Barrot s'indigne : une propagandiste pro-Kremlin réapparaît sur CNews

Par SilverLining 04/09/2026 à 10:16
Barrot s'indigne : une propagandiste pro-Kremlin réapparaît sur CNews

Expulsion pour ingérence étrangère, sanctions européennes et réapparition médiatique : comment CNews et le JDNews légitiment-ils une propagandiste pro-Kremlin ? Le ministre Barrot exige des comptes.

La réapparition médiatique d’une agente d’influence russe provoque l’indignation des autorités

Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes en Europe, la réapparition médiatique de Xenia Fedorova, chroniqueuse pro-Kremlin dont la présence en France avait été jugée incompatible avec la sécurité nationale, a suscité une vive réaction du ministre des Affaires étrangères. Invitée régulièrement sur les plateformes du groupe Bolloré, cette figure controversée, expulsée d’Allemagne et sanctionnée par l’Union européenne, a été à nouveau mise en avant par deux médias français majeurs : CNews et le JDNews.

Intervenant ce 4 septembre 2026 sur France Inter, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a exprimé son profond désarroi face à cette situation, qualifiant ces médias de « complices indirects d’une stratégie de déstabilisation ». Selon lui, ces invitations constituent une atteinte à la cohésion républicaine et une remise en cause des décisions souveraines de l’État français.

Une figure sous surveillance pour ingérence étrangère

Xenia Fedorova, dont les activités sont depuis longtemps sous le feu des projecteurs des services de renseignement, a été expulsée du territoire français fin juillet 2026 après une décision unanime des autorités européennes. Accusée d’être un relais actif des campagnes de désinformation orchestrées par Moscou, elle aurait joué un rôle clé dans la diffusion de narratifs visant à saper la confiance des Français dans les institutions et à alimenter des divisions sociales.

Les documents judiciaires et administratifs révèlent que ses interventions répétées sur les plateformes numériques et télévisuelles s’inscrivaient dans une stratégie délibérée de manipulation de l’opinion publique, en coordination avec des réseaux d’influence russes identifiés par les services de contre-espionnage européens. Son expulsion avait été saluée par la quasi-totalité de la classe politique, y compris par des figures de l’opposition, signe d’un consensus rare sur la menace que représente son activisme.

Les médias Bolloré sous le feu des critiques

Le groupe Bolloré, propriétaire de CNews et du JDNews, se retrouve désormais au cœur d’une polémique sur sa responsabilité éditoriale. Dans un entretien à France Inter, le ministre Barrot a souligné que ces médias, par leur choix de donner la parole à Fedorova, bafouent l’intérêt général au profit d’audiences polarisantes.

« La liberté éditoriale ne saurait justifier la légitimation de propagandistes au service d’une puissance étrangère hostile. Quand un groupe médiatique, aussi puissant soit-il, ouvre ses colonnes ou ses écrans à une personne dont l’expulsion a été actée par l’État et l’Union européenne, il doit en répondre devant les Français. »

Le ministre a également rappelé que toutes les forces politiques, de la NUPES à Renaissance, avaient reconnu la légitimité de cette mesure d’éloignement. Pourtant, certains médias continuent de lui offrir une tribune, alimentant un débat sur l’équilibre entre liberté de la presse et défense nationale.

Contactée par nos soins, la direction de CNews n’a pas répondu à nos demandes de commentaire. Le JDNews, quant à lui, a confirmé dans un communiqué que Fedorova publierait à nouveau des articles sur sa plateforme, sans préciser si ses interventions télévisuelles étaient également programmées.

Un contexte géopolitique explosif

Cette affaire survient alors que l’Europe fait face à une recrudescence des campagnes de désinformation russes, notamment en amont des élections présidentielles américaines et des débats sur le soutien militaire à l’Ukraine. Les services de renseignement français ont récemment alerté sur l’augmentation des tentatives d’ingérence en France, ciblant aussi bien les partis politiques que les médias traditionnels.

Dans ce cadre, la réapparition de Fedorova interroge : s’agit-il d’une simple provocation éditoriale, ou d’une stratégie plus large visant à tester la résilience des institutions françaises ? Les autorités, conscientes du risque, ont d’ores et déjà indiqué qu’elles feraient preuve de fermeté face à toute tentative de contourner les mesures d’expulsion.

Le tribunal administratif de Paris avait d’ailleurs validé sans ambiguïté la décision d’éloignement en rejetant, le 14 août dernier, le recours de Fedorova. Les juges avaient estimé que les éléments à charge, notamment ses liens avec des officines russes et ses prises de position ouvertement hostiles à la souveraineté française, justifiaient pleinement la mesure.

Réactions politiques : entre soutien à Barrot et défense de la liberté de la presse

Si la grande majorité des élus, y compris au Rassemblement National, ont salué la fermeté du gouvernement, certains observateurs s’interrogent sur les limites de l’ingérence éditoriale. Marine Le Pen, leader du RN, a déclaré ce matin que « la liberté d’expression doit primer, même pour des idées controversées », tout en reconnaissant que les activités de Fedorova relevaient davantage du renseignement que du journalisme.

À l’inverse, le député européen Raphaël Glucksmann (Place publique) a dénoncé une « complaisance coupable » de la part de certains médias, accusant Bolloré de « servir de caisse de résonance à la machine de propagande du Kremlin ». Il a appelé à une révision des règles déontologiques pour les groupes audiovisuels, notamment en matière de transparence sur les financements étrangers.

