La CFDT exige des « plans concrets » contre les risques liés aux canicules
Alors que les températures battent des records en ce début juillet 2026, Marylise Léon, réélue à la tête de la CFDT, alerte sur l’inaction persistante des entreprises face aux dangers grandissants des fortes chaleurs. Dans un entretien exclusif, la secrétaire générale du syndicat réformiste dénonce un « traitement au coup par coup » des crises climatiques en milieu professionnel, alors que les conditions de travail deviennent chaque année plus insupportables pour des millions de salariés.
« On ne peut plus se contenter de réagir après la crise, après les drames », martèle-t-elle. « Les entreprises doivent intégrer dès maintenant les impératifs d’adaptation au changement climatique dans leurs stratégies. Cela passe par des plans d’action négociés, sectoriels et territorialisés, d’ici au printemps 2027. »
Un appel au gouvernement : entre urgence sociale et responsabilité écologique
Face à l’augmentation des accidents du travail liés aux canicules – dont les premiers symptômes se multiplient dans les secteurs de la BTP, de l’agriculture ou de la logistique –, la CFDT pousse le gouvernement Lecornu II à jouer un rôle de catalyseur. « Le Premier ministre a les moyens de faire bouger les lignes », souligne Marylise Léon. « Il doit exiger des mesures contraignantes pour les employeurs, sous peine de voir la situation s’aggraver d’ici 2027. »
Le syndicat, historiquement ancré dans le dialogue social, maintient pourtant sa ligne : « Le patronat doit être mis devant ses responsabilités, mais sans renoncer au compromis. » Une position qui contraste avec les tensions croissantes entre les partenaires sociaux, alors que l’exécutif, sous pression sur d’autres fronts, peine à imposer une vision globale.
Des secteurs en première ligne, mais des solutions encore floues
Les travailleurs exposés – ouvriers du bâtiment sous 40°C, employés de la grande distribution sans climatisation, ou encore agriculteurs en pleine moisson – paient un tribut de plus en plus lourd. Selon les dernières données de l’Inspection du travail, les signalements pour risques thermiques ont augmenté de 37 % entre 2024 et 2025. Pourtant, les plans de prévention restent souvent lettre morte, faute de sanctions en cas de non-respect des recommandations de l’ANSES.
« Les solutions existent », assure Marylise Léon. « Mais elles doivent être adaptées aux réalités du terrain. On ne peut pas appliquer les mêmes mesures à une usine en Bretagne et à un chantier en Provence. » Le syndicat plaide pour des accords locaux, négociés dans chaque entreprise, avec des pauses obligatoires, des horaires décalés et des espaces rafraîchis accessibles à tous. « L’Europe a montré l’exemple avec sa directive sur les températures extrêmes. La France doit suivre. »
Une droite divisée face à l’urgence climatique au travail
Si la CFDT mise sur la pression syndicale, le débat s’invite aussi dans l’arène politique. À droite, les positions divergent : Les Républicains, dont certains élus défendent une approche libérale des conditions de travail, minimisent l’urgence, tandis que Renaissance (ex-LREM) – bien que moins virulent – peine à proposer un cadre cohérent. Seule la NUPES, dans son ensemble, a intégré la question dans son programme pour 2027, avec une proposition de loi-cadre sur la santé au travail.
« Le gouvernement Lecornu a une carte à jouer », analyse un observateur proche du dossier. « Soit il laisse les entreprises continuer à externaliser les risques sur les salariés, soit il impose un cadre strict – quitte à bousculer les habitudes du MEDEF. » Un choix qui pourrait redessiner les rapports de force sociaux dans les mois à venir.
L’Europe, référence malgré elle
Alors que la France traîne des pieds, certains pays européens ont déjà franchi le pas. En Allemagne, des conventions collectives prévoient des arrêts de travail automatiques dès 30°C. En Espagne, les siestes obligatoires en période de canicule sont entrées dans les mœurs. Même la Suède, pourtant moins habituée aux extrêmes, a adapté ses normes du travail. « L’Union européenne a les moyens d’imposer des sanctions. Pourquoi la France, qui se targue d’être un leader, reste-t-elle à la traîne ? » s’interroge un expert en droit social.
Le risque d’un nouveau scandale sanitaire
Derrière les chiffres des accidents du travail se cachent des dramas humains. En 2025, trois ouvriers sont morts d’un coup de chaleur sur des chantiers en Île-de-France. En 2024, une caissière d’un supermarché du Sud-Ouest a fait un malaise grave après avoir enchaîné les heures sous 38°C dans un entrepôt non climatisé. Ces cas, de plus en plus nombreux, pourraient bien devenir le symbole d’une politique du laisser-faire.
Marylise Léon refuse pourtant de céder au fatalisme : « Nous avons encore le temps d’agir. Mais chaque jour perdu augmente le risque de nouvelles victimes. » Le syndicat compte déposer une motion au Conseil économique, social et environnemental (CESE) d’ici la fin de l’été, pour alerter l’opinion publique et forcer l’exécutif à bouger.
Ce que dit le droit – et ce qui manque encore
Sur le papier, le Code du travail impose déjà aux employeurs de « prendre toutes les dispositions nécessaires » pour protéger les salariés des températures extrêmes. Pourtant, en pratique, les contrôles restent sporadiques et les sanctions, exceptionnelles. Une étude de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) révèle que moins de 5 % des entreprises font l’objet d’un audit ciblé sur les risques thermiques.
« Le problème, c’est que la législation est trop vague », explique un juriste. « Elle ne fixe pas de seuils clairs, ni de moyens concrets. Résultat : les employeurs interprètent les règles à leur sauce. » La CFDT pousse donc pour une réforme du Code du travail, avec des critères objectifs (température, durée d’exposition) et des sanctions financières dissuasives.
Un enjeu de société qui dépasse la simple question sociale
Au-delà des questions de santé au travail, c’est toute une organisation économique qui est remise en cause. Les secteurs traditionnels – agriculture, construction, industrie – peinent à s’adapter à un climat qui se dérègle. Pourtant, des solutions existent : télétravail partiel, rotation des équipes, investissements dans les infrastructures. « Le coût de l’inaction sera bien plus lourd que celui de la prévention », rappelle Marylise Léon.
Alors que la canicule s’installe pour durer, la question n’est plus de savoir si le gouvernement agira, mais quand. Et surtout, avec quelle fermeté.
Ce qu’il faut retenir
- La CFDT exige des plans d’action négociés contre les canicules d’ici 2027, faute de quoi les accidents du travail continueront de s’aggraver.
- Les entreprises sont pointées du doigt pour leur manque de volontarisme, malgré les alertes répétées de l’Inspection du travail.
- Le gouvernement Lecornu II est sommé d’imposer un cadre contraignant, alors que la droite et le patronat freinent des quatre fers.
- L’Europe montre l’exemple : plusieurs pays ont déjà adopté des mesures strictes pour protéger les salariés.