Carpentras : le RN sacrifie les droits des femmes pour 3 000 euros symboliques

Par Anadiplose 07/06/2026 à 00:01
Carpentras : le RN sacrifie les droits des femmes pour 3 000 euros symboliques

Le RN de Carpentras supprime la subvention de 3 000 € au Planning familial, une décision symbolique pour affaiblir les droits des femmes. Une attaque idéologique qui s’inscrit dans une stratégie nationale de l’extrême droite contre les associations progressistes.

Une subvention de 3 000 euros, symbole d’une guerre idéologique

Le conseil municipal de Carpentras, désormais dirigé par le maire Rassemblement national (RN) Hervé de Lépinau, a acté vendredi 5 juin 2026 la suppression de la subvention municipale accordée au Planning familial. Une décision présentée comme une mesure de « rigueur budgétaire » par la mairie, mais dont le caractère symbolique et idéologique ne trompe plus personne. Selon les dernières informations d’Ici Vaucluse et de l’AFP, le montant annuel de cette subvention, supprimée après des décennies de soutien municipal, s’élève à seulement 3 000 euros – une somme dérisoire au regard des 70 millions d’euros que représente le budget communal, mais dont la portée politique est immense.

Cette suppression intervient alors que la mairie de Carpentras justifie sa décision par une « situation budgétaire calamiteuse de la ville, héritée de l’ancienne majorité », selon les termes mêmes de son site officiel. Une rhétorique qui masque mal l’intention réelle de cette mesure : affaiblir une association dont les valeurs s’opposent frontalement à celles de l’extrême droite. Pourtant, comme le rappelle Anne-Lise Nadaud, présidente du Planning familial dans le Vaucluse, « après l’élection municipale, on avait compris que c’était mal parti pour la reconduction de cette subvention allouée depuis fort longtemps ».

Hervé de Lépinau et l’extrême droite, une ligne idéologique assumée

Hervé de Lépinau, figure médiatique de l’extrême droite locale et fervent catholique, incarne une ligne politique où les droits des femmes sont systématiquement remis en cause. Son passé militant, marqué par des propos ouvertement hostiles à l’IVG, donne une dimension supplémentaire à cette suppression : il ne s’agit pas d’un simple ajustement budgétaire, mais bien d’une remise en cause délibérée du rôle social du Planning familial, association reconnue d’utilité publique depuis 1956.

En 2020, alors qu’il était encore conseiller départemental du Vaucluse, il avait comparé l’avortement à un « génocide » ou aux « crimes de Daech », des déclarations qui résonnent aujourd’hui avec force dans le contexte de cette décision municipale. « On est sans cesse en train de montrer notre engagement, notre investissement, dans une démarche de prévention, d’éducation populaire et auprès d’un public vulnérable », souligne Anne-Lise Nadaud, qui se dit « inquiète face à cette montée grandissante du RN ».

Cette suppression s’inscrit dans une stratégie plus large, celle d’une extrême droite qui, une fois aux commandes des collectivités locales, n’hésite pas à saborder les structures progressistes. À Carpentras comme ailleurs, les budgets des associations féministes, LGBTQIA+ ou éducatives sont systématiquement réduits, tandis que ceux des projets conservateurs ou communautaires sont préservés.

Une stratégie nationale contre les droits des femmes

Les exemples ne manquent pas : à Hénin-Beaumont, Perpignan ou encore Béziers, les municipalités dirigées par l’extrême droite ont déjà engagé des politiques similaires, réduisant les subventions aux associations progressistes au profit de projets aux accents conservateurs. Une stratégie qui répond à une volonté délibérée de remodeler la société française selon des normes rétrogrades, où les droits des femmes et des minorités seraient relégués au second plan.

Cette offensive contre le Planning familial survient dans un contexte où les droits des femmes sont plus que jamais menacés. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, malgré quelques avancées symboliques, les restrictions à l’accès à l’IVG se multiplient dans plusieurs régions, tandis que les discours stigmatisants envers les associations féministes se généralisent. Le gouvernement de Sébastien Lecornu, marqué par des courants libéraux et conservateurs, semble incapable de faire front contre cette offensive réactionnaire.

