Macron réitère son diagnostic de 2017 : Fedorova, une propagandiste toujours active en France
Le président français Emmanuel Macron a une nouvelle fois dénoncé, ce jeudi 4 juin 2026 au Monténégro, la présence en France de Xenia Fedorova, chroniqueuse russe accusée d’être un relais de la propagande du Kremlin dans les médias français. Lors d’une conférence de presse aux côtés du président monténégrin Jakov Milatovic, il a réitéré des propos tenus en 2017 à Versailles en présence de Vladimir Poutine : « Je vous renvoie à ce que je disais à Versailles en juin 2017 assez clairement, en présence du président Poutine, devant une personne qui était à l’époque en charge prétendument d’un média, mais qui était une agence de propagande d’État. Les choses n’ont pas changé. Je pense la même chose. » Cette déclaration, qui confirme la persistance selon lui d’une menace pour la démocratie française, intervient alors que Fedorova continue de s’exprimer régulièrement dans l’espace médiatique français, notamment sur les chaînes du milliardaire Vincent Bolloré.
Cette intervention présidentielle survient alors que les services de renseignement français multiplient les alertes sur les tentatives d’influence russe en Europe, avec un budget estimé à 15 millions d’euros par an pour financer des relais d’opinion ciblant des audiences spécifiques en France. Selon les dernières estimations de l’ANSSI, plus de 300 000 comptes liés à la propagande du Kremlin ont été identifiés sur les réseaux sociaux en France en 2026, illustrant l’ampleur des campagnes de désinformation coordonnée.
Un titre de séjour légal mais une légitimité politique contestée
Malgré les polémiques persistantes, Xenia Fedorova bénéficie toujours d’un titre de séjour valide en France, renouvelé en 2024 pour une durée de dix ans. Une situation présentée par l’exécutif comme le strict respect des procédures administratives. Emmanuel Macron a rappelé que cette décision ne relevait pas d’une intervention politique : « Ce n’est pas le président, par une décision souveraine, qui remet en cause les titres de séjour ou qui les donne. Il y a des règles et des procédures dans notre pays. Il faut qu’elles soient respectées. » Une position juridique qui ne convainc pas ses détracteurs, notamment au sein de la gauche pro-européenne et d’une partie de la droite modérée, qui dénoncent l’absence de prise en compte du contexte géopolitique dans l’évaluation de sa dangerosité.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait déjà assuré qu’« aucune intervention » du gouvernement n’avait eu lieu lors du renouvellement du titre de séjour de Fedorova. Pourtant, le débat persiste au sein de la classe politique française, divisée sur la manière de traiter les relais d’influence étrangers. Certains appellent désormais à une révision des règles encadrant les titres de séjour des personnalités étrangères suspectées d’être des relais d’influence hostile, une réforme qui pourrait figurer parmi les priorités du prochain gouvernement.
Des condamnations politiques unanimes, mais aucune mesure concrète
La présence de Xenia Fedorova en France suscite une indignation unanime au sein de la classe politique. Raphaël Glucksmann, président du parti Place publique, a jugé nécessaire de lui « retirer le micro », la qualifiant d’« agente russe » au service d’un régime qui « menace directement » l’Europe. Une position partagée par Édouard Philippe, ex-Premier ministre et candidat déclaré à la présidentielle de 2027, pour qui « relayer à Paris les positions de la Russie, c’est critiquer la position de la France ». Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, l’a qualifiée en 2023 de « propagandiste patentée, relais de la désinformation du Kremlin », une qualification reprise par plusieurs responsables politiques français.
Pourtant, malgré ces condamnations répétées, aucune mesure concrète n’a été prise pour limiter son accès aux médias français. Ses interventions régulières sur CNews, propriété de Vincent Bolloré, lui permettent de toucher un public sensible aux discours anti-européens et pro-russes, dans un contexte où RT France, où elle a officié, a été interdite dans l’Union européenne depuis mars 2022. En 2023, un rapport de l’Observatoire européen du journalisme avait classé Xenia Fedorova parmi les « 10 personnalités pro-Kremlin les plus influentes en Europe », mettant en lumière son audience et son impact sur les réseaux sociaux.
L’UE à l’épreuve : entre fermeté affichée et divisions persistantes
La question des sanctions contre Xenia Fedorova dépasse désormais le cadre national. Des eurodéputés du groupe centriste Renew Europe ont demandé à l’Union européenne de prendre des sanctions contre la chroniqueuse, qu’ils considèrent comme une « propagandiste russe notoire ». Selon eux, elle serait responsable de la diffusion de « narratifs grossièrement manipulatoires » sur la guerre en Ukraine et à l’encontre de l’UE. Cette demande s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre les ingérences étrangères en France, un sujet sur lequel Emmanuel Macron a longuement insisté lors de sa visite au Monténégro avec Jakov Milatovic.
