Une commission nationale sous le feu des extrémistes
La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a choisi de ne pas laisser passer les attaques infondées et outrancières dont elle a été la cible, mercredi 4 novembre 2026, en saisissant officiellement la présidente de l’Assemblée nationale. Une démarche exceptionnelle, révélatrice de l’ampleur de l’affront subi par cette instance républicaine, dédiée à la protection des victimes les plus vulnérables de notre société.
L’escalade verbale est venue d’un député du Rassemblement National, Julien Odoul, qui, lors des débats parlementaires sur la prise en charge sanitaire intégrale des victimes de violences sexuelles, a cru bon de comparer la Ciivise à « un service sanitaire du Hamas ». Une comparaison aussi grotesque qu’insultante, selon les termes mêmes de la directrice de la commission, Maryse Le Men-Régnier, dans un courrier adressé à Yaël Braun-Pivet. Pour la Ciivise, ces propos ne relèvent pas d’un simple dérapage, mais d’une stratégie délibérée visant à discréditer une institution fondamentale, au mépris de la dignité des milliers d’enfants victimes de crimes sexuels.
Une réponse institutionnelle pour rappeler l’ordre républicain
Dans ce courrier, dont les extraits ont été transmis à la presse, Maryse Le Men-Régnier ne se contente pas de dénoncer l’indécence des propos. Elle y voit une atteinte intolérable à la mémoire des victimes, une tentative de salir l’image d’une commission dont le seul but est de briser le silence autour d’un fléau qui touche encore, chaque année, des centaines de milliers d’enfants en France.
« Assimiler une instance publique dédiée à la protection de l’enfance victime de crimes sexuels à une organisation terroriste, c’est franchir un seuil inacceptable, même dans les arènes les plus polarisées. Ces déclarations constituent un amalgame diffamatoire, indigne de l’enceinte du Palais-Bourbon et de l’honneur de la République. »
La Ciivise rappelle que son travail, reconnu pour son indépendance et son engagement sans faille, repose sur des années de témoignages accablants et de propositions concrètes pour améliorer la prise en charge des victimes. Pourtant, face à la montée des discours complotistes et des attaques frontales contre les institutions républicaines, l’instance n’a d’autre choix que de solliciter l’intervention des autorités parlementaires pour rétablir le respect dû à ses missions.
L’extrême droite en ligne de mire : une stratégie de déstabilisation ?
Cette polémique s’inscrit dans un contexte plus large de remise en cause systématique des mécanismes de protection de l’enfance par les forces politiques les plus réactionnaires. Le Rassemblement National, en particulier, multiplie les prises de position controversées sur les questions sociétales, allant jusqu’à remettre en cause des dispositifs pourtant plébiscités par les professionnels de santé et les associations. « Quand des élus préfèrent les provocations stériles à l’écoute des victimes, c’est toute la société qui trinque », commente un observateur politique proche des milieux associatifs.
Les associations de défense des droits de l’enfant et des victimes de violences sexuelles, déjà en première ligne pour alerter sur l’augmentation des signalements, dénoncent une instrumentalisation politique de ces sujets. Pour elles, les propos de Julien Odoul ne sont pas anodins : ils reflètent une volonté de détourner l’attention des vrais enjeux, comme le manque de moyens alloués à la protection de l’enfance ou l’impunité dont bénéficient encore trop souvent les agresseurs.
Un gouvernement sous pression, des institutions en première ligne
Alors que le gouvernement Lecornu II tente tant bien que mal de maintenir une cohésion fragile au sein d’une majorité présidentielle divisée, cette affaire rappelle cruellement les défis auxquels doit faire face l’exécutif. La Ciivise, créée sous l’impulsion d’Emmanuel Macron en 2021, reste un symbole de la priorité donnée à la lutte contre les violences sexuelles. Pourtant, son action se heurte désormais à des résistances politiques croissantes, y compris au sein même de l’hémicycle.
Dans un contexte international marqué par la montée des régimes autoritaires et la remise en cause des droits humains, la France se doit de montrer l’exemple. La Ciivise en était l’un des fers de lance. Mais quand des parlementaires choisissent la calomnie plutôt que le débat, c’est toute la crédibilité de nos institutions qui est ébranlée.
