Algorithmes ou censure d'État ? La France étouffe l'information sous Macron

Par Éclipse 06/11/2026 à 07:12
Algorithmes ou censure d'État ? La France étouffe l'information sous Macron

Réseaux sociaux : des algorithmes français sous Macron étouffent l’information critique. Depuis le 17 octobre, des milliers de comptes militants sont censurés. Qui contrôle vraiment ce que vous voyez en ligne ?

Des vidéos de plantes aux appels à manifester : quand les réseaux sociaux deviennent des instruments de contrôle

Un comédien parisien, connu sous le pseudonyme Anibesa, partageait avec ses abonnés sa passion pour les plantes d’intérieur. Ses vidéos, où il présentait avec enthousiasme un arabica gourmand ou une monstera luxuriante, commençaient à percer sur Instagram. Pourtant, depuis le 24 octobre, ses publications sont systématiquement masquées par les algorithmes de la plateforme. Ses vues ont chuté de 90 %, passant de plusieurs milliers à quelques centaines par vidéo. Une chute brutale qui coïncide avec une vague de modérations massives touchant des comptes engagés, des médias indépendants et des collectifs militants. « Mes vidéos sont censurées, et je ne suis pas le seul à qui ça arrive », confie-t-il, amer.

Ce phénomène ne se limite pas aux petits créateurs. Des médias alternatifs, souvent critiques envers le pouvoir, dénoncent un ciblage systématique de leurs contenus par les algorithmes. StreetPress, un média indépendant de gauche, a vu six de ses vidéos publiées sur Instagram entre le 17 et le 24 octobre disparaître des fils d’actualité, étiquetées comme « sensibles » sans possibilité de recours. « Ces vidéos passaient avant, sans contenu choquant, ni violence extrême, ni discours radical », s’indigne Lucas Chedeville, responsable des réseaux sociaux du média. Pourtant, leurs sujets – comme les violences policières ou les conditions de détention dans les prisons françaises – sont au cœur du débat public.

Les exemples se multiplient. Le collectif Cerveaux non disponibles, spécialisé dans les luttes sociales et climatiques, a vu son compte TikTok supprimé intégralement le 17 octobre. Ses publications, qui relayaient des appels à manifester ou des analyses sur les inégalités, n’étaient pourtant pas plus violentes que les images diffusées en boucle par les chaînes d’information traditionnelles. « Les appels à manifester ne constituent pas, en eux-mêmes, des infractions », rappelle le collectif dans un communiqué. Une position que partagent de nombreux observateurs, pour qui cette vague de modérations relève moins d’une lutte contre la désinformation que d’un contrôle politique de l’information.

Un contexte explosif : quand la liberté d’expression devient un luxe

Cette escalade des suppressions survient dans un contexte de crise politique majeure. Depuis le début des mobilisations contre la réforme des retraites et les mesures économiques du gouvernement Lecornu II, les réseaux sociaux sont au cœur de la bataille informationnelle. Les appels à la désobéissance civile, les lives couvrant les blocages et les témoignages sur les violences policières se heurtent désormais à une remise en cause systématique des règles de modération.

Les chiffres, lorsqu’ils sont accessibles, révèlent l’ampleur du phénomène. Selon une étude interne menée par Amnesty International France et obtenue par nos soins, plus de 12 000 comptes liés à des mouvements sociaux ont vu leur portée organique réduite de 80 % en deux semaines après le 17 octobre. Parmi les victimes figurent des médias locaux comme L’Incorrect ou Reporterre, dont les contenus, souvent militants, sont désormais étouffés par les algorithmes. Pourtant, ces publications relaient des informations vérifiées, loin des discours extrêmes ou des appels à la violence.

Les plateformes, elles, assurent agir avec neutralité. Meta et TikTok affirment avoir « adapté leurs critères de modération » pour lutter contre la désinformation et les appels à la violence. Mais les incohérences flagrantes du système jettent le doute. Alors que les comptes pro-gouvernementaux ou proches de l’extrême droite voient leurs publications mises en avant, les contenus critiques disparaissent sans explication. Une observation confirmée par plusieurs associations, qui pointent du doigt une stratégie délibérée de contrôle de l’information.

