Brevet et bac : l'orthographe instrumentalisée par le gouvernement ?

Par Decrescendo 07/05/2026 à 11:19
Brevet et bac : l'orthographe instrumentalisée par le gouvernement ?

Brevet et bac : le gouvernement instrumentalise-t-il l'orthographe pour masquer son échec éducatif ? Les syndicats enseignants dénoncent un coup de com politique.

L'Éducation nationale en quête de communication sur l'orthographe, selon le SNES-FSU

Le ministère de l'Éducation nationale, dirigé par un gouvernement Lecornu II en pleine recherche de résultats spectaculaires sur le front éducatif, vient de lancer une offensive médiatique pour dénoncer les « copies mal rédigées » au baccalauréat. Une annonce qui, selon les syndicats enseignants, relève davantage d’une stratégie de communication que d’une véritable réforme pédagogique.

Un « coup de com » ministériel dénoncé par les enseignants

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, une organisation syndicale proche des valeurs de gauche et régulièrement en opposition avec les orientations libérales du gouvernement, a vivement réagi à ces déclarations. Dans un entretien accordé à un média public, elle a qualifié l’initiative de « coup de communication », soulignant que les enseignants, eux, n’ont « pas attendu le ministre pour faire leur travail ».

« On n'a pas attendu le ministre pour prendre en compte l'orthographe dans l'évaluation globale des élèves », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter avec une pointe d’ironie : « Nos collègues professeurs des écoles n'ont pas besoin d'une circulaire de rentrée pour faire les bons choix pédagogiques face à leurs élèves. »

Cette réaction syndicale s’inscrit dans un contexte où le gouvernement, sous la présidence Macron, cherche à redorer son blason après des années de réformes éducatives controversées et de critiques sur la baisse du niveau scolaire. Pourtant, les annonces ministérielles sur l’orthographe ne semblent pas répondre aux véritables enjeux structurels du système éducatif français.

L'orthographe, un sujet sensible dans un débat plus large

Le ministre de l’Éducation, en mettant en avant la question de l’orthographe, semble vouloir détourner l’attention des problèmes récurrents du système éducatif : manque de moyens, classes surchargées, et inégalités territoriales. Sophie Vénétitay a d’ailleurs rappelé que l’évaluation de l’orthographe au baccalauréat n’est pas toujours formalisée par un barème strict. « On ne vous dit pas s’il y a tant de fautes, on va enlever deux ou trois points à l'élève », a-t-elle expliqué, avant de préciser que « un élève qui écrivait mal, quand bien même le raisonnement était à peu près cohérent, ça influait sur la note ».

Pourtant, cette focalisation sur l’orthographe ne résout en rien les problèmes de fond qui minent l’école publique. Les syndicats enseignants réclament depuis des années des moyens supplémentaires pour renforcer l’apprentissage de la langue dès le plus jeune âge, mais les annonces ministérielles restent floues sur ce point.

« Se dire que des copies au baccalauréat sont pleines de fautes d'orthographe, c'est certainement déjà trop tard. » — Sophie Vénétitay, SNES-FSU

Cette déclaration résume à elle seule l’absurdité de la stratégie gouvernementale : plutôt que de s’attaquer aux causes profondes des difficultés des élèves, le ministère préfère jouer sur les apparences, donnant l’impression d’une action forte là où les moyens réels font défaut.

Une réforme pédagogique ou une stratégie politique ?

Les syndicats enseignants, qui représentent une large majorité des professeurs en France, dénoncent une instrumentalisation de l’orthographe à des fins politiques. Alors que le gouvernement Lecornu II cherche à redorer son image après des années de réformes impopulaires, cette annonce tombe à point nommé pour donner l’illusion d’une prise de conscience sur la qualité de l’enseignement.

Pourtant, les enseignants, eux, continuent de travailler dans des conditions difficiles : manque de postes, manque de moyens, et pression accrue sur les résultats. Les annonces ministérielles, bien que symboliquement fortes, ne s’accompagnent d’aucune mesure concrète pour améliorer la situation. « C’est sûr que les annonces du ministre ne coûtent pas grand-chose », a ironisé Sophie Vénétitay, avant d’ajouter : « Il faut que l'on travaille en amont sur l'orthographe plus tôt. Et pour ça, il faut avoir les moyens de le faire dans de bonnes conditions. »

Cette critique s’inscrit dans un contexte plus large où le gouvernement, sous la pression des résultats électoraux et des critiques sur sa gestion de l’éducation, tente de recentrer le débat sur des sujets consensuels. Pourtant, sans investissements massifs dans les établissements scolaires et sans une refonte profonde des méthodes pédagogiques, ces annonces resteront lettre morte.

L’Union européenne comme modèle ?

Alors que la France peine à moderniser son système éducatif, plusieurs pays européens, comme la Norvège ou l’Islande, montrent l’exemple en matière d’investissements dans l’éducation et de résultats scolaires. Ces nations, souvent citées en exemple par les partisans d’une école plus inclusive, misent sur des méthodes innovantes et des moyens financiers importants pour garantir un enseignement de qualité à tous les élèves.

En France, en revanche, les réformes successives, souvent inspirées par des logiques libérales, n’ont fait qu’aggraver les inégalités et fragiliser le service public d’éducation. Les annonces sur l’orthographe, bien que symboliquement fortes, ne suffiront pas à combler le retard accumulé.

Les syndicats enseignants appellent donc à une véritable réflexion sur les méthodes d’enseignement et les moyens alloués à l’éducation. Sans cela, les élèves les plus défavorisés continueront de payer le prix fort, tandis que le gouvernement se contentera de gestes médiatiques.

Conclusion : une stratégie de diversion ?

Entre les annonces ministérielles et la réalité du terrain, le fossé est béant. Les enseignants, déjà sous pression, dénoncent une stratégie de diversion qui détourne l’attention des vrais problèmes. L’orthographe, bien que importante, ne doit pas servir de paravent à l’inaction gouvernementale.

Alors que le débat fait rage, une question reste en suspens : le gouvernement est-il vraiment prêt à investir dans l’éducation, ou se contente-t-il de jouer avec les mots ?

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (3)

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ironiste-patente

il y a 1 semaine

Quand t’as plus d’arguments, tu changes l’orthographe. Génial.

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F

FXR_569

il y a 1 semaine

Cette mesure s’inscrit dans une logique déjà observée en 2012 avec la réforme des programmes. Le problème n’est pas l’orthographe elle-même, mais le fait qu’elle serve de variable d’ajustement pour masquer des lacunes structurelles. Les syndicats ont raison de dénoncer un écran de fumée.

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H

HGW_304

il y a 1 semaine

mdr... le gouvernement qui joue aux profs maintenant... mais ils savent même pas écrire 'la' correctement eux !!!! nooooon mais sérieux ???!!!

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