Tirs dans un collège d'Aubagne : la jeunesse en crise, l'État en échec ?

Par SilverLining 12/10/2026 à 21:07
Tirs dans un collège d'Aubagne : la jeunesse en crise, l'État en échec ?

Fusillade dans un collège d'Aubagne : un élève de 14 ans tire sur son proviseur et une enseignante. Entre mal-être adolescent et échec des politiques publiques, la France fait face à une crise de jeunesse sans précédent.

Un drame scolaire qui révèle les fractures d’une génération

Le sang versé dans les couloirs d’un collège d’Aubagne a ébranlé la France entière. Un élève de quatorze ans a fait feu sur son proviseur et une enseignante, plongeant l’institution scolaire dans une crise sans précédent. Derrière l’horreur du geste, une question lancinante s’impose : comment en est-on arrivé là ? Entre mal-être adolescent, déficiences éducatives et échec des politiques publiques, les réponses se heurtent à des logiques partisanes et à des années de sous-investissement dans la jeunesse.

Une jeunesse en détresse, un État en retrait

Pour la députée écologiste Léa Balage El Mariky, le drame d’Aubagne est avant tout le symptôme d’un malaise profond chez les jeunes Français. « Il y a véritablement un mal-être dans cette jeunesse », affirme-t-elle, rappelant que 25 % des adolescents souffrent de pensées suicidaires, un chiffre qui donne le vertige. Derrière ces chiffres, des réalités concrètes : confinement, éco-anxiété, pression scolaire, et un système de santé mentale à bout de souffle. Pourtant, face à cette urgence, la réponse gouvernementale reste désespérément insuffisante.

« L’école ne peut pas tout, mais le gouvernement et les politiques publiques peuvent beaucoup. » Léa Balage El Mariky, députée écologiste

Le ministre de l’Éducation nationale, en minimisant la portée du drame par un simple « l’école ne peut pas tout », illustre parfaitement l’aveuglement des élites. Comment expliquer, en effet, que des établissements scolaires, censés être des havres de sécurité, deviennent le théâtre de violences inouïes ? Les portiques et les caméras, souvent brandis comme des solutions miracles, n’ont jamais empêché la folie d’un seul individu. Et quand bien même, ils ne répondent en rien aux causes structurelles de cette crise.

La santé mentale des jeunes, parent pauvre des politiques publiques

Les études le prouvent : le Covid-19 a laissé des traces indélébiles chez les adolescents. Entre isolement, décrochage scolaire et angoisses existentielles, la génération Z porte aujourd’hui le poids d’un monde en crise. Pourtant, l’accès aux soins psychologiques reste un luxe inabordable pour des millions de familles. Les délais pour consulter un psychologue ou un psychiatre dans le secteur public se comptent en mois, voire en années, quand ils ne sont pas tout simplement inexistants. Pendant ce temps, les budgets alloués à la santé mentale stagnent, voire régressent.

Les écologistes ne sont pas les seuls à tirer la sonnette d’alarme. En 2025, l’Organisation mondiale de la santé avait déjà pointé du doigt la France pour son défaut d’accompagnement psychologique des jeunes. Pourtant, au lieu d’une mobilisation massive, les gouvernements successifs se contentent de mesures cosmétiques : des campagnes de sensibilisation sans moyens, des numéros verts qui ne répondent jamais, et des promesses jamais tenues.

La droite et l’extrême droite surfent sur la peur

Face à cette situation explosive, la droite et l’extrême droite proposent une réponse simpliste : la répression. Jad Zahab, porte-parole de Gabriel Attal, n’a pas hésité à brandir l’épouvantail d’une « justice des mineurs obsolète », datant de 1945, pour justifier la fin de l’excuse de minorité et l’instauration de comparutions immédiates pour les adolescents. Une proposition dangereuse, qui risque de criminaliser une jeunesse déjà fragilisée plutôt que de l’aider.

« La justice des mineurs ne peut plus être la même en 2026. » Jad Zahab, porte-parole de Gabriel Attal

Cette rhétorique n’est pas nouvelle. Depuis des années, la droite et l’extrême droite instrumentalisent la peur de la délinquance juvénile pour détourner l’attention des vraies causes de la violence : l’abandon social, l’échec scolaire et l’absence de perspectives. En ciblant les mineurs, elles évitent soigneusement de s’attaquer aux racines du problème : un système éducatif en crise, une société fracturée et un État démissionnaire.

