RN sous le feu des révélations : à La Seyne-sur-Mer, les militants minimisent les accusations

Par Aporie 30/09/2026 à 09:23
RN sous le feu des révélations : à La Seyne-sur-Mer, les militants minimisent les accusations

À La Seyne-sur-Mer, bastion du RN, les militants ferment les yeux sur les soupçons antisémites visant Jordan Bardella. Malgré les révélations accablantes, le parti transforme l’affaire en une campagne de dénigrement contre les médias. Une stratégie qui interroge sur l’avenir de la démocratie française.

À La Seyne-sur-Mer, bastion du Rassemblement National, les électeurs ferment les yeux sur les soupçons antisémites

Dans le Var, où le Rassemblement National a conquis la mairie en 2020, les militants du parti d’extrême droite affichent une solidarité sans faille envers Jordan Bardella. Malgré les révélations accablantes d’un média d’investigation publiées mardi, mettant en cause le président du RN pour des propos antisémites et complotistes datant de 2013, les habitants de cette commune balnéaire semblent imperméables aux accusations. Entre déni collectif et stratégie de dédiabolisation, le parti tente de transformer l’essai en une campagne de discrédit contre la presse.

Un bastion RN en résistance

La Seyne-sur-Mer, ville de 65 000 habitants dirigée par Frédéric Masquelier, maire RN depuis 2020, incarne l’un des succès électoraux les plus symboliques de la stratégie de normalisation du parti. Pourtant, les murs de la cité varoise portent encore les stigmates d’une histoire sociale et politique tumultueuse, où les clivages de classe et les tensions communautaires ont souvent servi de terreau à l’extrême droite.

Sur le port, où les pêcheurs déchargent leurs prises du jour, les discussions politiques s’échauffent facilement. Vidal, retraité aux cheveux gris coupés court, s’arrête devant un café pour partager son analyse : « Ces soi-disant révélations, c’est du vent. À moins qu’ils ne nous sortent des preuves en béton, audio ou vidéo, ce qui n’est pas le cas, pourquoi devrais-je changer d’avis ? Ni moi ni ma femme n’y croirons. À six mois de l’élection, les coups bas vont pleuvoir, surtout sur le RN, qui caracole en tête des sondages. Ça fait peur, mais ça ne nous fera pas plier. »

La dédiabolisation en question

Face à l’ampleur des accusations, le Rassemblement National a immédiatement réagi en dénonçant une « manipulation » orchestrée par des « ennemis de la droite nationale ». Marine Le Pen et Jordan Bardella, lors d’une conférence de presse tenue le lendemain des révélations, ont évoqué une « barbouzerie » politique, sans pour autant apporter d’éléments concrets pour étayer leurs dires. Une tactique qui, à La Seyne-sur-Mer, semble porter ses fruits.

Fabrice, boucher de profession, défend avec véhémence son candidat : « C’est une manipulation, un coup monté pour nuire au FN. Avec la présidentielle qui approche, ils sont prêts à tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. C’est complètement faux, et je ne crois pas une seconde à ces histoires. » Son discours reflète une méfiance viscérale envers les médias, perçus comme une machine à fabriquer des fake news au service du « système ».

Mylène, électrice du RN depuis des décennies, balaie d’un revers de main les accusations portées contre Bardella : « Ce n’est pas lui, ça ! Faut pas y croire une seconde. Ils veulent juste salir l’image du parti. Je connais Jordan depuis qu’il est jeune, et je peux vous dire qu’il n’est pas antisémite. » Son inconditionnalité illustre la radicalisation des militants, prêts à tout justifier au nom de la loyauté politique.

L’argument de l’erreur de jeunesse

Parmi les défenseurs les plus nuancés du président du RN, Valérie, gérante d’un salon de toilettage canin, adopte une position plus mesurée, sans pour autant remettre en cause la légitimité des accusations. « Je pense que c’est une erreur de jeunesse, quelque chose qu’il a pu dire à 17 ans. Tout le monde a fait des bêtises à cet âge-là. Depuis, il a prouvé qu’il n’était pas antisémite. Son discours actuel est clair : il défend une ligne républicaine, loin des dérives passées. »

Son argumentaire s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie de dédiabolisation menée par Marine Le Pen depuis son accession à la tête du parti en 2011. Une mue nécessaire, selon certains, pour effacer l’héritage sulfureux du Front National, marqué par les propos nauséabonds de son fondateur, Jean-Marie Le Pen, condamné à plusieurs reprises pour ses déclarations négationnistes.

