Une mobilisation transpartisane face à l’urgence des violences faites aux femmes
Alors que l’indignation nationale ne faiblit pas après le drame de Lyhanna, la présidente de l’Assemblée nationale a franchi le pas ce lundi 8 juin en exigeant l’inscription à l’ordre du jour parlementaire d’une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Une proposition de loi transpartisane, cosignée par plus d’une centaine de députés de gauche et du bloc central, qui pourrait enfin voir le jour après des années de tergiversations. « Le temps où nos rapports servent à caler des étagères est fini », a lancé Yaël Braun-Pivet lors d’une conférence de presse, en référence aux documents souvent relégués au rang de simples formalités administratives.
Portée par une coalition inédite de parlementaires, cette loi s’appuie sur 140 propositions élaborées en 2025, mêlant mesures judiciaires, préventives et de protection des victimes. Parmi les mesures phares : le renforcement des sanctions contre les agresseurs, l’amélioration de l’accompagnement des victimes, et la lutte contre l’impunité des violences conjugales. Une urgence que le gouvernement, sous la pression des mobilisations citoyennes, peine encore à comprendre.
Un scandale d’État qui secoue la classe politique
La mort tragique de Lyhanna, jeune victime de violences systématiques, a révélé au grand jour les failles d’un système judiciaire et politique en crise. Depuis des années, les associations féministes dénoncent l’inefficacité des dispositifs existants, tandis que les gouvernements successifs se contentent de mesures symboliques. Pourtant, les chiffres sont accablants : une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint en France, et moins de 10 % des victimes portent plainte.
Les révélations sur les dysfonctionnements de la gendarmerie et de la justice dans cette affaire ont encore attisé la colère. Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a dû réunir en urgence les procureurs généraux pour tenter de désamorcer la crise. Mais pour les familles de victimes et les militantes, ces gestes restent insuffisants. La parole des femmes doit enfin être entendue, et les promesses politiques, concrétisées.
Une loi transpartisane pour briser le silence
Contrairement aux initiatives passées, bloquées par les divisions partisanes ou les réticences du gouvernement, cette proposition de loi bénéficie d’un soutien transversal. Des députés de La France Insoumise à ceux du Modem, en passant par Renaissance, tous semblent avoir trouvé un terrain d’entente. Une rare avancée dans un paysage politique profondément divisé, où la défense des droits des femmes est trop souvent instrumentalisée.
Parmi les mesures les plus attendues : la création d’un délit spécifique pour les violences conjugales, l’obligation de signalement systématique par les professionnels de santé, et la généralisation des bracelets anti-rapprochement pour les condamnés. Des dispositifs déjà en vigueur dans d’autres pays européens, comme en Allemagne ou en Espagne, où les résultats sont tangibles.
Pour les associations, comme le Collectif Féministe Contre les Violences, cette loi représente une opportunité historique. « C’est une avancée majeure, mais elle ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée d’un budget conséquent et d’une formation accrue des forces de l’ordre et de la justice », souligne une porte-parole du collectif. Car le diable, comme souvent, se cache dans les détails : comment garantir une application effective de ces mesures sans une volonté politique claire ?
Le gouvernement sous le feu des critiques
Si la demande de Yaël Braun-Pivet marque un tournant, elle place aussi le gouvernement Lecornu II dans une position délicate. Emmanuel Macron, en fin de mandat, avait pourtant fait de l’égalité femmes-hommes une priorité symbolique de son quinquennat. Pourtant, les retards accumulés et les compromis à géométrie variable ont nourri un sentiment de mépris institutionnel.
Les critiques fusent, y compris au sein de la majorité présidentielle. Certains députés Renaissance, comme Aurore Bergé, avaient pourtant porté des propositions similaires par le passé. Mais les divisions internes et la priorité donnée à d’autres dossiers ont retardé leur adoption. Aujourd’hui, face à l’émotion nationale, le gouvernement n’a plus le choix : agir ou démissionner de ses responsabilités.
