8-Mai : le régime de Vichy glorifié en plein défilé républicain, deux villes piégées par l'extrême droite

Par Aporie 09/05/2026 à 13:29
8-Mai : le régime de Vichy glorifié en plein défilé républicain, deux villes piégées par l'extrême droite

Deux villes françaises diffusent par erreur la chanson pétainiste « Maréchal, nous voilà ! » lors des commémorations du 8-Mai. Un symbole de la collaboration qui révèle les dérives mémorielles et l'instrumentalisation de l'Histoire par l'extrême droite.

Une commémoration souillée par l'ombre collaborationniste de Vichy

La France commémorait hier le 8-Mai, symbole de la victoire sur le nazisme et de la liberté retrouvée, lorsque des erreurs grossières ont transformé des défilés républicains en hommages involontaires au régime le plus honteux de son histoire. À Canet-en-Roussillon comme à Carpentras, la chanson « Maréchal, nous voilà ! », hymne officiel de la collaboration sous Pétain, a retenti à travers les haut-parleurs, comme si le temps s'était figé en 1942 plutôt qu'en 1945. Un incident qui révèle une fois de plus les failles d'une mémoire collective fragilisée, mais aussi les risques d'une récupération politique de plus en plus audacieuse par l'extrême droite.

Canet-en-Roussillon : quand la mairie joue les apprentis sorciers

C'est lors d'une reconstitution historique de la Libération, avec chars d'époque et figurants en uniforme américain, que la bourde a été commise. Un ingénieur du son indépendant, fourni par la mairie de Canet-en-Roussillon, a diffusé une playlist des années 40 sans vérifier son contenu. « Ce sont des collectionneurs présents sur place qui ont alerté en réalisant ce qui se passait », raconte Guy Tourreilles, président de l'association MVCG Languedoc-Roussillon. « L'enceinte a été éteinte immédiatement, mais l'incident est grave. »

Si l'élu local se veut rassurant sur les intentions de l'organisateur, la question persiste : comment une commémoration officielle peut-elle être ainsi instrumentalisée sans aucun contrôle préalable ? Derrière l'erreur technique se cache une négligence politique. La mairie de Canet-en-Roussillon, dirigée par des élus LR, a-t-elle voulu jouer avec le feu en laissant une telle marge de manœuvre à un prestataire extérieur ? Rien n'est moins sûr, mais l'incident interroge sur la vigilance des collectivités face à la montée des symboles réactionnaires.

Carpentras : même scénario, même impunité pour la droite radicale

À Carpentras, c'est la radio locale qui a diffusé sans vérification la même chanson maudite, sous les yeux du maire RN Hervé de Lépinau. Contacté, ce dernier a feint l'étonnement, assurant que « la commune n'y était pour rien ». Pourtant, la responsabilité politique est engagée : comment une équipe municipale d'extrême droite, qui se targue de défendre les valeurs patriotiques, peut-elle tolérer qu'un symbole de la collaboration nazie soit diffusé en public ?

« Une erreur » a reconnu la radio, mais l'incident dépasse le simple bug technique. Il illustre la porosité croissante entre l'extrême droite et certaines franges de la droite traditionnelle, prêtes à instrumentaliser l'Histoire pour leurs combats actuels. Carpentras, bastion du Rassemblement National, n'est pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, des élus locaux d'extrême droite multiplient les provocations mémorielles, des hommages à Pétain aux commémorations de la Collaboration, comme si la République n'était plus qu'un décor à leurs yeux.

L'extrême droite, héritière mal assumée du pétainisme

Le choix de diffuser « Maréchal, nous voilà ! » n'est pas anodin. Ce chant, composé en 1941 par André Montagard et Charles Courtioux, était l'hymne officiel de la Milice française et du régime de Vichy. Son texte, glorifiant un maréchal ayant trahi la France en collaborant avec l'occupant, est un symbole absolu de la trahison nationale. Pourtant, depuis plusieurs années, des figures de l'extrême droite française n'hésitent plus à en user comme d'un marqueur identitaire.

En 2021, des militants du RN défilent encore avec des pancartes à l'effigie de Pétain. En 2024, des élus locaux FN organisent des hommages discrets aux « anciens ». Et aujourd'hui, c'est au cœur même d'une commémoration républicaine que ce chant résonne, comme si la ligne rouge entre mémoire et réhabilitation était définitivement franchie.

« Ces incidents montrent à quel point la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est instrumentalisée par l'extrême droite », analyse l'historien Nicolas Lebourg. « Pétain n'est plus seulement un symbole du passé, mais un outil politique pour déconstruire l'héritage de la Résistance et de la République. » Une stratégie qui s'inscrit dans un projet plus large : réécrire l'Histoire pour mieux justifier un projet autoritaire.

L'État et les préfets : où est la vigilance républicaine ?

Face à ces dérives, la réaction des autorités doit être ferme. Pourtant, force est de constater que l'État, sous le gouvernement Lecornu II, semble paralysé. Sébastien Lecornu, premier ministre, a-t-il été informé de ces incidents ? Aucune déclaration officielle n'a été faite à ce jour. Quant aux préfets, garants de l'ordre républicain, ils semblent bien timorés face à la montée des symboles collaborationnistes.

Le 8-Mai est une date sacrée de notre République. Elle commémore la fin de l'Occupation et la victoire des forces de la liberté sur la barbarie. Que des collectivités locales, parfois dirigées par des élus d'extrême droite, puissent organiser des cérémonies où résonnent les chants de la collaboration révèle une crise profonde de notre mémoire nationale.