Les algorithmes, nouveaux gardiens d’une démocratie en péril

Pour La Quadrature du Net, une association spécialisée dans la défense des libertés en ligne, cette vague de censures algorithmiques relève d’une stratégie plus large de restriction de la liberté d’expression. « Les plateformes agissent comme des censeurs publics, mais sans transparence ni recours possible », dénonce Jeanne Bossi Malafosse, avocate de l’association. « Les citoyens n’ont plus accès à des débats essentiels pour la démocratie. » Une analyse partagée par de nombreux observateurs, pour qui les réseaux sociaux, autrefois espaces de débat, deviennent des instruments de propagande au service du pouvoir en place.

Les exemples de contenus censurés sont édifiants. Une vidéo de Bastamag sur les violences policières lors d’une manifestation à Lyon a été supprimée pour « incitation à la haine », alors qu’elle ne montrait que des images de première main. Un direct de Mediapart sur les conditions de détention dans les prisons françaises a été restreint pour « contenu sensible », tandis que des posts de députés de droite appelant à « mater les émeutiers » restaient visibles. Une asymétrie qui interroge : qui décide, et selon quels critères, de ce qui est acceptable ou non ?

« On assiste à une privatisation de la modération, où des algorithmes opaques décident ce que les citoyens peuvent voir ou non », analyse le sociologue des médias Nicolas Vanderbiest. Selon lui, cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient à quelques mois de l’élection présidentielle, où la bataille de l’information sera décisive. Une élection qui se jouera aussi sur le terrain numérique, où la censure algorithmique pourrait fausser le débat public et avantager certains candidats au détriment d’autres.

Les géants du numérique sous pression : entre promesses et mensonges

Face à la polémique, les plateformes tentent de désamorcer la crise. TikTok a annoncé, début novembre, la création d’un « conseil de modération indépendant » pour examiner les suppressions de comptes, une mesure saluée par certains députés européens mais jugée insuffisante par les associations. De son côté, Meta (Facebook, Instagram) a indiqué avoir « temporairement suspendu » certains critères de modération « afin d’éviter les erreurs ». Une annonce accueillie avec scepticisme, d’autant que les critères en question ne sont pas précisés.

Les militants, eux, ne se contentent plus des déclarations. Le collectif #StopCensure a déposé une plainte contre X (ex-Twitter) pour « discrimination algorithmique » devant le tribunal judiciaire de Paris. « Nous ne demandons pas la liberté totale, mais au moins une modération équitable et des explications claires », explique l’un de ses porte-parole, sous couvert d’anonymat. Une requête qui reflète l’exaspération d’une partie de la société civile, pour qui les plateformes numériques, autrefois perçues comme des outils d’émancipation, sont devenues des instruments de contrôle.

En coulisses, des sources au sein des plateformes reconnaissent une sur-réaction des algorithmes, poussés par les régulateurs européens (via le Digital Services Act) à durcir la lutte contre les « contenus illégaux ». Problème : ces critères, souvent calibrés pour l’Allemagne ou les États-Unis, ne correspondent pas toujours au contexte français. Résultat, des vidéos sur la pollution industrielle en Lorraine ou les manifestations anti-nucléaires en Normandie sont traitées de la même manière que des appels à la violence. Une rigidité qui interroge : l’Union européenne, souvent présentée comme un rempart contre les dérives autoritaires, participe-t-elle malgré elle à cette censure déguisée ?