« Jean-Marie Le Pen a tenu des propos ignobles, comme ceux sur les chambres à gaz, mais depuis Marine, tout a changé. Le RN n’est plus le même parti. Elle est même proche de la communauté juive, et Bardella poursuit cette voie. » Une affirmation qui contraste avec les positions historiques du RN, longtemps accusé de flirter avec l’antisémitisme et le complotisme.

Le RN, bouclier autoproclamé des Juifs ?

Pourtant, les propos attribués à Bardella en 2013, exhumés par les enquêteurs, laissent peu de place à l’interprétation. Parmi eux, des messages publiés sur un compte pseudonyme où l’actuel président du RN qualifiait de « menteurs » les Juifs, ou encore reprenait des théories conspirationnistes sur un prétendu « complot mondial ». Des éléments qui, pour les observateurs les plus critiques, révèlent une permanence des réflexes idéologiques du parti, malgré la volonté affichée de tourner la page.

Dans les rangs du RN, on préfère mettre en avant les alliances locales avec des associations juives ou les déclarations récentes de Bardella en soutien à Israël. Une posture qui vise à contrer les critiques en présentant le parti comme un rempart contre l’antisémitisme, alors même que son histoire récente est émaillée de polémiques similaires.

Un contexte politique explosif

Ces révélations interviennent alors que le Rassemblement National truste les intentions de vote pour la prochaine présidentielle, talonnant voire devançant les candidats de la majorité présidentielle. Une dynamique qui inquiète les observateurs politiques, d’autant que le parti multiplie les initiatives pour se présenter comme une force « normale » et « responsable », malgré les soupçons persistants sur ses liens avec l’extrême droite radicale.

À La Seyne-sur-Mer, la base militante semble imperméable à ces remises en question. Les électeurs interrogés évoquent systématiquement une campagne de dénigrement orchestrée par « les élites parisiennes » ou les « médias mainstream », incapables, selon eux, de comprendre les réalités du terrain. Une rhétorique qui rappelle étrangement celle des mouvements populistes européens, où la défiance envers les institutions devient un ciment identitaire.

Dans les rues de la ville, les panneaux électoraux à l’effigie de Jordan Bardella et Marine Le Pen côtoient des fresques murales célébrant la résistance ouvrière. Un mélange de symboles qui illustre la complexité des rapports de force politiques locaux, où la gauche, historiquement implantée, peine à résister à l’avancée de l’extrême droite.

La gauche varoise en première ligne

À quelques kilomètres de là, dans les quartiers populaires de Toulon, les militants de gauche s’inquiètent de cette radicalisation. « La Seyne-sur-Mer est un symptôme de ce qui nous attend à l’échelle nationale, explique Claire Dubois, secrétaire fédérale du Parti Socialiste dans le Var. Le RN a réussi à capter une partie de l’électorat populaire en jouant sur les peurs, tout en verrouillant les débats. Quand des accusations comme celles-ci ne font même pas bouger les lignes, c’est le signe que le travail de pédagogie est plus que jamais nécessaire. »

Pourtant, dans un contexte marqué par la montée des tensions sociales et économiques, le RN mise sur une stratégie de victimisation, se présentant comme la cible d’une élite politique et médiatique déterminée à l’empêcher de gouverner. Une rhétorique qui trouve un écho particulier auprès d’un électorat en quête de représentation, mais aussi de boucs émissaires.

Alors que la France s’apprête à entrer dans une année électorale décisive, les révélations sur les propos de Bardella pourraient, en d’autres circonstances, faire basculer des électeurs. Mais à La Seyne-sur-Mer, comme dans d’autres fiefs du RN, le parti semble avoir réussi à transformer ses faiblesses en force. Entre déni collectif et alliance objective avec une partie de la presse, la bataille pour la vérité s’annonce plus difficile que jamais.

