Carburants : Total engrange des milliards, l'État impuissant face à la colère des automobilistes

Par SilverLining 02/11/2026 à 21:13
Carburants : Total engrange des milliards, l'État impuissant face à la colère des automobilistes

Carburants : Total engrange 8,3 milliards de dollars de bénéfices, mais les automobilistes ne voient que des baisses dérisoires de 12 à 18 centimes. Le gouvernement Lecornu II, impuissant, préfère les mesures cosmétiques aux solutions structurelles.

La crise des carburants s’aggrave, et les mesures du gouvernement restent insuffisantes

Alors que les prix des carburants continuent de s’envoler, notamment dans les zones rurales où l’automobile est indispensable, les mesures annoncées par le gouvernement Lecornu II apparaissent comme une réponse bien trop timide aux difficultés des ménages. Depuis le début de l’année, les tarifs du gazole et de l’essence ont explosé, avec des hausses atteignant jusqu’à 70 % pour le fioul dans certaines régions. Pourtant, les gestes concrets se font attendre, et les automobilistes, déjà asphyxiés par le coût de la vie, peinent à y croire.

Une baisse des prix… mais une réalité bien plus sombre

Depuis ce matin, une baisse de 12 à 18 centimes par litre de gazole est observée dans plus de la moitié des stations-service françaises, suite à la libération partielle des stocks stratégiques. Une mesure saluée par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, qui s’est empressé de vanter son « coup de pouce bienvenu » pour les automobilistes. Pourtant, cette annonce masque une réalité bien plus cruelle : ces baisses restent marginales face à l’ampleur des hausses accumulées depuis des mois. Dans certaines stations, notamment dans les zones rurales où la mobilité dépend entièrement de la voiture, les prix restent prohibitifs.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis un an, le prix du diesel a augmenté de plus de 40 %, tandis que celui du gazole a suivi la même tendance. Les prix de l’énergie, quant à eux, ont connu des hausses vertigineuses, avec une inflation de 45 % pour le gaz depuis janvier et jusqu’à 70 % pour le fioul. Face à cette situation, les Français, surtout ceux vivant en dehors des grandes métropoles, se retrouvent dans une impasse économique sans précédent.

TotalEnergies engrange des milliards, mais l’État reste les bras croisés

Pendant ce temps, les bénéfices records de TotalEnergies soulèvent une question légitime : pourquoi le géant pétrolier ne contribue-t-il pas davantage à soulager la pression sur les ménages ? Au troisième trimestre 2026, le groupe a enregistré un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars, soit plus du double de celui de l’année précédente. Pourtant, malgré cette manne financière, les autorités françaises semblent incapables d’imposer des mesures fortes pour redistribuer une partie de ces profits vers les consommateurs.

Guilhem Carayon, vice-président délégué de l’UDR, n’hésite pas à pointer du doigt l’incapacité de l’État à négocier avec TotalEnergies. « Il doit y avoir des négociations entre l’État et Total, c’est évident. L’État doit être capable d’obtenir de Total qu’il y ait des gestes en faveur des gros rouleurs », a-t-il déclaré lors d’un débat télévisé. Pourtant, le gouvernement préfère miser sur des mesures cosmétiques plutôt que sur une taxation ciblée des superprofits, une solution que Carayon juge inefficace et contre-productive.

« Quand on est un pays où il y a 45 % de prélèvements obligatoires par rapport au PIB, le problème, ce n’est pas les taxes. Ce qui manque, c’est la capacité à faire des économies ailleurs et à redistribuer ces richesses vers ceux qui en ont le plus besoin. »

— Guilhem Carayon, vice-président délégué de l’UDR

Pourtant, la pression sur les grands groupes pétroliers ne cesse de monter. En Espagne, par exemple, une baisse des taxes sur les carburants a permis un soulagement immédiat pour les ménages. Une approche que la France, pourtant membre de l’Union européenne, peine à adopter. « On sait très bien que tout ça résulte de conflits qui nous sont en grande partie étrangers, mais il y a des leviers d’action que le gouvernement pourrait actionner », a souligné Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et vice-président de l’AMF.

