Brésil : Flavio Bolsonaro en passe de succéder à son père, l’ex-président emprisonné
À l’aube d’un second tour historique, le Brésil se prépare à un possible retour des Bolsonaro au pouvoir, plus de trois ans après le départ de l’ancien président. Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils aîné de Jair Bolsonaro, a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour de l’élection présidentielle avec 47 % des voix, devançant de justesse le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva. Derrière cette victoire symbolique se profile une promesse de campagne choc : libérer son père, condamné à 27 ans de prison pour son rôle dans une tentative de coup d’État visant à saper la démocratie brésilienne. Une perspective qui inquiète profondément les défenseurs des droits humains et les institutions européennes, alors que l’extrême droite latino-américaine multiplie les signaux d’un virage autoritaire.
Un héritier façonné par l’ombre de son père
Flavio Bolsonaro n’est pas un inconnu en politique. Député puis sénateur à seulement 37 ans, il incarne depuis des années l’héritier désigné du clan Bolsonaro. Son visage, presque un clone de celui de son père, est devenu le symbole d’une droite radicale prête à en découdre avec les acquis sociaux et les institutions. « Je sais que je lui ressemble. Mais on ne peut pas comparer le fils de Pelé à Pelé lui-même », avait-il coutume de plaisanter lors de meetings, avant d’ajouter, avec une pointe d’ironie cynique : « Le Brésil a besoin de force, pas de faiblesse. »
Dès ses premiers pas en politique, Flavio Bolsonaro a choisi de marcher dans les pas d’un père dont les méthodes ont souvent frôlé l’illégalité. En 2018, alors que Jair Bolsonaro était candidat à la présidence, son fils a été accusé d’avoir utilisé des fonds publics pour financer des emplois fictifs au sein de l’Assemblée législative de Rio de Janeiro. Une affaire qui avait valu à son père, alors député, d’être lui-même visé par une enquête pour corruption passive. Malgré ces ombres judiciaires, Flavio Bolsonaro a toujours su se présenter comme un homme neuf, un réformateur capable de « nettoyer » le Brésil de la corruption – celle des autres, bien sûr.
Un programme sécuritaire et économique aux relents autoritaires
Sur le plan sécuritaire, Flavio Bolsonaro mise sur un discours sans nuance, où la fermeté se transforme en brutalité. Lors d’un récent meeting, il a menacé les criminels de castration chimique, une proposition qui rappelle les pires excès des régimes autoritaires. « Fais bien attention, toi le violeur, toi l’agresseur de femme ou d’enfant, tu subiras bientôt la castration chimique », a-t-il lancé sous les applaudissements de ses partisans. Une rhétorique qui séduit une partie de l’électorat conservateur, mais qui a valu au Brésil d’être pointé du doigt par Amnesty International et la Commission interaméricaine des droits de l’homme.
Côté économie, Flavio Bolsonaro mise sur un
- gel des dépenses publiques
- baisse des impôts pour les entreprises
- promotion d’un jeu vidéo où les citoyens pourraient « voter » pour les économies à réaliser
Pourtant, Flavio Bolsonaro compte sur des alliés de poids pour mener à bien son projet. Son frère et sa belle-mère, cette dernière étant l’ex-première dame, ont tous deux été élus au Sénat lors du même scrutin. Une dynaste familiale qui rappelle étrangement les méthodes des régimes les plus autoritaires, où le pouvoir se transmet comme un héritage dynastique plutôt que comme un mandat démocratique.
L’ombre de Jair Bolsonaro, prisonnier politique ou martyr ?
L’ancien président brésilien purge actuellement une peine de 27 ans de prison pour avoir tenté de renverser le résultat des élections de 2022, qu’il refuse de reconnaître. Accusé de falsification de documents et de tentative de coup d’État, Jair Bolsonaro a été jugé par la Cour suprême, qui a qualifié ses actes de « menace la plus grave à la démocratie brésilienne depuis la fin de la dictature ».
Pourtant, dans l’imaginaire collectif, il est devenu une figure de résistance contre un « système » qu’il accuse de le persécuter. Flavio Bolsonaro compte bien capitaliser sur cette image, en promettant une amnistie totale pour son père dès son élection. Une promesse qui, si elle se concrétisait, enverrait un signal désastreux aux institutions judiciaires brésiliennes, déjà fragilisées par des années de pressions politiques.
Mais Flavio Bolsonaro n’est pas seul dans sa quête du pouvoir. Il bénéficie du soutien inconditionnel de figures comme Donald Trump, qui l’a reçu à la Maison Blanche en septembre, ou de Javier Milei, le président argentin d’extrême droite, venu jouer les chauffeurs de salle lors de l’un de ses meetings. Une alliance inquiétante qui place le Brésil sur la voie d’un alignement avec les régimes les plus réactionnaires du continent.
