RN : quand l'extrême droite ferme les yeux sur un député accusé de détournements

Par SilverLining 17/09/2026 à 07:16
RN : quand l'extrême droite ferme les yeux sur un député accusé de détournements

RN : comment l’extrême droite a ignoré les alertes pour protéger un député accusé de détournements massifs. Fraudes, emplois fictifs, rétrocommissions… L’affaire Beaurain révèle une culture du secret au sein du parti. La justice va-t-elle enfin agir ?

L’omerta du Rassemblement National face aux dérives d’un député

Dans l’ombre des institutions, une affaire aux relents de scandale secoue les fondations du Rassemblement National. Depuis des mois, des signaux d’alerte répétés – portés par d’anciens collaborateurs, des documents internes et des témoignages accablants – auraient dû alerter la direction du parti. Pourtant, José Beaurain, député non-voyant de l’Aisne, a été réinvesti par le RN lors des législatives de 2024, puis propulsé candidat aux municipales de 2026, malgré des soupçons graves de détournements de fonds publics et de fraudes. Une indulgence qui interroge sur les pratiques internes d’un parti qui se targue de moralité.

Les révélations, étouffées un temps, ressurgissent aujourd’hui avec une intensité accrue. Grâce à des sources internes et des documents inédits, notre enquête révèle comment le RN a sciemment ignoré les alertes pour protéger un député dont le comportement interroge. Entre emplois fictifs, détournements de primes et abus de confiance, les faits reprochés à José Beaurain dessinent le portrait d’un élu plus préoccupé par ses intérêts personnels que par la défense des intérêts publics. Une attitude d’autant plus choquante qu’elle émane d’un parti qui, en campagne, promet une « moralisation de la vie politique ».

Un système de prédation organisé

Les témoignages de deux anciens assistants parlementaires, Thierry et Julie, désormais sortis du RN, brossent le tableau d’un député dont les méthodes relevaient davantage de la gestion clanique que du travail parlementaire. Dès 2023, les deux collaborateurs, chargés de l’organisation du travail de José Beaurain, constatent des dysfonctionnements majeurs. « Il ne signait aucune proposition de loi, ne déposait aucun amendement. Son agenda était géré par nous, souvent en son absence », confie Thierry. Un député fantôme, en somme, dont la présence à l’Assemblée nationale se résumait à une signature administrative.

Mais c’est sur le plan financier que les dérives présumées prennent une tournure plus grave. Selon les deux anciens employés, José Beaurain imposait à ses assistants un « partage » illégal de leurs primes de fin de mois. « Dès mon arrivée, il m’a demandé de lui reverser la moitié de mes primes en espèces, prétextant que c’était une pratique courante », révèle Thierry. Une somme variant entre 800 et 1 500 euros, prélevée chaque mois sur des salaires déjà modestes. « Il justifiait cela par des besoins personnels », ajoute Julie, qui précise avoir conservé des relevés bancaires prouvant ces retraits systématiques. Un système qui, selon les experts en droit public, relève clairement de l’abus de biens sociaux et de détournement de fonds publics.

Des alertes ignorées, une réinvestiture incompréhensible

Face à ces pratiques, les deux assistants décident de briser l’omerta. En janvier 2024, ils saisissent Renaud Labaye, alors secrétaire général du groupe RN à l’Assemblée nationale et proche collaborateur de Marine Le Pen. « Nous lui avons exposé, preuves à l’appui, les irrégularités commises par Beaurain. Il nous a semblé que le parti prenait l’affaire au sérieux », raconte Thierry. Selon leurs déclarations, Marine Le Pen elle-même aurait convoqué le député à deux reprises pour un « recadrage ». Pourtant, malgré ces mises en garde, rien n’y fait : José Beaurain est réinvesti par le RN pour les législatives de 2024, qu’il remporte au premier tour avec plus de 55 % des voix dans sa circonscription. Une performance électorale qui contraste avec l’image d’un élu inactif et peu impliqué dans le travail parlementaire.

Le paradoxe est frappant. Alors que Jordan Bardella, président du RN, martelait dans les médias que ses députés devaient être « irréprochables » pour incarner une « vitrine » du parti, José Beaurain bénéficiait d’une clémence exceptionnelle. Pire : il bénéficiait d’un traitement de faveur. « On nous a dit que les frais de mandat étaient vérifiés par les services de l’Assemblée, et que Beaurain avait assuré tout être en règle », explique Renaud Labaye, interrogé sur son rôle dans cette affaire. Pourtant, les règles déontologiques de l’Assemblée nationale sont claires : un député ne peut exiger de ses collaborateurs des rétrocommissions illégales, ni utiliser ses avances de frais à des fins personnelles. Autant de manquements qui, dans d’autres partis, auraient valu une exclusion immédiate.

Un nouveau lanceur d’alerte étouffé

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En décembre 2025, un troisième collaborateur, Kylian Couteau – ancien responsable du RN Jeunesse dans l’Aisne – prend le relais des alertes. Après avoir travaillé auprès de José Beaurain pendant un an, il décide de saisir à son tour Renaud Labaye, lui détaillant des pratiques encore plus graves. Selon son témoignage, le député aurait contourné les règles strictes encadrant les emplois familiaux à l’Assemblée nationale. Faute de pouvoir embaucher légalement son frère, il aurait recruté un prête-nom pour lui verser une partie de son salaire, tout en lui achetant du mobilier de salon avec les fonds publics. « Beaurain m’a dit : ‘L’Assemblée ne va pas me faire chier ! Mon frère est à la retraite, il peut travailler !’ », rapporte Kylian Couteau.