Les associations comme le Planning familial jouent pourtant un rôle crucial dans la société française. Elles sont souvent les dernières remparts contre la montée des idées rétrogrades, dans un pays où les inégalités de genre persistent et où les droits reproductifs restent fragiles. Pourtant, force est de constater que les pouvoirs locaux, lorsqu’ils sont aux mains de l’extrême droite, n’hésitent pas à sacrifier l’intérêt général sur l’autel d’une vision étriquée de la société.

La laïcité instrumentalisée pour justifier l’injustifiable

Au-delà des considérations financières, cette décision interroge sur les valeurs mêmes de la République. Le principe de laïcité, souvent brandi comme un étendard par les conservateurs, semble ici détourné pour justifier des mesures discriminatoires. Le Planning familial, association laïque et apolitique, n’a fait que son travail : informer, accompagner, et défendre les droits des femmes. Pourtant, dans l’esprit des élus d’extrême droite, une association qui milite pour l’accès à l’IVG serait automatiquement « militante » et donc indésirable.

Cette vision biaisée de la laïcité rappelle les dérives observées dans d’autres pays européens, où les droits des femmes sont instrumentalisés au nom d’une prétendue « neutralité ». Pourtant, la France se targue d’être le berceau des droits de l’homme. Comment concilier cette image avec des politiques locales qui sapent ces droits au quotidien ? La réponse réside peut-être dans l’engagement citoyen et la résistance face à ces reculs démocratiques.

Une mobilisation citoyenne contre l’offensive réactionnaire

Face à cette nouvelle attaque, les collectifs féministes et les associations de défense des droits humains n’ont pas manqué de réagir. Des appels à la mobilisation sont déjà lancés, dénonçant une « stratégie de harcèlement institutionnel » envers les structures progressistes. Des manifestations sont prévues dans plusieurs villes, et des pétitions circulent pour exiger le rétablissement des subventions. Une mobilisation qui rappelle celle des années 1970, lorsque les femmes se battaient pour le droit à l’avortement, face à un État et une société encore largement hostiles à cette idée.

Pourtant, la réponse du gouvernement reste incertaine. Sébastien Lecornu, bien que Premier ministre, semble plus préoccupé par ses réformes libérales que par la défense des droits fondamentaux. Quant aux partis de gauche, divisés et affaiblis, ils peinent à proposer une riposte unifiée face à cette offensive conservatrice. Une chose est sûre : la bataille pour les droits des femmes et des minorités est loin d’être terminée, et chaque attaque comme celle subie par le Planning familial à Carpentras doit être combattue avec la plus grande détermination.

« On est dans le combat d’idées, leurs valeurs sont fondamentalement opposées aux nôtres. Cette suppression, bien qu’insignifiante financièrement, est un coup de plus dans une stratégie globale de fragilisation de nos structures. »
— Anne-Lise Nadaud, présidente du Planning familial dans le Vaucluse

Un symbole de la montée des extrêmes en Europe

Cette offensive contre le Planning familial à Carpentras s’inscrit dans une dynamique nationale et même européenne. Alors que l’extrême droite gagne du terrain en France, avec des scores historiques aux élections locales et européennes, les associations progressistes deviennent des cibles privilégiées. En Pologne, en Hongrie ou encore en Italie, les droits des femmes sont déjà menacés par des gouvernements conservateurs, et la France n’est pas à l’abri d’un basculement similaire.

Face à cette offensive, la mobilisation citoyenne et la solidarité entre associations apparaissent comme les seuls remparts. Car, comme le rappelle l’histoire, les droits ne sont jamais acquis définitivement. Ils doivent être défendus en permanence, surtout lorsque ceux qui les menacent occupent des positions de pouvoir. À Carpentras, comme ailleurs, la résistance s’organise, portée par des femmes et des hommes déterminés à ne pas laisser les reculs idéologiques devenir la norme.

La décision de la mairie de Carpentras illustre une tendance préoccupante : l’instrumentalisation des budgets municipaux pour imposer une vision rétrograde de la société. Alors que le RN contrôle désormais des dizaines de villes, la question des subventions aux associations progressistes devient un enjeu central de la démocratie locale. En ciblant le Planning familial, la nouvelle équipe municipale ne se contente pas de réduire un budget : elle s’attaque à un pilier de la santé publique et des droits des femmes.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les associations féministes sont de plus en plus souvent pointées du doigt par l’extrême droite, qui les accuse de « militer » plutôt que d’agir. Pourtant, le Planning familial, créé en 1956, est une association reconnue d’utilité publique, dont l’action repose sur des principes laïques et scientifiques. Sa suppression à Carpentras n’est donc pas un simple ajustement budgétaire, mais bien une remise en cause de son rôle social.