Le Brésil à la croisée des chemins
Face à Flavio Bolsonaro, Luiz Inácio Lula da Silva, 78 ans, tente de mobiliser une coalition de gauche et des modérés effrayés par le retour des Bolsonaro. « Avec lui, il n’y aura que de l’incertitude et le retour des heures sombres de notre passé », a-t-il averti, rappelant les années 2019-2022, marquées par la destruction de l’Amazonie, la censure des médias et les attaques contre les minorités. « Le Brésil mérite mieux que de devenir le jouet d’une famille qui confond pouvoir et dynastie », a-t-il ajouté, sous les huées des partisans de Flavio Bolsonaro.
Le second tour, prévu le 26 octobre, s’annonce comme un choc entre deux visions du Brésil : d’un côté, une gauche progressiste qui mise sur l’écologie et la justice sociale, de l’autre, une droite radicale prête à saborder les institutions pour imposer son projet. Entre les deux, les Brésiliens devront choisir entre la promesse d’un retour à la normale ou le risque d’un plongeon dans l’inconnu le plus sombre.
Et pendant ce temps, les institutions européennes observent avec une inquiétude croissante. Le Brésil, géant latino-américain et membre du Mercosur, est un partenaire clé pour l’UE. Mais un retour des Bolsonaro signifierait un alignement du pays sur des régimes comme celui de Viktor Orbán en Hongrie ou de Recep Tayyip Erdoğan en Turquie, où l’État de droit n’est plus qu’un vain mot. Une perspective qui rappelle étrangement les pires heures de l’histoire récente du continent.
Un enjeu bien au-delà des frontières brésiliennes
La victoire de Flavio Bolsonaro au premier tour n’est pas seulement un séisme politique pour le Brésil. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de montée des extrêmes en Amérique latine, où des figures comme Nayib Bukele au Salvador ou Javier Milei en Argentine ont déjà imposé des régimes autoritaires sous couvert de « lutte contre la corruption ». Une tendance qui inquiète les défenseurs de la démocratie, d’autant que les États-Unis, sous la direction de Donald Trump, semblent prêts à soutenir ces mouvements, quitte à fermer les yeux sur leurs dérives.
Pour l’Union européenne, un gouvernement Bolsonaro fils signifierait un partenaire encore plus imprévisible que sous Jair Bolsonaro. Les accords commerciaux pourraient être remis en cause, les engagements climatiques abandonnés, et les droits humains bafoués au nom d’une « moralisation » de la société. Une perspective d’autant plus alarmante que le Brésil joue un rôle clé dans la COP30, prévue en 2026, et dans la lutte contre la déforestation en Amazonie.
Alors que le monde entier retient son souffle, une question se pose : le Brésil est-il en train de basculer dans une nouvelle ère de populisme autoritaire, ou parviendra-t-il à barrer la route à l’héritage maudit des Bolsonaro ? Le second tour des élections promises de montrer si la démocratie brésilienne a encore la force de résister.
Les Bolsonaro, une dynastie aux méthodes contestées
Derrière la figure de Flavio Bolsonaro se profile une famille dont les méthodes ont souvent frôlé l’illégalité. Outre les affaires de corruption qui ont touché son père et son frère, Flavio Bolsonaro lui-même a été rattrapé par la justice. En 2023, il a été mis en examen pour blanchiment d’argent dans le cadre d’une enquête sur des versements suspects sur ses comptes personnels. Une affaire qui, selon ses détracteurs, montre que l’héritage des Bolsonaro n’est pas seulement politique, mais aussi judiciaire.
Pourtant, dans les rues de Rio de Janeiro ou de São Paulo, ses meetings attirent des foules enthousiastes. Ses partisans, souvent issus des classes populaires et des classes moyennes appauvries, voient en lui un sauveur, un homme capable de « rétablir l’ordre » dans un pays où la violence et la corruption semblent endémiques. Une promesse qui rappelle étrangement celle de Rodrigo Duterte aux Philippines, où la « guerre contre la drogue » a fait des milliers de morts sans résoudre les problèmes de fond.
Face à cette montée des extrêmes, les défenseurs des droits humains appellent à la vigilance. « Un vote pour Flavio Bolsonaro, c’est un vote pour l’impunité, pour la répression, et pour le retour des heures les plus noires de notre histoire », a déclaré un représentant d’Human Rights Watch. Une mise en garde qui, si elle est ignorée, pourrait avoir des conséquences dramatiques pour le Brésil et pour toute l’Amérique latine.
Le Brésil à l’épreuve du populisme autoritaire
Alors que les urnes se préparent à trancher, une chose est sûre : le Brésil de 2026 n’est plus celui de 2018. Le pays a changé, la société s’est radicalisée, et les institutions, déjà fragilisées, sont plus que jamais sous pression. Entre la promesse d’un renouveau sécuritaire et économique et le risque d’un plongeon dans l’autoritarisme, les Brésiliens devront choisir leur camp. Et cette fois, ce ne sera pas seulement le destin du pays qui se jouera, mais peut-être celui de toute une région.
Une chose est certaine : si Flavio Bolsonaro l’emporte, le Brésil ne sera plus le même. Et peut-être pas pour le meilleur.