Le gouvernement Lecornu II entre impuissance et communication

Face à cette crise, le gouvernement se retrouve dans une position délicate. D’un côté, les recettes fiscales liées aux carburants ont explosé, dopées par la hausse des prix. De l’autre, les marges de manœuvre budgétaires sont réduites, dans un contexte où l’État cherche désespérément à maîtriser son déficit. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a tenté de rassurer en déclarant, il y a quelques jours, que la question des taxes sur les carburants « ne l’empêchait pas de dormir ». Une phrase qui a choqué une partie de la population, notamment dans les zones rurales où les déplacements professionnels dépendent entièrement de la voiture.

Pourtant, les solutions existent. Guilhem Carayon plaide pour une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité et sur l’énergie, passant de 20 % à 5,5 %. Une mesure qui, selon lui, permettrait de redonner un peu de pouvoir d’achat aux Français. « Une baisse de la TVA sur les carburants pourrait rapporter jusqu’à 15 ou 20 euros sur un plein. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà un geste concret », a-t-il expliqué.

Mais le gouvernement semble réticent à s’engager dans cette voie. Les craintes d’un impact sur les recettes fiscales et la crainte d’une dégradation des finances publiques freinent toute velléité de réforme. Pourtant, dans un contexte où l’inflation reste élevée et où le pouvoir d’achat des ménages est en berne, ces mesures pourraient apporter un soulagement immédiat.

Les disparités territoriales aggravent la crise

Un autre problème majeur réside dans les inégalités territoriales. La libération des stocks stratégiques a principalement bénéficié aux grands réseaux de stations-service, au détriment des petites enseignes indépendantes. « Les volumes sont attribués au prorata des parts de marché de chaque opérateur, ce qui mécaniquement favorise les grands groupes », a souligné Philippe Laurent. Résultat : dans certaines zones rurales, les automobilistes continuent de payer des prix exorbitants, tandis que dans les grandes villes, la baisse des prix est plus marquée.

Cette disparité aggrave encore la frustration des Français, qui voient leurs difficultés quotidiennes minimisées par des annonces gouvernementales jugées insuffisantes. « On a l’impression que le gouvernement agit à contretemps, en répondant à des crises sans en traiter les causes profondes », a dénoncé un automobiliste de la Creuse, interrogé par nos soins.

Une crise qui révèle les failles du modèle économique français

Au-delà des carburants, cette crise met en lumière les dysfonctionnements structurels de l’économie française. La dépendance aux énergies fossiles, la concentration des entreprises pétrolières et l’incapacité des pouvoirs publics à réguler efficacement les prix sont autant de facteurs qui aggravent la situation. Pourtant, des alternatives existent, comme le développement des énergies renouvelables ou la promotion des transports en commun, mais elles peinent à se concrétiser dans un contexte de crise politique et sociale.

Les experts s’accordent à dire que la France pourrait s’inspirer de modèles plus avancés, comme celui de l’Allemagne ou des pays scandinaves, où les politiques publiques en matière d’énergie et de transport sont plus ambitieuses. Pourtant, le gouvernement français semble privilégier une approche pragmatique, mais insuffisante, qui laisse de côté une partie importante de la population.

L’opposition dénonce l’immobilisme du pouvoir

À gauche comme à droite, les critiques fusent contre l’incapacité du gouvernement à répondre à la crise des carburants. La gauche, notamment, appelle à une taxation des superprofits des grandes entreprises, dont TotalEnergies, pour financer des mesures sociales ciblées. « Il est inacceptable que des groupes comme Total se gavent tandis que les ménages peinent à joindre les deux bouts », a déclaré un député écologiste sous couvert d’anonymat.

À l’extrême droite, on dénonce l’absence de mesures fortes pour soutenir le pouvoir d’achat, tout en critiquant l’Union européenne, accusée d’imposer des règles contraignantes sur les taxes énergétiques. « L’Europe nous empêche de protéger nos citoyens. Pendant ce temps, nos voisins espagnols agissent, mais nous, nous restons paralysés par des bureaucrates bruxellois », a fustigé un responsable du Rassemblement National.

Face à cette cacophonie politique, les Français attendent des solutions concrètes. Mais pour l’instant, le gouvernement semble plus préoccupé par sa survie politique que par la résolution d’une crise qui touche directement des millions de ménages.

Vers une solution d’urgence ?

