Une candidate écologiste fait de la santé environnementale un pilier de son programme
Dans un contexte où les alertes sanitaires et écologiques se multiplient en France, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes et candidate à la primaire de gauche pour la présidentielle de 2027, a dévoilé ce samedi 30 mai 2026 un ambitieux plan pour faire de la santé environnementale un droit fondamental du XXIe siècle. Alors que les gouvernements successifs peinent à concilier transition écologique et justice sociale, son projet s’articule autour d’une vision globale, inspirée des principes du programme européen One Health, qui lie indissociablement santé humaine, animale et environnementale.
Face à une crise sanitaire et écologique de plus en plus visible – canicules à répétition, pollution généralisée, malbouffe endémique –, Tondelier propose une refonte en profondeur des politiques publiques. Son objectif ? Réduire l’espérance de vie en mauvaise santé et faire de la France un modèle en matière de protection environnementale et de bien-être citoyen. Une approche qui tranche radicalement avec les politiques menées sous la présidence Macron, souvent accusées de lâcheresse environnementale et de soumission aux lobbies.
Un plan en cinq axes pour une santé globale
Le programme de la candidate écologiste s’articule autour de cinq grands axes : l’agriculture, l’alimentation, la pollution, l’accès à la nature et la fiscalité écologique. Chacun de ces volets s’inscrit dans une logique de rupture avec les pratiques actuelles, jugées insuffisantes ou hypocrites.
Premièrement, la fin progressive des pesticides de synthèse est programmée pour 2050, avec un fonds de transition agricole destiné à accompagner les agriculteurs vers l’agroécologie. Une mesure qui s’inscrit en opposition frontale avec les choix du gouvernement Lecornu, dont les subventions aux agriculteurs industriels restent largement majoritaires. L’objectif est clair : sortir de la dépendance aux engrais azotés, responsables de la dégradation des sols et de la pollution des nappes phréatiques, tout en protégeant la santé des travailleurs agricoles, souvent exposés à des produits toxiques.
Deuxièmement, la lutte contre la malbouffe passe par l’interdiction des aliments ultratransformés dans les cantines scolaires, ainsi que par l’interdiction de la publicité pour les produits trop sucrés ou trop salés avant 21 heures. Une mesure qui s’inspire des politiques menées dans plusieurs pays européens, comme le Portugal ou le Royaume-Uni, mais qui reste inédite en France, où les industriels de l’agroalimentaire disposent d’un pouvoir d’influence considérable.
Troisièmement, le programme inclut une interdiction totale des perturbateurs endocriniens, des substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), ainsi que des polluants éternels (PFAS) dans les produits du quotidien – alimentation, textiles, protections hygiéniques, cosmétiques. Une avancée majeure pour protéger les citoyens, notamment les plus vulnérables, comme les femmes enceintes et les jeunes enfants. La France, souvent en retard sur ces questions, pourrait ainsi rattraper son retard face à des pays comme la Norvège ou le Canada, pionniers en matière de réglementation sanitaire.
Quatrièmement, Tondelier propose une stratégie ambitieuse d’accès à la nature, avec la règle des 300/30/3 : chaque Français doit pouvoir accéder à un espace vert à moins de 300 mètres de son domicile, 30 % du territoire doit être couvert de feuillage en été (via des toitures végétalisées, des espaces verts, etc.), et chaque citoyen doit voir au moins trois arbres depuis chez lui. Une initiative qui répond à la désertification urbaine et à la pollution atmosphérique qui frappent les grandes villes, mais aussi à la crise du bien-être mental, aggravée par le manque de contact avec la nature.
Enfin, le volet fiscal du projet prévoit une TVA verte, ainsi qu’un fonds national d’indemnisation et de dépollution, financé par les industries les plus polluantes. Le principe du pollueur-payeur serait systématiquement appliqué, avec une généralisation des régies publiques de l’eau pour garantir un accès universel à une eau potable et non contaminée. Une mesure qui contraste avec les privatisations en cours, notamment dans le secteur de l’eau, où les tarifs explosent et où la qualité se dégrade.
« La santé environnementale doit constituer un droit fondamental du XXIe siècle. La sécurité à 360°, ce n’est pas seulement l’ordre public, c’est aussi la capacité à vivre dans un environnement qui ne vous rend pas malades. Nous devons faire de l’espérance de vie en bonne santé le nouveau référentiel de l’action publique. »
One Health : une approche intégrée pour une santé durable
Le programme de Marine Tondelier s’appuie sur le concept One Health, qui considère que la santé humaine, animale et environnementale sont indissociables. Une approche qui, bien que théorisée depuis des années par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), peine à s’imposer dans les politiques publiques françaises. Pourtant, les exemples de maladies émergentes liées à la dégradation de l’environnement – comme les zoonoses ou les résistances aux antibiotiques – se multiplient.
En refusant de séparer les enjeux sanitaires, écologiques et agricoles, la candidate écologiste propose une réponse globale aux crises actuelles. Contrairement au gouvernement, qui privilégie les mesures cosmétiques et les compromis avec les lobbies, son plan s’inscrit dans une logique de rupture systémique. Par exemple, la sortie des pesticides s’accompagnerait d’un soutien financier et technique aux agriculteurs, tandis que l’interdiction des aliments ultratransformés s’accompagnerait d’un renforcement des circuits courts et de l’agriculture biologique.
