Var : le RN s’impose comme la force dominante aux municipales

Par Aporie 20/03/2026 à 13:07
Var : le RN s’impose comme la force dominante aux municipales
Photo par Amin Zabardast sur Unsplash

Le Var, bastion historique de la droite, pourrait basculer massivement vers le RN aux municipales. Toulon, Fréjus et Hyères en ligne de mire : l’extrême droite en embuscade menace de s’imposer comme la force dominante.

Le Rassemblement National en embuscade dans le Var : une stratégie de conquête locale

Le département du Var, symbole depuis des décennies de l’influence de la droite traditionnelle, voit son paysage politique bouleversé par une remise en cause historique à l’occasion des élections municipales. Les derniers sondages et analyses des résultats du premier tour dessinent une réalité implacable : l’extrême droite, portée par le Rassemblement National, pourrait s’emparer de la majorité des plus grandes villes du département, dont Toulon, chef-lieu historique de la droite varoise. Une avancée qui dépasse le cadre local pour interroger les équilibres nationaux à moins d’un an de l’échéance présidentielle.

Toulon, bastion de la droite, menacé par l’avancée du RN

Avec près de 30 % des suffrages exprimés au premier tour dans la préfecture du Var, le RN confirme sa stratégie d’ancrage territorial, allant jusqu’à talonner ou dépasser les candidats de droite traditionnelle. Les alliances fragiles entre LR et la majorité présidentielle, déjà mises à mal par les divisions nationales, peinent à endiguer cette poussée. À Toulon, où la droite était solidement implantée depuis des générations, les électeurs semblent de plus en plus sensibles à un discours axé sur la sécurité et la souveraineté locale, thématiques chères à l’extrême droite.

Les observateurs politiques soulignent un phénomène de « désaffiliation politique » : une partie de l’électorat modéré, déçu par les politiques nationales menées depuis 2022, se tourne vers le RN comme alternative perçue comme radicale mais pragmatique. « Les Varois ne rejettent pas forcément les idéaux de la droite, mais ils attendent des résultats concrets », analyse un politologue local. « Le RN a su incarner cette impatience, là où la droite traditionnelle reste prisonnière de ses divisions. »

Une droite en lambeaux face à la montée du RN

Les municipales de 2026 pourraient sceller le déclin relatif des Républicains dans le Var, où le parti était jusqu’ici hégémonique. Les divisions internes, exacerbées par les tensions entre les ailes modérées et les franges plus conservatrices, ont affaibli sa capacité à fédérer. À cela s’ajoute l’effet « Lecornu » : le Premier ministre, Sébastien Lecornu, bien que originaire de la région, peine à incarner une dynamique positive pour la droite, confrontée à un président dont la popularité reste atone. « La droite ne sait plus se définir », confie un cadre local. « Elle oscille entre un conservatisme sociétal et une gestion technocratique, sans parvenir à offrir une vision mobilisatrice. »

Les alliances de second tour, souvent improvisées, risquent de se révéler contre-productives. Dans plusieurs communes, des candidats LR ont déjà accepté des désistements en faveur du RN, par peur de l’éparpillement des voix. Une tactique qui, si elle permet d’éviter une défaite cuisante, pourrait accélérer l’absorption définitive de la droite par l’extrême droite, au niveau local comme national.

Le Var, laboratoire d’une recomposition politique nationale ?

Le département pourrait ainsi devenir un cas d’école des dynamiques à l’œuvre dans l’ensemble de la France. Les municipales, élections par nature ancrées dans le local, révèlent des fractures bien plus profondes : rejet des partis traditionnels, défiance envers les institutions, et aspiration à une « politique de la proximité » où l’identité et la sécurité priment sur les enjeux sociétaux ou écologiques. « Le Var n’est pas une exception, mais un miroir grossissant de la France », estime une spécialiste des élections. « Quand les partis de gouvernement échouent à répondre aux angoisses quotidiennes, le RN se présente comme la seule force capable de « reprendre le contrôle ». »

Cette avancée du RN dans le Var s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des droites en Europe, où l’extrême droite capitalise sur les crises migratoires, l’inflation et le sentiment de déclin. Les exemples italiens ou allemands montrent que cette stratégie peut payer électoralement, même si elle s’accompagne souvent de reculs démocratiques et de tensions sociales. « Le risque n’est pas seulement l’arrivée de maires RN, mais la normalisation de leurs discours », alerte un député européen pro-européen.

Un enjeu pour 2027 : le RN peut-il devenir hégémonique ?