Dans ce contexte tendu, plusieurs pistes sont évoquées pour apporter un soulagement immédiat. Parmi elles, la mise en place de primes exceptionnelles pour les « gros rouleurs », c’est-à-dire les travailleurs des zones rurales et périurbaines qui dépendent de leur voiture pour se rendre à leur travail. Une mesure déjà existante, mais que certains jugent insuffisante au regard de l’ampleur des hausses de prix.

Une autre piste serait de renforcer les contrôles sur les marges des distributeurs de carburants, afin d’éviter les abus de position dominante. « Il faut que l’État joue son rôle de régulateur et empêche les stations-service de profiter de la situation pour augmenter leurs marges », a insisté un économiste interrogé par nos soins.

Enfin, certains appellent à une refonte complète de la fiscalité sur les carburants, avec une baisse ciblée des taxes pour les ménages les plus modestes. Une solution qui, si elle était mise en œuvre, pourrait apporter un soulagement immédiat, mais qui se heurte aux contraintes budgétaires de l’État.

Pour l’instant, le gouvernement reste silencieux sur ces pistes. Pourtant, avec une crise sociale qui risque de s’aggraver dans les semaines à venir, le temps presse.

Conclusion : une crise qui dépasse le simple cadre des carburants

La crise des carburants n’est qu’un symptôme d’un malaise plus profond dans la société française. L’incapacité des pouvoirs publics à protéger le pouvoir d’achat des ménages, la mainmise des grands groupes sur l’économie et l’absence de vision politique à long terme sont autant de facteurs qui alimentent la colère sociale. Dans ce contexte, les mesures ponctuelles, comme la libération des stocks stratégiques, ne suffiront pas à apaiser les tensions.

Pour sortir de cette impasse, il faudra sans doute une refonte complète des politiques publiques en matière d’énergie, de fiscalité et de redistribution. Mais avec un gouvernement en survie et une opposition divisée, le chemin s’annonce semé d’embûches.

En attendant, les Français continuent de payer le prix fort, littéralement. Et la colère gronde.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (8)

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B

BookWorm

il y a 6 minutes

Ce qui est intéressant, c’est que cette mesure reprend exactement ce qui avait échoué en 2017 avec l’épisode des Gilets Jaunes. On parlait déjà de 'pouvoir d’achat' et de 'justice fiscale'... et pourtant, rien n’a changé. Est-ce que cette fois sera la bonne ? Ou est-ce qu’on va encore se faire avoir ?

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I

Ironiste patenté 2022

il y a 24 minutes

Nooooon mais c’est du vol organisé en pleine lumière mdrrrr. Total qui fait des bénéfices en milliards et l’État qui nous donne des bonbons pour faire genre t’inquiète c’est presque gratuit ! ptdr

0
M

Mortimer

il y a 34 minutes

Sur 8.3 milliards de bénéfices, une baisse de 18 centimes représente 0.002% de leur marge. Macron et Lecornu parlent de 'justice sociale' avec des calculs de pharmacien.

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P

Poséidon

il y a 46 minutes

Encore une fois, on paie pour la transition écologique des riches. Les pauvres trinquent, les actionnaires rigolent. Et après on s’étonne que les Gilets Jaunes reviennent...

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E

Enlightenment

il y a 1 heure

Mouais. Le gouvernement dit 'on fait ce qu’on peut' mais en fait, ils préfèrent regarder Facebook pendant que Total se goinfre. 'Mesures cosmétiques' est un doux euphémisme.

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G

GrayMatter

il y a 1 heure

Comme d’hab. Les automobilistes sont pris en sandwich entre les lobbies pétroliers et l’incompétence politique. Résultat : des mesures cosmétiques qui apaisent les esprits 2 semaines, et puis pouf, retour à la case départ.

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C

Cynique bienveillant

il y a 1 heure

Le problème n'est pas seulement la baisse dérisoire, mais l'absence totale de vision structurelle. Depuis 2008, les gouvernements successifs jouent au yo-yo avec les taxes sur les carburants sans jamais s'attaquer aux vrais enjeux : la dépendance aux énergies fossiles et la transition écologique ratée. On en est où aujourd'hui ? Au même point.

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E

Erdeven

il y a 1 heure

Mais c’est quoi ce délire ??? 8.3 MILLIARDS de bénéfices et on nous sort des miettes de 12 centimes ???!! C’est une honte ou je rêve ??? Non mais sérieux les gars...

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