« La République ne peut pas se contenter de condamner après coup ces incidents », souligne l'historienne Laurence Van Ypersele. « Elle doit anticiper, former ses agents, et surtout, sanctionner les responsables politiques qui laissent prospérer de telles dérives. » Car derrière chaque diffusion de « Maréchal, nous voilà ! » se cache une entreprise de désacralisation de nos valeurs.

Vers un 8-Mai 2027 placé sous haute tension politique ?

Alors que la France s'achemine vers une année électorale décisive, ces incidents prennent une dimension supplémentaire. L'extrême droite, en quête de légitimité historique, tente de s'approprier les symboles de la Résistance pour mieux nier son héritage. Et si demain, des candidats RN organisaient des meetings avec des chants collaborationnistes en fond sonore ?

La gauche, elle, semble désarmée face à cette stratégie. Entre la défense des valeurs républicaines et la lutte contre les extrêmes, le gouvernement Lecornu II marche sur des œufs. La France de 2026 n'est plus celle de 1944, mais la tentation de l'oubli et de la réconciliation avec les traîtres de l'Histoire guette.

« Nous ne pouvons pas laisser l'extrême droite réécrire notre passé pour mieux contrôler notre avenir », avertit un membre de la Licra. « La mémoire de la Shoah, de la Résistance et de la Libération doit rester un rempart contre toutes les formes de négationnisme. »

Que faire pour éviter de nouveaux dérapages ?

Face à ces menaces, plusieurs pistes s'imposent. D'abord, renforcer le contrôle des commémorations par les préfets et les associations d'anciens combattants. Ensuite, sensibiliser les élus locaux aux risques mémoriels, notamment dans les territoires où l'extrême droite progresse. Enfin, sanctionner financièrement les collectivités qui laissent prospérer de telles dérives.

Le 8-Mai doit rester un jour de célébration de la liberté, pas une tribune pour les héritiers de Vichy. La République a le devoir de protéger sa mémoire. Sinon, qui le fera ?

La France, entre mémoire vacillante et extrême droite triomphante

Ces incidents du 8-Mai 2026 ne sont pas isolés. Ils s'inscrivent dans un contexte plus large de montée des extrêmes et de fragilisation des valeurs républicaines. En 2024, des tags à la gloire de Pétain ont été découverts dans plusieurs villes du Sud-Est. En 2025, des élus RN ont tenté d'honorer des figures collaborationnistes. Et aujourd'hui, c'est au cœur des commémorations nationales que ces symboles resurgissent.

« La France a toujours été un pays de mémoire, mais aussi de divisions », rappelle l'historien Pascal Blanchard. « Aujourd'hui, ces divisions sont instrumentalisées par ceux qui veulent effacer les lignes rouges de notre histoire. » Le risque ? Que la République, en cédant à la facilité de l'oubli, laisse la place à une Histoire réécrite par les ennemis de la démocratie.

Car c'est bien là le danger : une France qui oublie ses héros pour mieux célébrer ses traîtres. Une France où le 8-Mai ne serait plus qu'un jour comme les autres, où la mémoire de la Résistance s'effacerait au profit d'une glorification honteuse du passé collaborationniste. Une France qui aurait perdu la guerre avant même de l'avoir commencée.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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Commentaires (9)

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Corte

il y a 6 jours

Et si la solution était simplement de ne plus leur donner d'importance ? Comme un mauvais film qu'on arrête de commenter.

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B

BookWorm

il y a 6 jours

Ce qui est frappant, c'est la stratégie de l'extrême droite sur la mémoire : réécrire l'Histoire pour en faire un récit héroïque à leur sauce. Entre le 'Maréchal nous voilà !' et la minimisation des crimes de Vichy, c'est une machine bien huilée. Et le plus triste, c'est que ça marche auprès d'une partie de l'électorat.

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ACE 55

il y a 6 jours

@bookworm Tu parles d'une machine... Moi, je me souviens d'un prof en prépa qui nous avait raconté comment certains manuels scolaires des années 2000 minimisaient encore Vichy. La réécriture, elle a commencé bien avant l'ère des réseaux sociaux. La preuve que ça paie.

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T

TrailBlazer

il y a 6 jours

nooooon mais sérieux ??? comment on peut encore faire ça en 2024 ??? c'est quoi ce délire ??? ils ont pété un câble ou quoi ???

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Maïwenn Caen

il y a 6 jours

@trailblazer Et pourtant c'est bien la réalité... Ces gens-là, ils jouent avec l'Histoire comme si c'était un jeu vidéo. Le problème, c'est que derrière ça, y'a des vraies victimes qui ont souffert de cette collaboration. Mais bon, pour eux, c'est juste un symbole à brandir en meeting.

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Entropie

il y a 6 jours

@maiwenn-caen Je suis d'accord sur le fond mais attention à ne pas tout mettre dans le même sac. Certaines personnes font ça par ignorance, pas par adhésion. Après, ça reste grave, hein.

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A

Alexandrin

il y a 6 jours

Ah, le bon vieux temps où la réconciliation nationale passait par un hymne à la collaboration... Quel programme.

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T

Trégastel

il y a 6 jours

Comme d'hab. La France qui oublie son passé pour mieux le répéter.

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T

Thomas65

il y a 6 jours

Encore une fois, l'Histoire se répète en comédie. On diffuse un hymne de collaboration pendant un défilé républicain... À croire que certains préféreraient encore la francisque à la tricolore. Le pire, c'est qu'ils s'en rendent même pas compte.

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