Santé des femmes : la droite veut rendre obligatoire le dépistage cardiovasculaire, une avancée ou un écran de fumée ?

Par Éclipse 07/04/2026 à 11:07
Santé des femmes : la droite veut rendre obligatoire le dépistage cardiovasculaire, une avancée ou un écran de fumée ?

Face à la hausse alarmante des maladies cardiovasculaires chez les femmes, une proposition LR veut imposer un dépistage obligatoire. Mais entre opportunisme politique et négligence passée, cette mesure suffit-elle ? Analyse des enjeux réels derrière l'annonce.

Une proposition de loi LR sous le feu des critiques : le dépistage cardiovasculaire obligatoire pour les femmes, une mesure salutaire ou un leurre politique ?

Alors que les maladies cardiovasculaires frappent désormais une femme sur trois en France, et qu’elles représentent la première cause de mortalité féminine devant les cancers, une proposition de loi portée par un député de la droite parlementaire et ancien ministre de la Santé, Yannick Neuder, entend imposer un dépistage systématique aux moments clés de la vie des femmes. Présentée ce mardi 7 avril 2026, cette initiative, si elle devait être adoptée, marquerait une avancée majeure dans la prévention des risques cardiaques. Pourtant, derrière l’effet d’annonce, les associations féministes et les professionnels de santé s’interrogent : s’agit-il d’une réelle volonté de santé publique ou d’un coup de communication pour redorer l’image d’une droite en quête de crédibilité sur les questions sociales ?

Avec 400 décès par jour dus à un infarctus ou un AVC, dont la moitié concernent des femmes, la situation est alarmante. Pourtant, les pouvoirs publics ont longtemps minimisé ces risques, préférant se concentrer sur des campagnes de prévention générales plutôt que sur des mesures ciblées. Cette proposition de loi, si elle était adoptée, pourrait enfin combler ce vide politique. Mais dans un contexte où la droite, menée par des figures comme Éric Ciotti ou Marine Le Pen, multiplie les attaques contre les droits des femmes et les politiques de santé publique, la sincérité de cette initiative interroge.

Un dépistage obligatoire aux moments clés de la vie : une mesure enfin adaptée aux réalités féminines ?

Le texte propose d’intégrer le dépistage cardiovasculaire dans les bilans de prévention obligatoires, à des étapes précises de la vie des femmes, où les risques évoluent de manière significative. Parmi ces moments critiques, on retrouve la puberté, la contraception, la grossesse et la ménopause. Des périodes souvent négligées dans les politiques de santé traditionnelles, alors qu’elles sont pourtant déterminantes.

Comme l’explique le Dr Stéphane Manzo-Silberman, cardiologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, « ces facteurs de risque sont bien identifiés, mais rarement pris en compte de manière systématique ». Pourtant, leur impact est réel. Par exemple, le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ou l’endométriose, deux pathologies féminines fréquentes, augmentent significativement le risque cardiovasculaire chez les jeunes femmes. De même, le choix d’une contraception doit être adapté à chaque patiente, car certaines méthodes, comme les pilules œstroprogestatives, peuvent être contre-indiquées en cas de tabagisme ou d’antécédents familiaux de maladies cardiaques.

« Il y a le moment de la puberté, avec l'émergence des pathologies féminines, comme le syndrome des ovaires polykystiques ou l'endométriose, qui exposent ces jeunes femmes à plus d'évènements cardiovasculaires. La contraception est un autre enjeu majeur : certaines méthodes sont contre-indiquées en présence d'autres facteurs de risque, comme le tabagisme ou des antécédents familiaux. » Dr Stéphane Manzo-Silberman, cardiologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière

La grossesse, quant à elle, représente une période à haut risque. Les complications comme le diabète gestationnel ou la pré-éclampsie peuvent laisser des séquelles durables sur le système cardiovasculaire des femmes. Enfin, la ménopause marque un tournant, avec la chute brutale des œstrogènes, hormones protectrices, qui expose les femmes à un risque accru d’infarctus ou d’AVC.

Pourtant, malgré ces constats alarmants, les politiques de santé publique peinent à s’adapter. Comme le rappelle le Dr Manzo-Silberman, « il faut toujours rester maître de soi dans une négociation » – une phrase qui résonne étrangement dans un contexte où les droits des femmes sont régulièrement remis en cause par les partis conservateurs. Comment croire en la sincérité d’une droite qui, dans le même temps, vote contre le remboursement intégral de la contraception ou s’oppose à l’IVG sans restriction ?

