L’eurodéputé socialiste en campagne présidentielle dénonce l’inertie du pouvoir face à la crise des carburants
Dans un entretien matinal diffusé ce lundi 21 septembre 2026, Raphaël Glucksmann, figure montante de la gauche française et candidat déclaré à la primaire Place publique, a martelé ses propositions pour endiguer la flambée des prix des carburants. Invité de l’émission « 8h30 » sur franceinfo, il a défendu une taxation ciblée des superprofits des multinationales pétrolières, accusées de profiter d’une crise énergétique dont les ménages paient le prix fort. Une mesure qu’il présente comme « indispensable pour protéger le pouvoir d’achat » dans un contexte où le litre de diesel frôle les 2 euros dans certaines régions.
Face aux journalistes Agathe Lambret et Simon Le Baron, Glucksmann a également réitéré son opposition frontale à la politique fiscale du gouvernement Lecornu II, qu’il qualifie de « braderie fiscale pour les plus riches ». Le candidat, qui mise sur une alliance avec les insoumis et les écologistes pour peser dans la primaire, a confirmé son intention de voter une motion de censure contre le budget 2027 si celui-ci ne intègre pas, selon lui, de mesures sociales ambitieuses. Une stratégie risquée, mais assumée, dans une période où les divisions à gauche menacent de marginaliser les progressistes face à la montée des extrêmes.
La taxation des superprofits : une urgence selon la gauche
Le débat sur la taxation des profits exceptionnels des majors du pétrole resurgit alors que la France, comme l’Europe, subit de plein fouet les conséquences de la guerre en Ukraine et des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Glucksmann, dont le parti Place publique défend une « écologie sociale », soutient que ces entreprises, qui ont enregistré des marges records ces dernières années, doivent contribuer à la transition énergétique et à la justice fiscale. «
Les citoyens ne peuvent plus être les variables d’ajustement d’une crise dont ils ne sont pas responsables, tandis que TotalEnergies ou Shell affichent des bénéfices à faire pâlir les États. Il est temps de rééquilibrer la charge !»
Cette position s’inscrit dans une logique européenne, où plusieurs pays, comme l’Allemagne ou les pays nordiques, ont déjà adopté des dispositifs similaires. Glucksmann a d’ailleurs salué les initiatives de la Commission von der Leyen en ce sens, rappelant que « l’Union européenne ne peut plus être le terrain de jeu des lobbies pétroliers ». Une prise de position qui contraste avec le blocage français, où le gouvernement, sous pression des milieux économiques, tergiverse sur la mise en œuvre d’une telle taxe.
Budget 2027 : le PS et LFI préparent un bras de fer
La question du budget 2027 cristallise les tensions à gauche. Glucksmann, qui mise sur une union des forces de progrès pour peser dans la présidentielle de 2027, a laissé entendre que son camp pourrait soutenir une motion de censure contre le texte gouvernemental. Une stratégie audacieuse, alors que le Parti socialiste (PS) et La France insoumise (LFI) peinent à s’accorder sur un programme commun. «
Nous ne pouvons pas voter un budget qui sacrifie les services publics et les plus fragiles au nom d’une rigueur aveugle. Si le gouvernement refuse le dialogue, la censure sera notre seule option.»
Cette ligne s’inscrit dans un contexte politique explosif, où la crise sociale et la montée des inégalités alimentent un climat de défiance vis-à-vis des institutions. Les sondages placent désormais Marine Le Pen en tête des intentions de vote pour le premier tour, tandis que la gauche, divisée entre réformistes et radicaux, peine à proposer une alternative crédible. Glucksmann, qui mise sur une primaire ouverte à la société civile, tente de se positionner comme un recours contre le « désengagement de l’État » et la « normalisation de l’extrême droite ».
Géopolitique : la France face à l’impasse stratégique
Au-delà des questions économiques, Glucksmann a évoqué la situation internationale, marquée par l’intensification des conflits et les tensions avec les puissances autoritaires. L’eurodéputé, connu pour ses positions pro-européennes et pro-démocratie, a pointé du doigt le rôle de la Russie et de la Chine dans la déstabilisation des équilibres mondiaux. «
La France doit retrouver une voix forte en Europe pour contrer les régimes qui menacent notre sécurité et nos valeurs. Nous ne pouvons pas continuer à dépendre des énergies fossiles russes ou à fermer les yeux sur les violations des droits humains en Chine.»
