Emmanuel Grégoire reconnaît des « failles systémiques » dans le périscolaire parisien et assume ses responsabilités devant les sénateurs
Un mea culpa historique et des mesures sans précédent. Mercredi 16 septembre 2026, Emmanuel Grégoire, maire socialiste de Paris depuis mars 2026, a assumé devant la commission d’enquête sénatoriale des responsabilités personnelles et institutionnelles dans le scandale des violences sexuelles au sein des structures périscolaires parisiennes. « Il y a eu clairement des dysfonctionnements et des failles dans les dispositifs mis en œuvre », a-t-il reconnu, alignant son discours sur celui de son prédécesseure Anne Hidalgo, auditionnée la veille. « La ville est décidée à tout faire pour que cela ne se reproduise plus jamais. »
« Je tiens à vous dire mes plus profonds regrets. Personnels d’abord, ceux de la ville de Paris aussi, que je représente institutionnellement. » Emmanuel Grégoire, devant la commission sénatoriale, 16 septembre 2026
Cette déclaration intervient alors que les deux élus sont désormais visés par des enquêtes pénales pour négligence, à la suite de plaintes déposées par plusieurs familles de victimes. Un changement de ton radical pour l’édile, qui fut pendant dix ans premier adjoint d’Hidalgo avant de lui succéder à la tête de la capitale. Les sénateurs, dont la rapporteure LR Agnès Evren, ont immédiatement saisi l’occasion pour interroger l’édile sur l’absence de réponse systémique avant 2026. « Reconnaissez-vous que le périscolaire parisien a été le théâtre d’un problème structurel, et non de simples dysfonctionnements isolés ? » Grégoire a répondu par un simple « oui », sans pour autant proposer d’explications sur l’inertie des années précédentes, période durant laquelle il occupait des fonctions clés au sein de l’exécutif parisien, notamment celle de chargé des ressources humaines jusqu’en 2017.
Transparence et mesures spectaculaires : un bilan encore contesté
Emmanuel Grégoire a défendu son bilan en insistant sur les actions concrètes mises en place depuis son élection. « Oui, nous pouvons faire mieux. Ce n’est pas suffisant, et j’ai pris des mesures spectaculaires depuis que je suis maire », a-t-il plaidé. Parmi elles, un plan d’action à 20 millions d’euros lancé en avril 2026 pour lutter contre les violences sexuelles dans le périscolaire parisien. Depuis le début de l’année, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Un chiffre que Grégoire qualifie lui-même de « systémique », reconnaissant ainsi l’ampleur du phénomène.
Pourtant, ces suspensions tardives soulèvent des interrogations : comment expliquer que des prédateurs aient pu exercer leur activité pendant des années avant d’être enfin écartés ? L’élu socialiste a également pointé du doigt un manque de transparence de la part de l’administration parisienne, notamment l’absence de réunions publiques systématiques avec les parents et les collectifs. Pourtant, il a tenu à rappeler que la Ville n’avait « jamais été prise en défaut sur le respect des obligations légales de recrutement [d’animateurs] que lui impose le législateur ». Une assertion qui contraste avec les révélations des sénateurs sur la non-application de 50 % des recommandations issues d’un rapport de l’Inspection générale de la Ville datant de 2015.
Interrogé sur les conditions de son propre silence pendant ses années à la tête des ressources humaines, Grégoire a reconnu une « erreur de communication » : « La transparence doit être la règle, pas l’exception. Nous devons reconstruire la confiance, et cela passe par des actes, pas seulement des mots. » Il a par ailleurs confirmé que la ville de Paris avait « pu manquer de transparence », notamment parce que les « réunions publiques n’étaient pas systématiques avec les parents et les collectifs ».
Un héritage politique empoisonné et une justice en marche
Emmanuel Grégoire, qui fut chargé des ressources humaines à la mairie de Paris jusqu’en 2017, a tenté de se dédouaner en partie en insistant sur le fait que les dysfonctionnements remontaient à une période antérieure à son arrivée à ce poste. Pourtant, son parcours au sein de l’exécutif parisien – où il a occupé des fonctions clés pendant six ans en tant que premier adjoint – rend cette défense fragile. Les sénateurs, dont Agnès Evren, ont d’ailleurs interrogé l’édile sur l’absence de réponse systémique avant 2026. « Reconnaissez-vous que le périscolaire parisien a été le théâtre d’un problème structurel, et non de simples dysfonctionnements isolés ? » Grégoire a répondu par un simple « oui », sans pour autant proposer d’explications sur l’inertie des années précédentes.