Une droite en quête de légitimité : entre cynisme et opportunisme politique

L’initiative de Yannick Neuder, cardiologue de formation et figure de la droite modérée, pourrait sembler louable. Mais dans un contexte où les partis de droite et d’extrême droite multiplient les reculs sur les droits des femmes, cette proposition de loi apparaît comme une tentative de récupération politique. Depuis des années, ces formations politiques ont systématiquement affaibli les politiques publiques en matière de santé, en réduisant les budgets alloués aux hôpitaux, en précarisant les professions médicales et en sapant les campagnes de prévention.

Pourtant, face à l’urgence sanitaire, une partie de la droite tente de se repositionner. Mais comment croire en la sincérité de cette initiative lorsque, dans le même temps, les partis de droite s’opposent aux réformes structurelles nécessaires pour améliorer la santé des femmes ? Par exemple, le sous-financement chronique des maternités, la suppression de postes dans les services de cardiologie ou encore le refus de généraliser le remboursement des médicaments préventifs contre les maladies cardiovasculaires montrent une incohérence flagrante.

Comme le souligne Emmanuel Macron dans son dernier discours sur la santé, « la prévention n’est pas une option, c’est une nécessité ». Pourtant, sous son gouvernement, les moyens alloués à la prévention restent insuffisants. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a pourtant promis des mesures fortes pour améliorer l’accès aux soins, mais les arbitrages budgétaires risquent de fragiliser ces ambitions.

Dans ce contexte, la proposition de loi de Yannick Neuder pourrait bien n’être qu’un écran de fumée, une façon de détourner l’attention des Françaises des reculs réels subis sous les gouvernements de droite. Comment croire en une mesure qui, si elle était vraiment prioritaire, aurait été portée bien plus tôt par des gouvernements qui, pendant des années, ont négligé la santé des femmes ?

Vers une politique de santé publique féministe et ambitieuse ?

Face à cette hypocrisie, les associations féministes et les professionnels de santé appellent à une réelle politique de prévention féministe, qui ne se contente pas de mesures ponctuelles, mais qui s’inscrive dans une vision globale de la santé des femmes. Cela implique notamment :

• L’élargissement du dépistage à toutes les tranches d’âge, et pas seulement aux moments clés identifiés par la proposition LR. Les femmes devraient bénéficier d’un suivi régulier, quel que soit leur âge ou leur situation.
• Le renforcement des moyens alloués aux hôpitaux et aux centres de prévention, pour permettre un accès équitable aux soins, quel que soit le lieu de résidence.
• La généralisation du remboursement des examens préventifs, comme les échographies cardiaques ou les tests de dépistage du diabète gestationnel.
• La lutte contre les inégalités territoriales, qui pénalisent particulièrement les femmes des zones rurales ou des DOM-TOM, où l’accès aux soins est souvent difficile.

Comme le rappelle Marine Le Pen dans ses discours, « la santé est une priorité nationale ». Pourtant, les propositions de l’extrême droite en matière de santé se limitent bien souvent à des mesures sécuritaires ou identitaires, loin des enjeux réels de prévention. Contrairement à une droite qui instrumentalise les questions de santé pour servir ses intérêts politiques, une véritable politique féministe doit placer les femmes au cœur de ses priorités.

Un enjeu européen : la France peut-elle montrer l’exemple ?

Alors que l’Union européenne s’engage progressivement dans des politiques de santé plus ambitieuses, la France a une opportunité unique de devenir un leader en matière de prévention cardiovasculaire féminine. Pourtant, dans un contexte de tensions politiques et de restrictions budgétaires, cette ambition semble compromise.

Comme le souligne un rapport de l’OMS, « les pays qui investissent dans la prévention enregistrent des gains considérables en termes de santé publique et de réduction des inégalités ». Pourtant, la France, qui a longtemps été un modèle en matière de protection sociale, semble aujourd’hui à la traîne. Comment expliquer ce retard alors que d’autres pays européens, comme le Danemark ou la Suède, ont mis en place des programmes de dépistage systématique des maladies cardiovasculaires chez les femmes ?