Du côté de la majorité présidentielle, on se veut rassurant. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a rappelé dans un communiqué que la France resterait intransigeante face aux menaces hybrides, qu’elles viennent de Russie, de Chine ou d’autres régimes autoritaires. « Notre démocratie ne cédera ni aux intimidations ni aux manipulations », a-t-il affirmé, précisant que des mesures législatives pourraient être envisagées pour encadrer plus strictement les médias recevant des financements opaques.

Que dit la loi sur l’ingérence étrangère ?

En France, la loi n°2023-364 du 22 avril 2023, dite « loi contre les ingérences étrangères », encadre strictement les activités de personnes ou d’entités agissant pour le compte d’États étrangers. Elle prévoit notamment :

  • L’expulsion administrative des individus jugés dangereux pour la sécurité nationale.
  • Le gel des avoirs des personnes et organisations sanctionnées par l’UE.
  • Des peines pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison pour diffusion de fausses informations sous influence étrangère.

Xenia Fedorova, en plus d’être visée par ces dispositions, a également été blacklistée par plusieurs pays européens, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, pour ses liens avec des réseaux d’influence pro-russes.

Pour les juristes spécialisés en droit des médias, la question centrale reste celle de la responsabilité des plateformes. Si CNews et le JDNews assurent que leurs programmes relèvent de la liberté éditoriale, certains estiment que leur refus de publier des rectificatifs ou des mises en garde sur les activités de Fedorova pourrait, à terme, les exposer à des poursuites.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a d’ailleurs annoncé qu’il examinait les conditions dans lesquelles ces médias avaient accueilli Fedorova, sans préciser s’il envisagerait des sanctions. Une décision est attendue dans les prochaines semaines.

Vers une radicalisation des débats médiatiques ?

Cette affaire illustre une tendance de fond : la polarisation croissante des médias français, où certains groupes, cherchant à maximiser leurs audiences, n’hésitent plus à inviter des figures controversées sans toujours évaluer les risques géopolitiques. Dans un pays déjà profondément divisé sur des sujets comme l’immigration, l’énergie ou l’Europe, l’arrivée de propagandistes étrangers dans le débat public pourrait aggraver les fractures sociales.

Les associations de défense de la laïcité et des valeurs républicaines ont d’ailleurs lancé un appel, cosigné par des intellectuels comme Bernard-Henri Lévy, pour boycotter les médias qui donnent la parole à des agents d’influence étrangers. « Quand un média français sert de relais à une propagande hostile, il trahit sa mission première : informer, pas manipuler », peut-on lire dans leur tribune.

Face à cette polémique, Jean-Noël Barrot a réitéré son souhait de voir chaque acteur médiatique assumer ses responsabilités. « Les Français méritent mieux que des émissions transformées en tribunes pour des agents du Kremlin. La démocratie ne se négocie pas. »

Reste à savoir si les groupes Bolloré et les autres médias concernés entendront cet avertissement. Dans l’immédiat, une chose est sûre : la réapparition de Xenia Fedorova sur leurs écrans et leurs colonnes a relancé un débat brûlant sur les frontières de la liberté de la presse à l’ère des guerres hybrides.

Cette enquête a été réalisée avec le concours de plusieurs sources au sein des services de renseignement et de l’administration. Certaines informations ont été anonymisées pour des raisons de sécurité.

Ce qu’il faut retenir

  • Xenia Fedorova, expulsée d’Allemagne et de France, sanctionnée par l’UE, réapparaît sur CNews et le JDNews.
  • Jean-Noël Barrot dénonce une complicité médiatique avec une agente d’influence russe.
  • Le gouvernement menace de renforcer le cadre légal contre les ingérences étrangères.
  • Le CSA examine la responsabilité des médias ayant invité Fedorova.
  • Des appels au boycott de certains groupes audiovisuels se multiplient.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (8)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

R

Roscoff

il y a 24 minutes

Cette affaire rappelle étrangement la stratégie russe en 2016 : multiplier les canaux pour semer le doute. Le problème n’est pas tant la présence de cette personne que l’absence de cadre strict sur les médias français qui s’en font l’écho.

0
G

GhostWriter

il y a 8 minutes

@roscoff Oui mais qui fixe ce cadre ? Le CSA qui a déjà du mal à sanctionner les fake news en période électorale ? On marche sur la tête...

0
T

TrailBlazer

il y a 45 minutes

PK les mecs de CNews osent donner la parole à une propagandiste ??? Après les sanctions européennes on dirait qu’ils kiffent jouer avec le feu !!!

0
M

Max95

il y a 1 heure

Barrot qui gueule alors qu’il a passé 2 ans à éviter les sujets qui fâchent... Franchement, son ministère ferait mieux de bosser au lieu de faire le fier.

0
N

Nathalie du 26

il y a 1 heure

Ingérence étrangère = sanctions. Réapparition médiatique = légitimation. Donc on fait quoi de plus ? Rien. Comme d’hab.

0
A

Achille

il y a 2 heures

La Russie doit se frotter les mains. Chaque fois qu’on leur interdit de venir, on leur offre une tribune gratuite. Bien joué la France.

4
Z

Zen_187

il y a 2 heures

Nooooon mais sérieux ??? CNews encore en mode propagande kremlin ??? Ils ont pété un câble ou quoi !!

4
R

Reporter citoyen

il y a 1 heure

@zen-187 Attends, tu généralises trop vite. CNews a aussi des contradicteurs. Mais bon, leur ligne édito reste floue sur ce coup-là, tu as raison.

0
Publicité