Cette critique s’adresse directement à la politique étrangère du gouvernement, accusé de manque de fermeté face à Moscou et Pékin. Glucksmann a rappelé que la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, avait une responsabilité historique à assumer. Une position qui tranche avec le pragmatisme affiché par Emmanuel Macron, souvent accusé de naviguer entre équilibrisme et attentisme.
Primaire socialiste : Glucksmann mise sur l’union des progressistes
Alors que la primaire Place publique approche à grands pas, Glucksmann mise sur une stratégie d’alliance avec les écologistes et les insoumis pour rassembler la gauche. Son discours, à la fois social, écologiste et européen, séduit une partie de l’électorat déçu par les trahisons passées du PS. «
La gauche doit cesser de se battre entre elle. Notre ennemi, c’est le système qui précarise les travailleurs et détruit la planète.»
Cependant, les défis restent immenses. Les divisions persistent, notamment sur la question européenne, où Glucksmann défend une fédéralisation renforcée, tandis que certains insoumis prônent une rupture radicale. Par ailleurs, son positionnement sur la laïcité et l’immigration, plus modéré que celui de certains de ses concurrents, pourrait lui aliéner une frange de l’électorat de gauche. Malgré ces obstacles, l’eurodéputé mise sur un effet « outsider » pour bousculer les codes de la politique française.
Réactions et perspectives : la gauche en quête de cohérence
Si les propositions de Glucksmann trouvent un écho auprès des militants écologistes et des syndicats, elles suscitent également des critiques. Certains observateurs estiment que son discours manque de concret sur des sujets comme la réindustrialisation ou la souveraineté alimentaire. D’autres pointent du doigt son manque d’expérience nationale, après des années passées au Parlement européen. Pourtant, dans un paysage politique où les certitudes s’effritent, sa candidature incarne une tentative de réinventer la gauche française.
Alors que le gouvernement Lecornu II s’enfonce dans une impopularité record, la question d’une alternative progresse. Pour Glucksmann, l’enjeu est clair : « Soit la gauche se unit pour proposer une vision d’avenir, soit elle disparaît du paysage politique. » Une urgence que même ses détracteurs ne peuvent plus ignorer.
Crise énergétique : le gouvernement dans le collimateur
La flambée des prix des carburants, qui touche particulièrement les zones rurales et périurbaines, a révélé les failles d’une politique énergétique jugée insuffisante par l’opposition. Glucksmann a dénoncé l’absence de mesures structurelles pour réduire la dépendance aux énergies fossiles, malgré les engagements climatiques de la France. «
On nous parle de transition écologique, mais les décisions concrètes se font attendre. Pendant ce temps, les ménages trinquent, et les multinationales s’en mettent plein les poches.»
Cette critique rejoint celle des associations de consommateurs, qui réclament un bouclier tarifaire étendu et un plan de sobriété énergétique ambitieux. Pourtant, dans un contexte de tensions géopolitiques et de déficit public, le gouvernement semble paralysé, oscillant entre aides ciblées et rigueur budgétaire. Une ambiguïté que Glucksmann compte bien exploiter dans sa campagne.
L’Europe, rempart contre les dérives nationales ?
Face aux tentations souverainistes et aux replis identitaires, Glucksmann a défendu une vision fédéraliste de l’Europe, où les États membres coordonneraient leurs politiques énergétiques et fiscales. Une position qui contraste avec les discours nationalistes de plus en plus audibles dans le débat public. «
L’Europe n’est pas un supermarché où chacun prend ce qu’il veut. C’est un projet de paix et de prospérité, qu’il faut défendre contre ceux qui veulent le démanteler.»
Cette approche s’inscrit dans la lignée du pacte vert européen, dont Glucksmann se présente comme un ardent défenseur. Pourtant, dans un contexte de montée des extrêmes, même au sein de l’UE, cette vision reste minoritaire. La Hongrie de Viktor Orbán, souvent citée en exemple par les eurosceptiques, incarne d’ailleurs les dérives d’un nationalisme qui menace l’unité du continent.
Conclusion : un pari risqué pour la gauche
Alors que la France s’apprête à entrer dans une année électorale décisive, le discours de Glucksmann résonne comme un appel à l’union des forces de progrès. Pourtant, les obstacles sont nombreux : divisions internes, manque de crédibilité sur certains sujets, et concurrence féroce avec l’extrême droite. Dans un pays où les inégalités explosent et où la colère sociale gronde, sa proposition d’une taxation des superprofits et d’une Europe sociale pourrait bien être le déclic dont la gauche a besoin. À condition, bien sûr, de parvenir à fédérer au-delà des clivages traditionnels.