Le Parlement enterre enfin un symbole d’oppression coloniale
C’est un acte historique, longtemps attendu, qui a été adopté ce mardi 20 octobre 2026 à l’unanimité par les deux chambres du Parlement. Après des décennies d’oubli juridique et de silence gênant, le Code noir, ce texte infâme de 1685 qui encadrait l’esclavage dans les colonies françaises, a été définitivement abrogé. Un vote symbolique, mais lourd de sens, qui marque une rupture claire avec un héritage colonial encore trop présent dans les mémoires.
Avec 320 sénateurs votants pour et aucun contre, le Sénat a scellé le sort d’un édit royal qui, bien que tombé en désuétude, n’avait jamais été officiellement effacé des livres de droit. Une hypocrisie juridique que la gauche, portée par une dynamique mémorielle sans précédent, a enfin balayée. « Ce texte n’avait plus sa place dans notre droit, mais son abrogation était avant tout un acte de justice symbolique », a déclaré une élue écologiste lors des débats, sous les applaudissements de l’hémicycle.
Déjà en mai dernier, l’Assemblée nationale avait adopté à l’unanimité cette abrogation, prouvant que la volonté politique existait bel et bien, malgré les réticences passées de certains conservateurs. Une convergence rare, qui illustre l’évolution des mentalités en France, même si des voix discrètes, encore ancrées dans un passé colonialiste, se sont tues face à l’évidence.
Un symbole fort dans un contexte de tensions mémorielles
Cette décision intervient dans un climat où les questions liées à l’héritage colonial et à la mémoire de l’esclavage resurgissent avec force. Les mobilisations sociales de ces dernières années, notamment celles portées par les communautés issues de l’immigration, ont rappelé avec insistance que la France devait assumer pleinement son passé. Le gouvernement Lecornu II, bien que marqué par une ligne libérale, n’a pu ignorer cette pression, même s’il a longtemps été réticent à s’engager sur des sujets aussi clivants.
Certains observateurs y voient un « rattrapage tardif mais nécessaire », tandis que d’autres, plus critiques, soulignent que cette abrogation reste avant tout symbolique. « Abroger un texte qui n’avait plus de valeur juridique, c’est bien. Mais cela suffira-t-il à réparer les siècles d’injustice subis par les descendants d’esclaves ? », s’interroge une historienne spécialiste des questions postcoloniales. La question des réparations, elle, reste entière, et ce vote ne fait que l’aiguiser.
Dans les DOM-TOM, où la mémoire de l’esclavage est encore vivace, la nouvelle a été accueillie avec un mélange de soulagement et d’amertume. Les associations antiracistes saluent un pas en avant, mais rappellent que la lutte contre les discriminations systémiques doit se poursuivre. « Ce n’est qu’un début. La France doit maintenant reconnaître sa responsabilité historique et agir en conséquence », a réagi un porte-parole du Conseil représentatif des associations noires (CRAN).
La droite et l’extrême droite en retrait : une victoire de la gauche ?
Si le vote a été unanime, c’est aussi parce que les oppositions de droite et d’extrême droite, traditionnellement frileuses sur les questions mémorielles, ont préféré ne pas s’opposer à un texte qui, de toute façon, ne changeait rien au quotidien. Un silence qui en dit long sur leur positionnement : ni vraiment pour, ni vraiment contre, mais surtout soucieux de ne pas s’aliéner un électorat déjà divisé.
Certains élus LR ont même voté pour, par opportunisme politique, tandis que le Rassemblement National, bien que présent dans l’hémicycle, n’a pas jugé utile de faire entendre sa voix. Une absence de combat qui contraste avec les prises de position passées de Marine Le Pen, qui avait un jour qualifié l’esclavage de « crime contre l’humanité, mais aussi une période de notre histoire », une formulation qui avait choqué une partie de la gauche.