Cette reconnaissance partielle des responsabilités s’inscrit dans un contexte où le gouvernement Lecornu II, confronté à une multiplication des scandales dans le secteur de la petite enfance, a promis dès juin 2026 un « plan d’urgence pour la protection de l’enfance », évoquant des « mesures radicales ». Pourtant, les associations restent sceptiques : « Les promesses en la matière restent souvent lettre morte, faute de volonté politique réelle », rappelle Sophie Laurent, avocate spécialisée dans les droits de l’enfant. Le 15 septembre, le Premier ministre a annoncé un observatoire national des violences en milieu périscolaire, une mesure jugée insuffisante par les familles des victimes, qui réclament des sanctions exemplaires. Le 16 septembre, Sébastien Lecornu a également promis un plan de 1,5 milliard d’euros contre les violences sexistes et sexuelles, une enveloppe saluée mais dont l’affectation concrète reste à préciser.
« Nous avons besoin de moyens, pas de discours », a réagi Clémentine Autain, députée LFI de Seine-Saint-Denis, pour qui « la protection de l’enfance ne peut plus être sacrifiée sur l’autel des restrictions budgétaires ».
La justice en marche et les familles en attente de vérité
Alors que les deux anciens édiles parisiens, Hidalgo et Grégoire, sont désormais dans le collimateur de la justice, les familles des victimes attendent des réponses concrètes. Plusieurs plaintes pour « non-assistance à personne en danger » et « violation du secret professionnel » ont été déposées contre des responsables municipaux. Si les faits remontent à plusieurs années, la prescription pourrait être suspendue en cas de dissimulation avérée, une hypothèse plausible au vu des témoignages recueillis par la commission sénatoriale. « Nous ne voulons plus d’une justice à deux vitesses, où les élus échappent aux conséquences de leurs négligences », martèle Me Sophie Laurent, avocate des familles.
Pour l’heure, l’enquête judiciaire menée par le parquet de Paris pourrait aboutir à des mises en examen, une perspective qui, si elle se concrétise, marquerait un tournant dans la gestion des scandales de protection de l’enfance en France. « Cette affaire doit servir d’électrochoc pour l’ensemble du pays », insiste l’avocate, qui réclame une enquête administrative indépendante, loin des pressions politiques. Le parquet de Paris a d’ores et déjà annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « non-assistance à personne en danger » et « violation du secret professionnel » contre plusieurs responsables municipaux, une première dans l’histoire récente des affaires de protection de l’enfance en France.
Un scandale qui transcende les clivages politiques
Si ce scandale éclabousse principalement la gauche parisienne, il rappelle que la protection de l’enfance ne saurait être l’apanage d’un bord politique. Pourtant, il intervient dans un contexte où la droite et l’extrême droite multiplient les attaques contre les services publics, accusés de « laxisme » ou de « dogmatisme idéologique ». Une rhétorique que les associations de défense des droits de l’enfant qualifient de « dangereuse et irresponsable », alors que les chiffres du ministère de l’Éducation nationale montrent une augmentation de 22 % des signalements de violences sexuelles en milieu scolaire depuis 2018.
Face à cette réalité, certains élus de gauche appellent à une refonte en profondeur des mécanismes de protection. « Il faut sortir de l’hypocrisie : on parle beaucoup de prévention, mais on ne finance rien », dénonce Clémentine Autain. « Comment voulez-vous que les travailleurs sociaux, surchargés et sous-payés, puissent détecter les signaux d’alerte ? » Une question qui résonne particulièrement dans les départements les plus touchés par la précarité, où les services éducatifs sont souvent les premiers sacrifiés sur l’autel des restrictions budgétaires.
