Un député RN face à l’urgence climatique et migratoire
Alors que la France suffoque sous une canicule précoce et que les tensions autour de l’immigration s’exacerbent, Matthieu Valet, eurodéputé du Rassemblement national, a défendu dimanche 21 juin 2026, dans une interview au 8h30 de Franceinfo, une ligne dure face aux défis du moment. Entre mesures sanitaires controversées et propositions radicales sur la gestion des flux migratoires, l’élu d’extrême droite a réaffirmé les positions de son parti, tout en critiquant vivement la gestion gouvernementale de ces crises simultanées.
Canicule : entre précaution et liberté, le RN trace sa voie
Avec des températures dépassant régulièrement les 40°C dans plusieurs régions, la France fait face à une vague de chaleur d’une intensité inédite pour un mois de juin. Face à ce phénomène désormais récurrent, les autorités ont multiplié les alertes, tandis que les collectivités locales tentaient d’adapter leurs dispositifs. Pour Matthieu Valet, la réponse passe d’abord par une interdiction de la consommation d’alcool sur la voie publique dans les zones placées en vigilance rouge canicule. Une mesure saluée par l’eurodéputé, ancien policier, qui y voit un moyen d’éviter des « drames humains » liés à la déshydratation et aux coups de chaleur.
« Le but, ce n’est pas de faire de la Fête de la musique une fête gâchée, c’est qu’il n’y ait pas de drames humains liés à la canicule et à la surconsommation d’alcool. »
Matthieu Valet, eurodéputé RN
Pour autant, l’élu n’entend pas sombrer dans un excès de restriction. « On ne va pas s’interdire de vivre », a-t-il rappelé, tout en précisant que les établissements publics continueraient d’être autorisés à servir de l’alcool. Une position pragmatique, qui tranche avec les critiques émanant de certains milieux associatifs, pour qui une telle mesure relève d’une atteinte aux libertés individuelles. Valet a également souligné que la responsabilité des débordements ne pouvait incomber aux restaurateurs, mais bien aux individus qui choisiraient de consommer en dehors des lieux autorisés.
Plus largement, Matthieu Valet a insisté sur la nécessité de préparer la France à des canicules de plus en plus fréquentes. « Ces épisodes ne sont pas des accidents, ils sont amenés à se succéder », a-t-il martelé. Face à ce constat, le Rassemblement national a élaboré un « plan national massif de climatisation », présenté par Marine Le Pen et actuellement en cours de chiffrage. Un projet ambitieux, qui vise à climatiser prioritairement les lieux les plus vulnérables : écoles, Ehpad, hôpitaux, commissariats et services publics.
Un plan qui, selon l’eurodéputé, contraste avec l’immobilisme des gouvernements successifs. « La ministre de la Santé propose un plan de modernisation des hôpitaux pour 6 milliards d’euros. Comme quoi les propositions que l’on fait depuis un moment sont reprises par le gouvernement… mais bien tardivement, c’est bien dommage pour nos compatriotes », a-t-il taclé, sous-entendant une récupération tardive des idées portées par l’extrême droite.
Parmi les pistes envisagées pour financer ce dispositif, le RN propose notamment la suppression de structures jugées superflues, comme l’Ademe (Agence de la transition écologique), dont le budget annuel s’élève à 136 millions d’euros, ou le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui coûte près de 40 millions. Une stratégie financière qui s’accompagne d’un volet énergétique ambitieux : la construction de 20 nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR, afin d’assurer une autonomie électrique dans la lutte contre le réchauffement climatique.
« La rénovation bâtimentaire, la végétalisation, les îlots de fraîcheur… On ne peut pas prendre des mesures individualisées. C’est pour cette raison que l’on évoque le parc nucléaire : pour être autonome dans l’électricité. »
Matthieu Valet
Un « package » complet, selon Valet, qui mêle transition écologique et souveraineté nationale, une approche globale que le RN présente comme la seule viable face à l’urgence climatique.
Retour des migrants déboutés : le RN en première ligne contre l’UE
Alors que le Parlement européen vient d’adopter un nouveau règlement sur les retours des migrants déboutés du droit d’asile, autorisant les États membres à externaliser les centres de rétention hors des frontières de l’Union, Matthieu Valet a salué une avancée majeure. « La défense de la nation française, c’est le ciment entre tous les Républicains qui aiment la France, sa patrie, qui veulent défendre son identité, ses libertés et sa culture », a-t-il déclaré, réaffirmant ainsi la ligne souverainiste de son parti.