Ces révélations, si elles étaient confirmées, constitueraient un détournement caractérisé de fonds publics, passible de sanctions pénales. Pourtant, aucune enquête interne n’a été ouverte par le RN. Pire : lorsque Kylian Couteau alerte la direction du parti, Renaud Labaye affirme aujourd’hui ne « se souvenir de rien ». Un déni qui en dit long sur la culture du secret qui règne au sein du Rassemblement National.

Une immunité politique face à la justice

Ironie du sort, c’est la justice elle-même qui a fini par s’emparer de l’affaire, mais avec un temps de retard. En septembre 2024, après des révélations du Canard Enchaîné, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, saisissait le déontologue de l’institution, Jean-Éric Gicquel. Ce dernier a finalement classé sans suite le signalement de Julie, estimant que les éléments ne permettaient pas de saisir le Bureau de l’Assemblée. Une décision qui a scandalisé les anciens collaborateurs de Beaurain. « Ils ont protégé un député plutôt que de protéger l’institution », dénonce Thierry, aujourd’hui reconverti dans un mouvement concurrent du RN.

Pourtant, les soupçons ne manquent pas. Outre les rétrocommissions sur les primes et l’emploi dissimulé du frère du député, des questions subsistent sur l’utilisation de l’enveloppe de frais de mandat. Plusieurs anciens assistants évoquent des dépenses personnelles réglées avec cet argent public, ainsi que des rémunérations occultes. Des pratiques qui, si elles étaient avérées, pourraient valoir à José Beaurain une exclusion du groupe RN – comme ce fut le cas pour Christiane Engrand, députée du Pas-de-Calais exclue en 2025 pour des détournements similaires.

Un système qui dépasse l’individu

Au-delà du cas Beaurain, cette affaire soulève une question plus large : celle de la culture politique du Rassemblement National. Comment un parti qui se présente comme « l’incarnation de la moralité » peut-il tolérer – voire couvrir – des dérives aussi graves chez l’un de ses élus ? Les réponses apportées par la direction du RN laissent planer un doute persistant. Interrogé sur les raisons de la réinvestiture de Beaurain malgré les alertes, Renaud Labaye se retranche derrière des arguments juridiques : « Le groupe n’a ni le droit ni les moyens d’enquêter en interne ». Une réponse qui sonne comme un aveu d’impuissance, ou pire, de complicité passive.

Les ancien·ne·s collaborateur·rice·s de José Beaurain, aujourd’hui sorti·e·s du RN, dénoncent une logique de « protection des siens » à tout prix. « Ils ont préféré sacrifier l’éthique sur l’autel de la stratégie électorale », estime Julie. Une stratégie qui, selon eux, s’inscrit dans une logique plus globale : celle d’un parti qui, malgré ses discours moralisateurs, semble capable des pires compromis dès lors qu’il s’agit de conserver des élus sous sa bannière.

Alors que le RN prépare activement les municipales de 2026 en vue de 2027, l’affaire Beaurain pourrait bien devenir un boulet pour Marine Le Pen et son mouvement. Déjà, des dissidences internes apparaissent, avec des militants rejoignant des formations concurrentes, comme le parti d’Identité Libertés, créé par Marion Maréchal. Une scission qui illustre les tensions croissantes au sein de la droite radicale française.

L’ombre de Marine Le Pen plane sur l’affaire

Malgré les multiples alertes, Marine Le Pen n’a jamais répondu aux questions de la presse concernant son rôle dans cette affaire. Pourtant, selon des sources internes, la députée du Pas-de-Calais aurait été directement informée des dérives de José Beaurain dès le début de l’année 2024. Deux rencontres auraient eu lieu entre la dirigeante du RN et le député controversé, dans son bureau du Palais Bourbon. Des entretiens qui, selon les témoignages recueillis, auraient pris la forme d’un simple « recadrage » plutôt que d’une enquête approfondie.

Cette relative indulgence s’inscrit dans une stratégie plus large du RN, qui consiste à minimiser les scandales impliquant ses propres membres, tout en dénonçant avec virulence ceux qui touchent ses adversaires. Une approche sélective de la moralisation politique qui interroge sur la cohérence d’un parti qui se présente comme le dernier rempart contre la corruption.

Que faire face à un système qui protège ses élus ?

Alors que l’Assemblée nationale s’apprête à examiner les conclusions du nouveau déontologue, Rémi Schenberg, les questions restent entières. Faut-il croire que le RN, confronté à un député accusé de fraudes massives, a agi par négligence, ou par calcul ? Les faits, eux, sont têtus. Entre rétrocommissions, emplois fictifs et détournements de fonds publics, le cas José Beaurain offre un éclairage sans fard sur les dérives d’une partie de la classe politique française.

Pour les anciens assistants parlementaires, l’affaire est emblématique d’un système où l’impunité prime sur la transparence. « C’est une bombe à retardement », avait prévenu Thierry auprès de Renaud Labaye en juin 2024. Trois ans plus tard, la détonation tarde à venir. Mais le compte à rebours est enclenché.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (4)

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Michèle du 54

il y a 14 minutes

@orphee Tu parles de culture du secret mais avoue que si c'était la gauche ça ferait déjà 3 jours de JT ! Le RN est traité différemment, c'est ça le vrai problème. Moi je suis de droite mais là c'est trop gros.

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Poséidon

il y a 33 minutes

Encore un qui va finir par s'en sortir avec des 'circonstances atténuantes'... Comme en 2017 avec l'histoire des emplois fictifs de Marine. On aura tout vu.

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R

Renard Roux

il y a 55 minutes

Le RN : parti de la moraline qui protège ses petits copains. Comme d'hab.

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E

Etchecopar

il y a 1 heure

nooooon mais sérieux ???!! on nous prend pour des nigauds ou quoi ??? détournements massifs et le rn regarde ailleurs ??? génial l'image du parti...

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