Cette vision intégrée est aussi une réponse aux dérives des politiques néolibérales, qui ont conduit à une désindustrialisation partielle de l’agriculture française, à une dépendance accrue aux importations et à une pollution généralisée. En misant sur l’agroécologie et la relocalisation de la production, Tondelier propose une alternative crédible, inspirée des modèles européens les plus avancés, comme celui de la Suède ou du Danemark.
Un fonds de transition pour les agriculteurs, une réponse aux critiques sur l’écologie punitive
L’un des points les plus débattus du programme concerne le fonds de transition agricole, destiné à accompagner les agriculteurs vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Une mesure qui vise à répondre aux critiques récurrentes sur l’écologie punitive, souvent brandies par la droite et l’extrême droite pour discréditer les politiques environnementales.
En effet, les syndicats agricoles, souvent proches de la FNSEA ou de la droite, dénoncent régulièrement les contraintes imposées par Bruxelles ou Paris, sans toujours proposer d’alternatives viables. Pourtant, la crise de l’agriculture française – endettement massif, baisse des revenus, exode rural – est aussi le résultat d’un modèle productiviste épuisé, qui a sacrifié la qualité des sols et des produits sur l’autel de la compétitivité.
Le fonds proposé par Tondelier permettrait de financer des formations, des conversions vers le bio, ou encore des investissements dans des équipements moins polluants. Une approche qui, si elle était mise en œuvre, pourrait enfin réconcilier écologie et justice sociale, un objectif que les gouvernements précédents ont souvent échoué à atteindre.
Une stratégie ambitieuse pour l’accès à la nature
Parmi les mesures phares du programme, la stratégie 300/30/3 pour l’accès à la nature marque une rupture avec les politiques urbaines actuelles, souvent marquées par l’étalement urbain et la bétonisation. En France, plus de 6 millions de personnes vivent dans des déserts verts, où les espaces naturels sont absents ou inaccessibles. Cette situation aggrave les inégalités sociales, car les plus aisés peuvent se permettre de vivre près d’un parc ou de quitter les villes pendant les canicules, tandis que les plus modestes subissent de plein fouet la pollution et l’absence de fraîcheur.
Pour y remédier, Tondelier propose de généraliser les toitures végétalisées, de créer des corridors écologiques entre les villes et les campagnes, et de développer des initiatives comme l’école dehors, qui permettent aux enfants de passer plus de temps en plein air. Une approche qui s’inscrit dans la lignée des politiques menées en Allemagne ou aux Pays-Bas, où la nature en ville est considérée comme un bien commun.
Cette stratégie s’accompagne d’une volonté de favoriser le temps passé à l’extérieur, notamment via un congé payé climatique de cinq jours par an, destiné à faire face aux vagues de chaleur. Une mesure qui, si elle était adoptée, ferait de la France un pays pionnier en Europe, loin derrière les pays nordiques, où les congés pour raisons climatiques sont déjà une réalité.
Une fiscalité écologique pour financer la transition
Le financement du plan repose en grande partie sur une TVA verte, qui taxerait les produits les plus polluants, ainsi que sur un fonds national d’indemnisation et de dépollution, alimenté par les industries les plus nocives. Une approche qui s’inscrit dans la droite ligne du principe pollueur-payeur, déjà appliqué dans plusieurs pays européens, comme la Finlande ou la Norvège.
En taxant les produits les plus toxiques – pesticides, engrais azotés, plastiques non recyclables – la TVA verte permettrait de réduire leur consommation tout en générant des recettes pour financer la transition. Une mesure qui, bien que contestée par les lobbies industriels, s’inscrit dans une logique de justice fiscale : ceux qui polluent le plus paient le plus.
Le fonds de dépollution, quant à lui, permettrait de financer la remédiation des sites contaminés, comme les friches industrielles ou les sols agricoles empoisonnés aux métaux lourds. Une urgence souvent ignorée par les gouvernements précédents, qui ont préféré reporter le problème aux générations futures.
Un programme qui interroge les choix du gouvernement Lecornu
Le timing du dévoilement du plan de Marine Tondelier n’est pas anodin. Alors que le gouvernement Lecornu II, marqué par une politique de l’offre et une soumission aux intérêts privés, peine à répondre aux défis climatiques et sanitaires, le programme écologiste offre une alternative claire. Face à l’immobilisme des pouvoirs en place, les propositions de Tondelier apparaissent comme une bouffée d’oxygène pour les citoyens en quête de solutions concrètes.
Pourtant, le chemin sera long avant de voir ces mesures adoptées. La droite, déjà en campagne pour 2027, a d’ores et déjà fait savoir qu’elle s’opposerait à toute mesure « trop radicale » sur l’environnement. Quant à l’extrême droite, elle préfère mettre en avant des thèmes sécuritaires et identitaires, tout en minimisant les enjeux écologiques. Seule une alliance large à gauche pourrait permettre de faire avancer ce programme, mais les divisions persistantes entre socialistes, insoumis et écologistes rendent ce scénario incertain.
En attendant, le débat est lancé. Et pour la première fois depuis des années, une candidate propose une vision ambitieuse, cohérente et financée pour une France plus saine, plus juste et plus respectueuse de l’environnement.