Le texte européen, approuvé mercredi, prévoit notamment la possibilité pour les États de conclure des accords avec des pays tiers afin d’y installer des centres de rétention pour les exilés dont la demande d’asile a été rejetée. Une mesure que Valet juge indispensable pour endiguer l’immigration irrégulière, tout en réfutant les accusations de « déportation » portées par certains adversaires politiques. « On parle d’expulsion, pas de déportation. Instrumentaliser ces votes, c’est ignoble », a-t-il répliqué, visant notamment Manon Aubry, figure de La France Insoumise.
Le RN, qui prône une politique migratoire radicale, a toujours défendu l’idée d’une externalisation des centres de rétention, non pas vers des pays en guerre ou où les droits humains seraient bafoués, mais vers des États stables et respectueux des conventions internationales. Une position qui contraste avec celle du gouvernement français, dirigé par Sébastien Lecornu, qui a clairement indiqué que la France n’envisageait pas d’appliquer cette directive. « C’est quand même assez loufoque, mais en même temps tellement cohérent de M. Macron [président de la République], qui se dit pro-européen, de dire qu’il ne va pas respecter la directive », a ironisé Valet.
Pour l’eurodéputé, cette réticence illustre une fois de plus l’hypocrisie des dirigeants français, qui privilégieraient une « immigration de projet » plutôt qu’une politique de fermeté. « Nous, ce n’est pas un projet, c’est une nécessité de protéger notre pays », a-t-il martelé. Une ligne de fracture nette entre le RN et la majorité présidentielle, qui s’accentue à mesure que les tensions migratoires s’intensifient en Europe.
Le règlement européen, qui rétablit également le délit de séjour irrégulier et limite les voies de recours suspensives pour les expulsions, a été salué par Valet comme une victoire pour la souveraineté des États. « Il y a le rétablissement du délit de séjour irrégulier, les voies de recours ne seront plus suspensives pour l’exécution de l’expulsion, et les pays tiers sûrs », s’est-il félicité, soulignant que ces mesures permettraient enfin de lutter efficacement contre l’immigration clandestine.
Climat et immigration : deux fronts pour le RN en 2027
Alors que les élections présidentielles de 2027 se profilent à l’horizon, le Rassemblement national semble déterminé à faire de la lutte contre le réchauffement climatique et de la maîtrise des flux migratoires deux piliers de sa campagne. Une stratégie qui s’appuie sur des propositions radicales, mais présentées comme réalistes par l’élu. Face à la montée des préoccupations environnementales et sécuritaires dans l’opinion publique, le RN mise sur un discours à la fois ferme et rassurant, promettant à la fois une protection des plus vulnérables et une fermeté sans faille envers les migrants en situation irrégulière.
Pourtant, les critiques ne manquent pas. Les écologistes accusent le parti de proposer des solutions coûteuses et inefficaces, tandis que les défenseurs des droits humains dénoncent une politique migratoire inhumaine. Valet balaie ces objections d’un revers de main, affirmant que « la réalité, c’est qu’est-ce qu’on propose ? » après des années de « catastrophisme » et d’immobilisme. Une rhétorique qui résonne particulièrement dans un contexte où les Français, de plus en plus préoccupés par les canicules et les tensions sociales, cherchent des réponses claires et radicales.
Alors que le gouvernement peine à concilier urgence climatique et cohésion sociale, le RN, lui, se présente comme le seul parti capable de prendre à bras-le-corps ces défis. Une stratégie risquée, mais qui pourrait bien payer électoralement, à condition de convaincre une majorité de Français que ses propositions sont viables. Pour l’heure, Matthieu Valet et ses alliés semblent déterminés à en faire le cœur de leur offensive politique dans les mois à venir.
Entre climatoscepticisme assumé il y a encore trois ans et revirement spectaculaire face à l’urgence écologique, le RN navigue entre contradictions et pragmatisme. Une gymnastique politique qui interroge, mais qui pourrait bien être la clé de son succès dans les années à venir.