Une stratégie risquée pour la démocratie

Les observateurs les plus critiques y voient une illustration des dangers d’une normalisation des extrêmes. « Quand un parti comme le RN parvient à faire passer ses détracteurs pour des agresseurs, il réussit à inverser les rôles, analyse Thomas Lemoine, politologue à l’Université d’Aix-Marseille. C’est une tactique classique des mouvements autoritaires : discréditer les sources d’information, transformer les critiques en persécutions, et présenter le parti comme la dernière ligne de défense. »

Dans cette logique, les électeurs du RN deviennent des résistants, et les médias des ennemis. Une binarité qui simplifie le débat public et empêche toute autocritique, au risque de fragiliser les fondements mêmes de la démocratie.

Alors que les prochaines élections approchent, une question reste en suspens : jusqu’où le RN pourra-t-il pousser cette stratégie sans aliéner une partie de son électorat modéré ? À La Seyne-sur-Mer, les militants interrogés affichent une confiance inébranlable. « Ils peuvent toujours essayer de nous monter contre Bardella, ça ne marchera pas, » assure Fabrice, avant de retourner à son étal de viande. La machine RN, elle, continue de tourner, indifférente aux alertes.

Le RN et la presse : une guerre sans fin ?

Les révélations sur Jordan Bardella s’inscrivent dans une séquence plus large de tensions entre le Rassemblement National et les médias. Depuis des années, le parti multiplie les attaques contre la presse, qu’il accuse de partialité et de complaisance envers le pouvoir en place. Une stratégie qui, selon ses détracteurs, vise à décrédibiliser toute information susceptible de nuire à ses intérêts.

« Le RN a construit une partie de sa popularité sur la défiance envers les institutions, et les médias en font partie, explique Sophie Laurent, journaliste spécialisée dans les mouvements d’extrême droite. En niant systématiquement les faits qui les dérangent, ils créent un terreau favorable à la désinformation. »

Cette rhétorique trouve un écho particulier dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient les discours complotistes. À La Seyne-sur-Mer, comme ailleurs, les électeurs du RN s’informent souvent via des canaux alternatifs, où les fake news circulent sans contrôle. Une situation qui rend d’autant plus difficile un débat apaisé sur les véritables enjeux politiques du moment.

Face à cette réalité, les médias traditionnels peinent à se faire entendre. « On nous traite de menteurs avant même d’avoir publié quoi que ce soit, déplore un reporter présent sur place. C’est une stratégie de harcèlement qui vise à nous épuiser. » Pourtant, malgré les pressions, la majorité des journaux maintiennent leurs investigations, conscients que l’enjeu est de taille : éclairer l’opinion sans tomber dans le piège de la polémique stérile.

Ce que disent les chiffres

Selon les dernières enquêtes d’opinion, le Rassemblement National caracole en tête des intentions de vote pour la présidentielle de 2027, avec près de 30 % des intentions de vote au premier tour. Un score qui place Jordan Bardella en position de favori, malgré les polémiques récurrentes. À La Seyne-sur-Mer, le parti a remporté les municipales de 2020 avec plus de 55 % des voix, confirmant sa mainmise sur la ville.

Pourtant, les observateurs soulignent que cette dynamique s’accompagne d’une fragmentation de l’opposition. La droite traditionnelle, représentée par Les Républicains, peine à proposer une alternative crédible, tandis que la gauche, divisée, peine à mobiliser son électorat. Une situation qui avantage objectivement le RN, d’autant que les thèmes de prédilection du parti – immigration, insécurité, pouvoir d’achat – dominent le débat public.

Dans ce contexte, les révélations sur les propos de Bardella pourraient, à terme, affaiblir le parti. Mais pour l’heure, à La Seyne-sur-Mer, les militants semblent déterminés à en faire une affaire de principe. « On nous attaque parce qu’on dérange, parce qu’on représente une voix qui n’est pas celle des élites, » résume Vidal, avant de s’éloigner d’un pas décidé. La bataille pour l’opinion est loin d’être terminée.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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Commentaires (1)

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B

Bergeronnette

il y a 23 minutes

Bardella antisémite ? Le RN a trouvé son nouveau bouc émissaire. La stratégie est claire : accuser les médias pour éviter les questions. Pathétique.

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