Si les municipales de 2026 ne sont pas une élection nationale, elles dessinent en creux les contours de la présidentielle de 2027. Avec un président sortant affaibli et une opposition divisée, le RN mise sur ses victoires locales pour asseoir sa légitimité. « Une victoire à Toulon ou dans d’autres grandes villes du Var serait un signal fort envoyé à l’ensemble de la classe politique », note un analyste. « Cela prouverait que le RN n’est plus un phénomène marginal, mais une force avec laquelle il faudra compter. »

Face à cette menace, la gauche tente de se mobiliser, mais ses divisions internes et son incapacité à proposer une alternative crédible freinent son élan. Quant à la majorité présidentielle, elle mise sur une campagne de terrain pour tenter de limiter la casse, dans un contexte où les espoirs de reprise économique s’amenuisent. « Le gouvernement Lecornu II n’a plus les moyens de l’ambition », souligne un proche de Matignon. « Les municipales seront un test de résistance avant 2027. »

Dans le Var, l’heure n’est plus à l’analyse, mais à l’action. Les électeurs des grandes villes du département, de Draguignan à Hyères, devront choisir entre la continuité d’une droite en déclin ou l’aventure d’une extrême droite en pleine ascension. Une décision qui, au-delà de son impact local, pourrait redessiner l’échiquier politique français pour les années à venir.

« Le Var n’est pas un département à part. C’est la France en miniature : une société fracturée, des institutions affaiblies, et une extrême droite qui profite de chaque faille. Les municipales seront le premier round d’un combat bien plus large. »
Un universitaire spécialiste des droites radicales

Les autres communes du Var dans le viseur du RN

Au-delà de Toulon, le RN cible plusieurs villes stratégiques du département, où ses candidats pourraient l’emporter dès le second tour. Fréjus, où l’extrême droite a réalisé une percée remarquée, mais aussi La Seyne-sur-Mer ou Six-Fours-les-Plages, où les écarts entre les listes se resserrent dangereusement. Dans ces villes, les thèmes de l’immigration et de la délinquance sont systématiquement mis en avant, tandis que les projets municipaux des autres candidats peinent à émerger dans le débat. « On a l’impression que plus personne ne parle d’écologie ou de culture », déplore un conseiller municipal sortant. « Tout est phagocyté par la question sécuritaire. »

Cette focalisation sur les sujets identitaires n’est pas sans risque. Les associations locales dénoncent une dérive droitière qui risque d’isoler les communes concernées, notamment en matière de subventions européennes ou de partenariats internationaux. « Une ville dirigée par le RN pourrait se retrouver exclue des programmes de coopération décentralisée, notamment avec l’Italie ou l’Espagne », prévient une élue écologiste. « L’Europe n’est pas un club de riches : elle finance des projets concrets, comme les énergies renouvelables ou les transports. Le RN, lui, mise sur le repli. »

L’Union européenne face à la montée des extrêmes

Cette progression du RN dans le Var s’inscrit dans un contexte européen où les partis d’extrême droite gagnent du terrain, de l’Allemagne aux Pays-Bas, en passant par la Suède. Les institutions européennes, déjà fragilisées par les crises successives (migratoire, énergétique, géopolitique), peinent à proposer une réponse unifiée. « L’UE doit réagir face à cette normalisation des discours xénophobes », estime une eurodéputée française. « Les fonds européens ne doivent pas financer des municipalités qui remettent en cause les valeurs fondamentales de l’Union. »

Dans le Var, comme ailleurs en France, la bataille pour les municipales pourrait donc devenir un laboratoire des rapports de force futurs. Entre repli identitaire et ouverture européenne, le choix des électeurs varois en dira long sur les priorités de la société française en 2026… et bien au-delà.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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Commentaires (6)

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Cynique bienveillant

il y a 15 minutes

Le RN profite d'un terreau favorable : insécurité en hausse, immigration instrumentalisée, et une droite LR qui hésite entre collaboration et opposition molle. Mais attention, gouverner une ville de 180k habitants, c'est autre chose...

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E

Etchecopar

il y a 31 minutes

nooooon mais sérieux là ??? ils vont vraiment nous refiler un maire RN à toulon ??? ptdr c'est une blague j'espere jsp comment on fait pour voter blanc en masse ???

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Mortimer

il y a 35 minutes

Le Var a toujours été un laboratoire politique. En 1995, c'était la percée de la gauche avec les Verts. Aujourd'hui, c'est le RN qui capitalise sur le rejet des partis traditionnels. Le vrai gagnant ? L'abstention.

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datadriven

il y a 54 minutes

Le RN en embuscade ? Mais c'est une évidence depuis des années. Regardez les législatives dans le coin... La preuve : Fréjus était déjà à 30% au premier tour en 2022. Personne n'a rien vu venir ?

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Bergeronnette

il y a 1 heure

Le RN va gagner. Comme en 2022. La droite classique a juste attendu trop longtemps pour s'en rendre compte...

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C

Carnac

il y a 1 heure

@bergeronnette Tu exagères ! Toulon a toujours été ancré à droite, même si c'est la LR historique. Le RN va peut-être grignoter, mais de là à dominer...

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