Le chef de l’État a rappelé que la France, comme l’UE, devait rester vigilante face aux tentatives de manipulation de l’opinion publique, qu’elles émanent de médias traditionnels ou de plateformes numériques. Une problématique au cœur des débats sur la cyberdéfense et la protection des élections, classées parmi les hot topics actuels. Pourtant, l’application des sanctions reste sélective, suscitant des interrogations sur les critères retenus pour cibler certains propagandistes plutôt que d’autres.
Un débat qui dépasse le cadre médiatique : liberté d’expression vs sécurité nationale
La question de la présence de Xenia Fedorova en France soulève des enjeux plus larges, notamment celui de la liberté de la presse et des limites à l’expression des idées, même controversées. Alors que certains estiment que sa parole doit être combattue par le débat démocratique, d’autres alertent sur le risque de « censure déguisée » qui pourrait toucher des journalistes étrangers. Pour ses défenseurs, Fedorova bénéficie du même droit que tout autre chroniqueur étranger en France, à condition de respecter les lois du pays. Ses détracteurs, eux, pointent du doigt son rôle dans la désinformation systématique et son alignement inconditionnel sur les thèses du Kremlin, y compris après l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Cette polarisation illustre les tensions persistantes entre souveraineté nationale et coopération supranationale. Le Monténégro, pays hôte de la visite présidentielle, est lui-même en première ligne face aux pressions russes dans les Balkans, ce qui explique en partie l’accent mis sur cette question lors du déplacement officiel. Les élections européennes de 2024 avaient déjà été marquées par une montée des partis eurosceptiques, souvent soutenus par des campagnes de désinformation venues de Moscou, rappelant les défis auxquels sont confrontées les démocraties occidentales.
« La meilleure arme contre la propagande reste la vérité et le débat public. Une interdiction pure et simple risquerait d’alimenter le discours martyrologique des partisans du Kremlin. »
— Timothy Garton Ash, historien et essayiste, 2025
Macron et la lutte contre les ingérences : une priorité affichée, des résultats mitigés
La visite d’Emmanuel Macron au Monténégro ce 4 juin 2026 s’inscrit dans une stratégie plus globale de coopération européenne contre les menaces hybrides, incluant les cyberattaques, les campagnes de désinformation et les ingérences politiques. Le président français a souligné l’importance de cette lutte lors de ses échanges avec son homologue monténégrin, évoquant la nécessité d’une « réponse coordonnée face aux tentatives de déstabilisation ». Une position qui s’inscrit dans la continuité de la stratégie française, qui a multiplié les initiatives ces dernières années pour contrer l’influence russe en Europe.
En 2025, Paris avait été à l’origine d’une proposition de sanctions contre les médias pro-Kremlin opérant dans l’UE, une mesure finalement adoptée par Bruxelles. Pour autant, les résultats restent mitigés, notamment face à la porosité des frontières numériques et à la résilience des réseaux de désinformation. Le cas Fedorova illustre ainsi les défis auxquels sont confrontés les démocraties occidentales : comment protéger le débat public sans tomber dans la censure ? La France, en tant que puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, reste une cible privilégiée de ces stratégies d’influence.
Une affaire symptomatique des tensions géopolitiques actuelles
L’affaire Xenia Fedorova dépasse le cadre médiatique pour s’inscrire dans une guerre d’influence globale. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, Moscou a intensifié ses efforts pour façonner l’opinion publique en Europe, notamment via des chaînes comme RT et Sputnik, mais aussi en s’appuyant sur des relais locaux. La France, en tant que puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, est une cible privilégiée de ces stratégies.
Les récentes déclarations de Macron et les réactions politiques qui ont suivi montrent que la question de l’influence russe est devenue un sujet clivant, à la fois dans le débat public et dans les stratégies électorales. Plusieurs partis, notamment à gauche, pointent du doigt le rôle des grands groupes médiatiques dans la diffusion de contenus pro-Kremlin, tandis que la droite et l’extrême droite accusent l’exécutif de complaisance envers ces phénomènes. Une polarisation qui risque de s’amplifier à l’approche des prochaines échéances électorales, notamment la présidentielle de 2027.
Le dossier Fedorova révèle ainsi les défis auxquels sont confrontées les démocraties occidentales : comment protéger le débat public sans tomber dans la censure, tout en répondant à une menace qui s’adapte en permanence ? La réponse à cette question déterminera, en partie, la capacité de l’Europe à résister aux pressions extérieures dans les années à venir. Alors que l’Ukraine, soutenue par l’UE, subit les conséquences d’une guerre informationnelle sans précédent, la France tente de jouer un rôle de leader en matière de lutte contre les ingérences étrangères, malgré les limites d’une stratégie purement répressive.
« La présence de Xenia Fedorova en France n’est pas un détail, mais un symptôme d’une guerre d’influence globale où les médias deviennent des armes de déstabilisation. L’Europe doit choisir entre fermer les yeux ou agir avec cohérence. »
— Editorial du Monde, juin 2026
En attendant, Xenia Fedorova continue d’intervenir dans les médias français, où elle défend une ligne éditoriale alignée sur Moscou, tandis que les autorités françaises maintiennent leur position : « Il y a des règles, et elles doivent être respectées. »