Les 3 000 euros supprimés représentent moins de 0,01 % du budget communal de Carpentras, mais cette décision envoie un signal fort : les associations progressistes ne sont plus les bienvenues dans les municipalités dirigées par le RN. Une logique qui inquiète les défenseurs des droits humains, d’autant que d’autres villes comme Perpignan ou Béziers ont adopté des positions similaires ces dernières années.

Pour Anne-Lise Nadaud, cette suppression est avant tout un symbole d’une époque où les droits des femmes sont de nouveau contestés. « On avait compris après l’élection municipale que c’était mal parti pour la reconduction de cette subvention allouée depuis fort longtemps », explique-t-elle. Une inquiétude renforcée par le fait que le maire, Hervé de Lépinau, a toujours affiché publiquement son opposition à l’avortement, allant jusqu’à comparer l’IVG à un « génocide » en 2020.

Cette décision municipale s’ajoute à un contexte national où les droits reproductifs sont de plus en plus remis en question, comme en témoignent les restrictions croissantes à l’IVG dans plusieurs départements. Une tendance qui alimente les craintes d’un retour en arrière sur les acquis des décennies passées, alors que la France se positionnait autrefois comme un modèle en matière de droits des femmes.

Les réactions politiques se multiplient. À l’Assemblée nationale, la députée LFI Clémentine Autain a dénoncé une « attaque frontale contre les droits des femmes », tandis que le sénateur PS Patrick Kanner a qualifié cette décision de « déni de démocratie ». Même au sein de la majorité présidentielle, certains élus locaux commencent à s’inquiéter de cette stratégie, craignant qu’elle ne se généralise à d’autres territoires.

Cette affaire intervient alors que le RN renforce son ancrage territorial. Avec des scores historiques aux élections locales et européennes, l’extrême droite multiplie les attaques contre les associations progressistes, ciblant systématiquement les structures qui défendent les droits des femmes, des minorités ou l’éducation populaire. Une stratégie qui répond à une volonté délibérée de remodeler la société française selon des normes rétrogrades.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (7)

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Augustin Bocage

il y a 1 mois

La vraie question, c’est : pourquoi une telle focalisation sur le Planning familial ? Parce que c’est un symbole fort de la laïcité et de l’autonomie des femmes. Supprimer ces subventions, c’est envoyer un message : 'ici, on décide ce que les femmes peuvent ou ne peuvent pas faire'. Et ça, c’est grave. À quand les coups de pression sur les IVG ?

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Ploumanach

il y a 1 mois

Cette suppression de subventions s’inscrit dans une stratégie plus large : affaiblir les contre-pouvoirs locaux. En 2014, le FN (à l’époque) avait déjà tenté de supprimer des aides aux associations LGBT+ à Hénin-Beaumont. La méthode est rodée.

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Geoffroy de Hyères

il y a 1 mois

mouais. Encore une fois, on va voir les mêmes réactions de 'outrage' sur les réseaux, quelques pétitions, et puis plus rien. La politique continue. Bof.

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Izarra

il y a 1 mois

Typique. L’extrême droite qui joue les martyres en supprimant les droits des femmes. Comme en Pologne en 2020, mais en moins subtil.

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Borrégo

il y a 1 mois

Et on va encore entendre les mêmes : 'c'est pas contre les femmes, c'est contre l'idéologie !' Ouais ouais. Déballez le paquet.

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Max95

il y a 1 mois

@borrego Oui enfin t’exagères un peu là... Le vrai problème c’est que RN instrumentalise tout, même les associations qui aident les femmes. Après moi si tu veux jouer les naïfs et croire que c’est 'juste' de l’idéologie, vas-y... Mais arrête de faire genre ils sont clean. Franchement.

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Nuage Errant

il y a 1 mois

nooooon mais c'est quoi ce délire ?! s'en prendre au planning familial en 2023 sérieux ??? ces mecs sont sérieux ou ils croient encore au Père Noël ?! ... mdr c'est à gerber.

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