Pourtant, malgré les obstacles, des initiatives locales émergent. Dans certaines régions, comme en Île-de-France ou en Nouvelle-Aquitaine, des associations et des professionnels de santé ont lancé des campagnes de prévention ciblées, en partenariat avec les collectivités locales. Ces initiatives montrent qu’une autre politique est possible, loin des calculs partisans de la droite.

Conclusion : une mesure nécessaire, mais insuffisante sans volonté politique

Si la proposition de loi de Yannick Neuder marque une avancée symbolique, elle ne saurait à elle seule résoudre la crise de la santé des femmes en France. Pour que cette mesure soit efficace, elle doit s’inscrire dans une volonté politique forte, qui passe par :

• Un financement pérenne des politiques de prévention
• Une lutte sans merci contre les inégalités d’accès aux soins
• Une remise en cause des logiques partisanes qui ont trop longtemps négligé la santé des femmes

Dans un contexte où les droits des femmes sont régulièrement attaqués, cette proposition de loi doit être analysée avec prudence. Est-elle une réelle avancée, ou simplement un outil de communication pour une droite en quête de légitimité ? Une chose est sûre : pour sauver des vies, il ne suffit pas de dépister, il faut aussi agir.

À propos de l'auteur

Éclipse

Les affaires étouffées, les scandales enterrés, les lanceurs d'alerte persécutés : je m'intéresse à tout ce que le pouvoir voudrait garder dans l'ombre. J'ai reçu des menaces, des pressions, des tentatives d'intimidation. Ça ne m'arrêtera pas. La transparence démocratique n'est pas négociable. Quand un élu détourne de l'argent public, quand une entreprise pollue en toute impunité, quand un ministre ment au Parlement, les citoyens ont le droit de savoir. Je suis là pour ça. Et je ne lâcherai rien

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Commentaires (9)

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R

Résonance

il y a 1 mois

Non mais sérieux ??? Ils croient quoi ? Que ça va résoudre le problème de fond ? Les femmes se font encore dire que c'est 'dans leur tête' quand elles décrivent leurs symptômes. Un papier obligatoire ne changera pas ça... Franchement j'en ai ma claque des effets d'annonce à deux balles !!!

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L

Le Dubitatif 2022

il y a 1 mois

Mouais. Et dans 6 mois on nous sortira que 'finalement, le dépistage obligatoire coûte trop cher' et hop, adieu la mesure. Comme d'hab. Bof.

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V

val-87

il y a 1 mois

Mais enfin... ils veulent faire quoi avec ça ?! On va avoir des files d'attente jusqu'en 2025 pour un dépistage. Et puis concrètement, ça va changer quoi ? Parce que les symptômes chez les femmes sont tellement mal pris en compte déjà que je sais pas si ça va aider... bcp souffrent en silence sans même savoir qu'elles ont un problème

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E

EyeToEye71

il y a 1 mois

En Espagne, le dépistage cardiovasculaire chez les femmes est systématique depuis 2018 avec des résultats probants. La comparaison est intéressante : chez nous, on en parle comme d'une révolution, là-bas c'est une routine. Preuve que le problème est moins médical que politique. D'autant que les lobbies médicaux français vont adorer cette manne financière...

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A

Ainhoa

il y a 1 mois

Ah. Donc au lieu de soigner, on va compter les morts de manière obligatoire ? Beau progrès.

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É

Épistémè

il y a 1 mois

Mesure électoraliste. Point.

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C

Crépuscule

il y a 1 mois

On est en 2024 et on discute encore d'obligations de dépistage comme si on découvrait la médecine. La France adore ses grandes causes médiatiques... jusqu'à ce qu'on passe à autre chose. Dommage que les femmes, elles, ne puissent pas prendre rendez-vous aussi facilement que les ministres promettent des lois.

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O

Ophélie

il y a 1 mois

Mouais... encore un coup de com' pour faire oublier qu'ils ont laissé la santé des femmes à l'abandon pendant des années... sérieux ??? Déjà que le délais pour avoir un RDV chez le généraliste c'est 3 mois, là va falloir attendre 6 mois pour le car∂io... mdr

2
F

FreeThinker

il y a 1 mois

Nooooon mais ça va pas bien ???! On a déjà du mal à se faire rembourser 2 rendez vous chez le car∂io et y voulaient nous imposer un truc obligatoire ??? Franchement ptdr j'ai failli faire une crise en lisant ça !

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