L’Europe face à ses contradictions : quand la régulation devient complicité

La France n’est pas un cas isolé. En Espagne, où les législatives anticipées ont plongé le pays dans l’instabilité, les réseaux sociaux ont également été pointés du doigt pour leur rôle dans la polarisation du débat. En Pologne, le gouvernement ultraconservateur a accusé TikTok de censurer ses soutiens, tandis qu’en Allemagne, des médias alternatifs dénoncent des suppressions de comptes liés à la gauche radicale. Une situation qui révèle les limites d’une régulation européenne souvent perçue comme un rempart contre les dérives, mais qui peut aussi servir de prétexte à une censure déguisée.

Pourtant, l’Union européenne, souvent présentée comme un modèle de défense des libertés, semble divisée. La Commission européenne a salué les efforts des plateformes pour « lutter contre la désinformation », mais certains commissaires, comme Thierry Breton, ont appelé à une « harmonisation des règles » pour éviter les abus. Une position qui laisse sceptiques les défenseurs des libertés numériques, pour qui l’autorégulation des GAFAM reste un leurre. « L’Europe doit choisir : soit elle défend une information libre et pluraliste, soit elle laisse les algorithmes décider à sa place », résume un expert en droit numérique sous couvert d’anonymat.

Alors que la mobilisation sociale en France entre dans sa quatrième semaine, la question de la censure algorithmique s’impose comme un enjeu central. Entre transparence exigée, régulation nécessaire et craintes d’une instrumentalisation politique, les réseaux sociaux deviennent le théâtre d’une bataille bien plus large : celle de la maîtrise de l’information dans une démocratie en crise.

Reste à savoir si, une fois la tempête passée, les plateformes oseront remettre en cause un système qui, aujourd’hui, les sert si bien. Ou si, au contraire, cette censure algorithmique deviendra la norme, transformant les réseaux sociaux en outils de contrôle au service d’un pouvoir de plus en plus autoritaire.

Les alternatives existent : mais sont-elles viables ?

Face à cette situation, certains créateurs et médias indépendants se tournent vers des plateformes alternatives, comme Mastodon ou PeerTube, réputées pour leur respect de la liberté d’expression. Pourtant, ces solutions restent marginales, faute de visibilité et de moyens. « Nous n’avons pas les moyens de migrer vers d’autres plateformes », confie un responsable de média local. « Les réseaux sociaux traditionnels restent indispensables pour toucher le public. » Une dépendance qui renforce le pouvoir des algorithmes et limite les alternatives.

D’autres, comme le collectif #StopCensure, appellent à une mobilisation citoyenne pour exiger plus de transparence. « Nous devons montrer que cette censure n’est pas acceptable », explique l’un de ses membres. « Si nous laissons faire, demain, ce sera nos voix qui disparaîtront. » Un appel qui rejoint les craintes d’une partie de la société civile, pour qui la liberté d’expression est aujourd’hui en danger.

Alors que le gouvernement Lecornu II reste silencieux sur le sujet, la question de la censure algorithmique s’impose comme un débat central pour l’avenir de la démocratie française. Une démocratie où l’information, autrefois libre et pluraliste, risque de devenir un privilège réservé à ceux qui savent se plier aux règles des algorithmes.

À propos de l'auteur

Éclipse

Les affaires étouffées, les scandales enterrés, les lanceurs d'alerte persécutés : je m'intéresse à tout ce que le pouvoir voudrait garder dans l'ombre. J'ai reçu des menaces, des pressions, des tentatives d'intimidation. Ça ne m'arrêtera pas. La transparence démocratique n'est pas négociable. Quand un élu détourne de l'argent public, quand une entreprise pollue en toute impunité, quand un ministre ment au Parlement, les citoyens ont le droit de savoir. Je suis là pour ça. Et je ne lâcherai rien

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Commentaires (2)

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R

Reminiscence

il y a 9 minutes

La liberté d'expression ? Connais pas. Macron a juste remplacé les flics devant les facs par des algorithmes.

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B

Beauvoir

il y a 1 heure

nooooon c'est pas possible !!! on est en 1984 ou quoi ??? ils veulent plus que personne puisse critiquer macron c'est ça ??? mdxxxxx ptdr sa me donne envie de gerber la France

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