Pourtant, les faits sont têtus. Une étude de l’INSEE publiée en 2026 révèle que 70 % des jeunes détenus en France ont grandi dans des quartiers prioritaires ou des zones rurales abandonnées, où les services publics se font rares et les opportunités encore plus. Comment s’étonner, dès lors, que certains basculent dans la violence quand le reste de la société leur tourne le dos ?

Le modèle européen, une alternative à portée de main

Alors que la France s’enlise dans des débats stériles sur la répression, ses voisins européens montrent une autre voie. En Norvège, par exemple, le système éducatif place l’accompagnement psychologique des élèves au cœur de ses priorités. Résultat : des taux de délinquance juvénile parmi les plus bas d’Europe, et une jeunesse globalement épanouie. De même, en Allemagne, les programmes de prévention de la violence en milieu scolaire ont permis de réduire de 40 % les incidents graves en une décennie.

Pourtant, en France, les gouvernements successifs préfèrent dépenser des milliards dans des mesures sécuritaires inefficaces plutôt que d’investir dans l’éducation et la santé mentale. Un choix qui n’est pas anodin : il reflète une vision punitive de la société, où la jeunesse est perçue comme une menace plutôt que comme une ressource.

Les responsabilités cachées

Derrière le drame d’Aubagne, une question reste en suspens : qui a failli ? Les parents, bien sûr, qui n’ont pas su protéger leur enfant d’un accès à une arme à feu. Mais aussi la société toute entière, qui a laissé se creuser les inégalités et a abandonné des millions de jeunes à leur sort.

Les écologistes pointent du doigt des décennies de politiques néolibérales qui ont démantelé les services publics, précarisé les familles et marginalisé les quartiers. « Nous avons une jeunesse qui ne croit plus en l’avenir », rappelle Léa Balage El Mariky. Et quand l’espoir disparaît, la violence peut devenir un exutoire.

Face à cette situation, une seule issue : un plan Marshall pour la jeunesse française. Cela passerait par un investissement massif dans la santé mentale, une refonte de l’école pour en faire un lieu d’épanouissement plutôt que de compétition, et une politique de la ville ambitieuse pour redonner espoir aux quartiers oubliés. Mais pour que cela advienne, il faudrait que le gouvernement actuel renonce à ses réflexes sécuritaires et accepte de regarder la réalité en face : la violence des jeunes n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’un système qui a échoué.

Et maintenant ?

Le drame d’Aubagne doit servir de déclic. Non pas pour accélérer les mesures répressives, mais pour enfin reconnaître que la jeunesse française mérite mieux que des promesses creuses et des débats stériles. Il est temps de passer des mots aux actes : plus de psychologues dans les établissements, plus de moyens pour les associations, plus de justice sociale.

Car une chose est sûre : tant que la France continuera à ignorer les souffrances de sa jeunesse, les drames comme celui d’Aubagne se multiplieront. Et cette fois, ce ne sera plus seulement un proviseur ou une enseignante qui paiera le prix de l’indifférence.

Une jeunesse sacrifiée sur l’autel des politiques sécuritaires

Dans les heures qui ont suivi la fusillade, les réactions politiques se sont multipliées. Mais une seule question devrait hanter les esprits : que fait-on pour éviter le prochain drame ?

Si le gouvernement persiste dans sa logique de l’« école ne peut pas tout », alors il assume pleinement sa part de responsabilité dans la spirale de violence qui ronge la société. Car une jeunesse abandonnée est une jeunesse en colère. Et une jeunesse en colère finit toujours par se rebeller – contre elle-même, contre les autres, ou contre un système qui l’a trahie.

Le choix est simple : continuer à fermer les yeux, ou enfin ouvrir ceux de la République.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (3)

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F

FreeThinker

il y a 36 minutes

mdr ptdr la réponse des politiques ? plus de caméras et de flics dans les écoles ! comme si le problème était pas bien plus profond... et en plus ça va leur donner envie de faire pire pour faire le buzz sur tiktok... sa va régler quekchose

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S

Solstice

il y a 1 heure

Ce drame est le symptôme d'un système qui a trop longtemps ignoré les fractures sociales et territoriales. Aubagne, comme beaucoup de villes, cumule précarité et absence de politiques de jeunesse structurantes. Le dernier rapport de l'INJEP (2023) montrait que 40% des jeunes des QPV se sentent exclus du système scolaire... Voilà où mène le mépris.

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L

Logos

il y a 1 heure

PUTAIN J'ARRIVE PLUS A COMPRENDRE CETTE SOCIÉTÉ... un gamin de 14 ans avec un flingue dans un collège ??? C'EST QUOI CETTE DÉGÉNÉRESCENCE !!! on arrive meme plus aé sécurisé nos gamins a l'école... nooooon

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