiabolisation impossible
Malgré les efforts de Marine Le Pen, puis de Jordan Bardella, pour « nettoyer » l’image du RN, les faits rappellent régulièrement que le parti reste prisonnier de son passé. Les déclarations de ses membres, les positions de ses élus locaux, et même les propositions de ses dirigeants à l’échelle nationale, témoignent d’un parti toujours aussi hostile à l’immigration, à l’Union européenne et aux minorités.
L’exemple le plus frappant reste celui des élections européennes de 2024, où le RN a réalisé un score historique, confirmant son ancrage dans le paysage politique français. Pourtant, dans le même temps, des incidents comme celui du policier de Carcassonne montrent que les racines de l’extrémisme sont toujours bien vivantes. Le RN a beau exclure des membres pour la forme, il ne peut effacer les années de discours haineux qui ont forgé son identité.
Une tactique qui ne trompe plus personne
Les Français, de plus en plus conscients des dangers que représente le RN, voient au travers de cette stratégie de purification. Les purges successives, présentées comme des preuves de sérieux, ne sont en réalité que des opérations de communication destinées à masquer une réalité bien plus inquiétante. Le RN reste un parti dont les idées et les méthodes sont incompatibles avec les valeurs républicaines.
En conclusion, si l’expression « brebis galeuses » peut sembler anodine, son utilisation par le RN révèle une stratégie de communication habile, mais profondément hypocrite. Derrière les exclusions médiatisées se cache un parti toujours aussi radical, dont les idées continuent de menacer l’équilibre démocratique de la France.