La Ciivise, un rempart contre l’oubli
Depuis sa création, la Ciivise a permis de faire émerger des milliers de témoignages, souvent enfouis depuis des décennies. Ses rapports, étayés par des expertises médicales et juridiques, ont servi de base à des réformes majeures, comme l’allongement du délai de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs. Pourtant, malgré ces avancées, l’instance doit aujourd’hui faire face à des attaques qui visent moins ses propositions que son existence même.
Les associations, dont beaucoup ont collaboré étroitement avec la commission, tirent la sonnette d’alarme. « On ne peut pas, d’un côté, se féliciter des avancées législatives et, de l’autre, laisser des élus salir les institutions qui les rendent possibles », déclare une militante de l’association « Les Effronté·e·s ». Pour elle, comme pour de nombreux professionnels, cette polémique est le symptôme d’un malaise plus profond : l’extrême droite n’a pas renoncé à ses vieux démons, ceux qui consistent à nier la parole des victimes et à instrumentaliser la peur pour servir une idéologie rétrograde.
Que risque le député Odoul ?
Si la Ciivise a saisi la présidente de l’Assemblée nationale, les conséquences politiques et juridiques pourraient être lourdes pour Julien Odoul. En plus d’une possible sanction disciplinaire, le député RN s’expose à des poursuites pour diffamation ou injure publique, surtout si la commission décide de porter plainte. Une affaire qui, si elle aboutit, pourrait devenir un précédent juridique majeur dans la protection des institutions républicaines contre les attaques infondées.
Pourtant, dans le camp du Rassemblement National, on minimise déjà l’incident. Certains cadres du parti y voient une nouvelle preuve de la « bien-pensance » qui étoufferait toute critique légitime. Une analyse que balaye d’un revers de main un constitutionnaliste interrogé par nos soins :
« Quand on compare une commission nationale à une organisation terroriste, on ne fait pas de la critique politique, on commet un acte de sabotage institutionnel. La liberté d’expression a des limites, et celles-ci sont franchies quand elle sert à humilier les plus fragiles. »
L’Union européenne et les partenaires internationaux s’inquiètent
À l’heure où la France tente de se positionner comme un modèle en matière de droits de l’enfant, cette polémique n’est pas passée inaperçue au-delà de nos frontières. Plusieurs organisations européennes, dont des membres du Parlement européen, ont exprimé leur préoccupation face à la montée des discours hostiles aux institutions républicaines. Pour la commissaire européenne aux Droits de l’enfant, cette affaire illustre « un recul inquiétant de la culture du respect des victimes » dans certains cercles politiques.
Dans un contexte où des pays comme la Hongrie ou la Turquie multiplient les attaques contre les mécanismes de protection internationale, la France se doit de rester un rempart. La Ciivise en était un. Mais quand des élus préfèrent les attaques stériles aux solutions, c’est toute l’Europe qui en pâtit.
Et maintenant ?
La balle est désormais dans le camp de Yaël Braun-Pivet et de l’Assemblée nationale. La présidente devra trancher : soit elle laisse prospérer un climat de défiance envers les institutions, soit elle rappelle, avec fermeté, que le respect de la dignité humaine et la protection des victimes ne sont pas négociables. Une décision qui pourrait, à elle seule, redéfinir les rapports de force au sein de l’hémicycle pour les mois à venir.
Pour la Ciivise, une chose est sûre : elle ne se taira pas. Après avoir été l’une des premières à briser le silence autour des violences sexuelles, l’instance refuse désormais de laisser quiconque salir son travail au nom d’une idéologie obscurantiste. « Nous avons écouté les victimes pendant des années. Nous ne laisserons pas des démagogues les instrumentaliser », a déclaré Maryse Le Men-Régnier en conclusion de son courrier.
Une mobilisation citoyenne en soutien
En parallèle des démarches institutionnelles, de nombreuses voix s’élèvent pour soutenir la Ciivise. Des pétitions circulent, des rassemblements sont organisés dans plusieurs villes, et des personnalités du monde culturel et scientifique ont apporté leur soutien à l’instance. Parmi elles, l’écrivaine Leïla Slimani, qui a qualifié ces attaques de « honte pour la démocratie ».
Cette mobilisation rappelle que, malgré les divisions politiques, une large partie de la société française refuse de voir les droits des enfants sacrifiés sur l’autel des calculs partisans. Pour ses défenseurs, la Ciivise incarne bien plus qu’une commission : elle est le symbole d’un combat nécessaire, celui d’une République qui protège ses enfants avant tout.