Le périscolaire parisien, symptôme d’un système national défaillant
Si les dysfonctionnements du périscolaire parisien ont défrayé la chronique, ils ne sont malheureusement pas un cas isolé. Plusieurs départements, de la Seine-Saint-Denis à la Loire-Atlantique, font face à des signalements similaires, souvent étouffés pour éviter les scandales. En 2025, une enquête de Mediapart révélait que près de 40 % des communes françaises ne disposaient pas de protocole clair en matière de protection de l’enfance, malgré les obligations légales. Une situation qui interroge sur l’effectivité des lois françaises, parmi les plus strictes d’Europe, mais dont l’application reste aléatoire.
Face à cette impunité généralisée, certains pays européens, comme la Norvège ou l’Islande, ont choisi de durcir drastiquement leurs sanctions contre les négligences administratives. En France, où les affaires de pédophilie au sein des institutions publiques se succèdent sans que les responsables ne soient inquiétés, l’heure n’est plus à la parole, mais à l’action. Et si les sénateurs parisiens parviennent à faire bouger les lignes, ce sera peut-être le premier pas vers une prise de conscience nationale.
Reste à savoir si la classe politique, aujourd’hui divisée sur les solutions à apporter, sera capable de transcender ses clivages pour protéger ce qui doit l’être avant tout : l’enfance. Une question d’autant plus pressante que les prochaines auditions, prévues dans les jours à venir, s’annoncent sous haute tension. Après Hidalgo et Grégoire, ce sera au tour de Patrick Bloche, premier adjoint de l’ancienne maire, d’être entendu par la commission sénatoriale. Son audition pourrait révéler de nouveaux éléments sur la gestion des signalements pendant le mandat d’Hidalgo, entre 2024 et 2026.
Les prochaines étapes : entre réformes et sanctions
D’ici la fin de l’année, la commission sénatoriale doit rendre ses conclusions, qui pourraient aboutir à des propositions de loi ou à la création d’une mission d’information parlementaire. Dans l’immédiat, le gouvernement Lecornu II, sous pression, a annoncé la mise en place d’un observatoire national des violences en milieu périscolaire, chargé de centraliser les signalements et d’harmoniser les protocoles entre les différentes administrations. Une mesure saluée par les associations, mais jugée insuffisante par les familles des victimes, qui réclament des sanctions exemplaires contre les responsables politiques et administratifs coupables de négligence.
Parallèlement, l’enquête judiciaire, menée par le parquet de Paris, pourrait aboutir à des mises en examen. Si les faits sont avérés, les prédateurs ne seraient pas les seuls à rendre des comptes : les élus et fonctionnaires ayant couvert leurs agissements pourraient eux aussi être traînés devant les tribunaux. Une perspective qui, si elle se concrétisait, marquerait un tournant dans la manière dont l’État traite les scandales de protection de l’enfance. Pour Me Sophie Laurent, « cette affaire doit servir d’électrochoc pour l’ensemble du pays ». L’heure n’est plus aux promesses, mais aux actes concrets pour protéger les enfants de la France.
Un tournant pour la protection de l’enfance en France ?
L’audition d’Emmanuel Grégoire ce 16 septembre marque un tournant dans la gestion de ce scandale, tant par le ton adopté que par les mesures annoncées. Pourtant, les familles des victimes restent méfiantes. « Les discours, nous les avons entendus pendant des années. Aujourd’hui, nous voulons des actes », déclare une mère dont l’enfant a été victime de violences. Les associations de défense des droits de l’enfant, comme la Fondation pour l’Enfance, appellent à une refonte totale des mécanismes de contrôle, avec des inspections indépendantes et des sanctions immédiates en cas de manquement.
Dans les couloirs du Sénat, les sénateurs LR et LFI semblent s’accorder sur un point : ce scandale révèle une défaillance structurelle du système de protection de l’enfance en France. Reste à savoir si cette prise de conscience aboutira à des réformes concrètes, ou si, comme souvent, l’émotion retombée, tout restera lettre morte.
Pour l’heure, une chose est sûre : l’affaire du périscolaire parisien a déjà changé la donne. Elle a forcé les élus à assumer des responsabilités qu’ils avaient trop longtemps fuies, et mis en lumière l’urgence d’agir. Reste à savoir si cette dynamique pourra être maintenue, ou si, une fois les projecteurs éteints, tout retombera dans l’oubli.