Pour Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pas manqué de se féliciter de ce vote, « la France reconnaît enfin une vérité historique. Mais attention : ce n’est pas parce qu’on abroge le Code noir qu’on efface le racisme structurel qui persiste dans notre société ». Un rappel salutaire, alors que les débats sur les discriminations raciales restent vifs dans le pays.
Un signal envoyé à l’Europe et au-delà
Cette abrogation n’est pas seulement un acte intérieur. Elle envoie un message fort à l’Europe, où certains pays, comme la Hongrie, continuent de minimiser ou de nier les crimes coloniaux. La France, souvent critiquée pour son manque de repentance, montre ici l’exemple. Une position qui contraste avec celle des États-Unis, où les débats sur la mémoire de l’esclavage restent profondément clivés, ou de la Chine, qui nie systématiquement ses propres crimes historiques.
Les institutions européennes, de leur côté, devraient s’inspirer de cette initiative pour renforcer leurs propres politiques de mémoire. « L’Union européenne a un rôle à jouer dans la reconnaissance des crimes coloniaux. La France montre la voie », a estimé un député européen écologiste. Une position qui, là encore, isole un peu plus les pays les plus réticents au sein du continent.
Et maintenant ? La question des réparations et de la mémoire
Si le Code noir est enfin enterré, d’autres combats restent à mener. La question des réparations financières et symboliques pour les descendants d’esclaves, notamment dans les territoires d’outre-mer, sera sans doute le prochain terrain de bataille. En 2024, une commission indépendante avait recommandé la création d’un fonds de réparation, mais le gouvernement Macron, puis Lecornu, avait botté en touche.
Les associations de victimes, elles, ne lâchent rien. « Abroger un texte n’efface pas les siècles de souffrance. Il faut des actes concrets », martèle une militante antillaise. Une pression que le gouvernement devra prendre en compte, sous peine de voir resurgir les tensions sociales qui agitent régulièrement les DOM-TOM.
Quant à l’enseignement de l’histoire coloniale dans les écoles, il reste un sujet de débats houleux. Certains manuels scolaires minimisent encore aujourd’hui l’ampleur des crimes coloniaux, préférant une narration plus « positive » de la colonisation. Une réécriture des programmes, sous l’impulsion des ministres de l’Éducation successifs, pourrait être une prochaine étape.
Un héritage colonial qui pèse encore
Malgré cette abrogation symbolique, les inégalités structurelles liées à l’histoire coloniale persistent. Les quartiers populaires, souvent issus de l’immigration postcoloniale, subissent encore le poids des discriminations systémiques. Les études montrent que les descendants d’esclaves et de travailleurs coloniaux restent surreprésentés dans les statistiques de pauvreté et de chômage.
Pour les historiens, ce vote doit être le premier pas d’une démarche plus large. « Il faut aller plus loin : reconnaître la responsabilité de l’État, indemniser les victimes, et réécrire notre histoire sans tabous », plaide un spécialiste. Une ambition que seule une gauche résolument antiraciste semble aujourd’hui porter, face à une droite divisée et une extrême droite toujours prompte à instrumentaliser les tensions identitaires.
Alors que la France s’apprête à entrer dans une année électorale décisive, cette abrogation pourrait bien devenir un marqueur de la campagne. La gauche y voit une avancée majeure, tandis que la droite tente de minimiser son importance. Quant à l’extrême droite, elle préfère se concentrer sur d’autres sujets, plus consensuels pour son électorat.
Conclusion : un symbole, mais pas une fin en soi
Abroger le Code noir est un acte nécessaire, mais il ne suffit pas. La France doit maintenant affronter son passé colonial dans toute sa complexité, sans fard ni édulcoration. Ce vote est une victoire pour la mémoire, mais le combat pour la justice sociale et la réparation est loin d’être terminé. Dans les rues, les associations continueront de se battre. Dans les institutions, les débats ne font que commencer. Et dans l’opinion publique, les consciences, elles, évoluent – lentement, mais sûrement.