Pour les familles des victimes et les militantes, l’heure n’est plus aux déclarations d’intention. La France ne peut plus se permettre d’être le mauvais élève de l’Europe en matière de protection des femmes. Les pays voisins, comme l’Allemagne ou les pays nordiques, ont prouvé qu’il était possible de réduire drastiquement ces violences avec une politique volontariste. Pourquoi la France, patrie des droits de l’homme, continuerait-elle à traînasser ?
Une session extraordinaire pour sauver des vies
Yaël Braun-Pivet a d’ores et déjà demandé que cette loi soit inscrite à l’ordre du jour de la session extraordinaire qui se tiendra soit en juillet, soit en septembre. Une urgence qui ne souffre plus d’attente, alors que chaque jour qui passe voit de nouvelles victimes tomber sous les coups de la violence masculine.
Mais les obstacles restent nombreux. Certains députés de droite, notamment au LR, freinent des quatre fers, arguant que cette loi va « alourdir les procédures judiciaires ». Une rhétorique qui rappelle étrangement celle déployée contre la loi sur le harcèlement de rue en 2018, aujourd’hui saluée comme une avancée majeure. Quant à l’extrême droite, elle préfère détourner le débat sur l’immigration, comme à son habitude, oubliant au passage que les violences conjugales touchent toutes les classes sociales et tous les milieux.
Dans les rues, la colère gronde. Des marches blanches ont eu lieu dans plusieurs villes, rassemblant des milliers de personnes sous le mot d’ordre : « Pardon pour ce que tu as vécu ». Des slogans qui résonnent comme un reproche adressé à une classe politique trop souvent sourde aux cris des victimes. Car au-delà des divisions partisanes, c’est bien la question de la survie des femmes qui est en jeu.
Vers une Europe des droits des femmes ?
Cette loi, si elle est adoptée, pourrait aussi positionner la France comme un acteur clé dans la lutte contre les violences sexistes au niveau européen. Alors que l’Union européenne planche sur un paquet législatif ambitieux pour harmoniser les législations des États membres, Paris a une carte majeure à jouer. Une occasion de montrer que l’Europe n’est pas seulement un marché commun, mais aussi un espace de protection des droits fondamentaux.
Pour les pays voisins, comme l’Espagne ou le Portugal, où des lois similaires ont déjà fait leurs preuves, la France pourrait devenir un modèle. À condition, bien sûr, que le gouvernement ne cède pas aux pressions des lobbies conservateurs ou aux calculs électoralistes. Car une fois de plus, le risque est grand de voir cette loi vidée de sa substance, comme ce fut le cas pour tant d’autres textes progressistes.
La balle est désormais dans le camp des responsables politiques. Soit ils saisissent cette occasion pour enfin agir avec détermination, soit ils laisseront une nouvelle génération de femmes payer le prix de leur indécision. Le choix est simple : la vie des femmes ou la peur du changement.
Une urgence qui dépasse les clivages
Dans un contexte de crise politique et de défiance envers les élites, cette loi pourrait aussi servir de test pour la démocratie française. Si le Parlement parvient à adopter un texte aussi ambitieux, cela enverrait un signal fort : la politique peut encore servir à protéger les plus vulnérables, et non à servir les intérêts d’une minorité.
Mais si, une fois de plus, les promesses s’évaporent dans les couloirs de l’Assemblée, alors c’est toute la crédibilité de la classe politique qui sera durablement entamée. Car après les scandales, les dysfonctionnements judiciaires et les larmes de milliers de familles, plus personne ne pourra prétendre ne pas savoir.
La mort de Lyhanna n’est pas un accident. Elle est le symptôme d’un système qui tolère, voire encourage, les violences faites aux femmes. Une loi intégrale ne suffira peut-être pas à tout guérir, mais elle est un premier pas indispensable. À la classe politique de choisir : agir aujourd’hui ou assumer demain le poids des victimes.