Une réforme ambitieuse pour les collèges, mais au prix de quels sacrifices ?
Alors que le gouvernement Lecornu II multiplie les annonces pour redorer le blason d’un système éducatif en crise, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a dévoilé ce jeudi 2 avril 2026 la création d’un concours général des collèges, inspiré du prestigieux concours général des lycées. Une mesure présentée comme une « valorisation des talents » mais qui interroge sur son véritable objectif : stimuler l’excellence ou creuser les inégalités dès le plus jeune âge ?
Chaque établissement scolaire pourra désormais inscrire jusqu’à 10 % de ses élèves en troisième dans l’une des cinq disciplines proposées : français, mathématiques, histoire-géographie, arts ou numérique-codage. Les épreuves, prévues pour janvier et février 2027, s’ajouteront à un calendrier déjà chargé, alors que le diplôme national du brevet (DNB) subit une réforme radicale.
Un concours calqué sur le modèle élitiste des lycées, mais pour quel public ?
Le concours général des lycées, créé en 1744, reste un symbole d’excellence académique, mais aussi d’un certain élitisme républicain. En l’étendant aux collèges, le gouvernement mise sur la création d’une émulation, comme l’a souligné Geffray : « Il faut donner un horizon aux élèves les plus à l’aise et qui ont envie d’être nourris. » Une déclaration qui laisse planer un doute : cette réforme vise-t-elle vraiment à redonner du sens à l’école ou à favoriser une compétition précoce, alors que les inégalités sociales pèsent déjà lourd sur la réussite scolaire ?
Les critiques ne manquent pas. « On risque de stigmatiser les élèves en difficulté, en leur rappelant qu’ils ne sont pas dans le bon groupe, » s’inquiète une enseignante de Seine-Saint-Denis, où les collèges concentrent des défis éducatifs majeurs. Pourtant, le ministre assume : « Un examen, ça se prépare. » Une phrase qui sonne comme un avertissement pour les futurs lycéens, alors que le brevet 2026 voit ses règles durcies.
Brevet 2026 : un examen plus exigeant, des résultats en chute libre
Le gouvernement Lecornu II a en effet décidé de revoir en profondeur les modalités d’obtention du DNB. À partir de la session 2026, l’examen comptera désormais pour 60 % de la note finale (contre 50 % auparavant), tandis que le contrôle continu intégrera les notes de troisième, et non plus une évaluation globale du socle commun sur les trois années du cycle 4 (cinquième, quatrième, troisième).
Conséquence immédiate : « On aura peut-être 75 % de réussite au brevet, mais avec beaucoup moins de mentions », a prévenu Geffray. Une baisse attendue qui s’explique aussi par l’objectif affiché : mieux préparer les élèves à l’entrée au lycée. « On ne peut pas les induire en erreur sur leur niveau, souligne-t-il. Leur dire la vérité va leur permettre de prendre conscience des efforts à fournir en seconde. » Une logique qui, pour ses détracteurs, relève d’une forme de darwinisme scolaire : ceux qui réussiront seront ceux qui auront déjà les meilleures cartes en main.
Pourtant, le ministre insiste sur la nécessité de « rappeler que l’école est un lieu d’exigence ». Une rhétorique qui contraste avec les 800 collèges en grande difficulté, où plus de 40 % des élèves obtiennent moins de 8/20 en français et mathématiques au brevet. Dans ces établissements, souvent situés dans des zones défavorisées, les moyens supplémentaires annoncés semblent bien timides face à l’ampleur des besoins.
Des moyens ciblés, mais suffisants ?
Geffray a confirmé que « les travaux ont commencé » dans ces collèges prioritaires, où un accompagnement renforcé sera mis en place dès la rentrée 2026. Après une phase de diagnostic au premier trimestre, les établissements concernés devront identifier les « leviers prioritaires » pour relever le niveau des élèves les plus fragiles. Une démarche louable, mais qui interroge sur sa mise en œuvre concrète.
« C’est beaucoup plus long, plus dur », confie un principal de collège REP+ à Marseille, où les effectifs réduits et le manque de professeurs spécialisés restent des obstacles majeurs. Pourtant, le gouvernement mise sur cette réforme pour « créer une dynamique » et éviter que l’école ne devienne un ascenseur social à l’envers.
Dans ce contexte, la création du concours général des collèges apparaît comme une pirouette politique plus qu’une véritable révolution pédagogique. Alors que les syndicats dénoncent un « affaiblissement du collège unique », le gouvernement joue la carte de la performance, quitte à sacrifier une partie de la cohésion sociale.
L’école sous tension : entre excellence affichée et réalités sociales
Cette réforme s’inscrit dans une série de mesures qui, depuis deux ans, visent à « réarmer l’école républicaine ». Pourtant, les résultats sont loin d’être à la hauteur des ambitions. Les classements internationaux, comme celui de l’OCDE, placent la France dans le bas du classement en mathématiques et compréhension de l’écrit. Une situation que le gouvernement attribue aux « méthodes pédagogiques inefficaces » des années passées, sans toujours proposer de solutions concrètes.
Pour les partisans de cette nouvelle approche, le concours général des collèges est une opportunité : « Enfin une mesure qui valorise les élèves brillants et les motive à donner le meilleur d’eux-mêmes, » estime un parent d’élève parisien. Mais pour les opposants, c’est une déviation dangereuse vers un système à deux vitesses, où seuls les établissements favorisés pourront tirer leur épingle du jeu.
Une chose est sûre : avec cette réforme, le gouvernement Lecornu II met les collèges sous les projecteurs. Reste à savoir si cette lumière sera celle de l’espoir ou celle des projecteurs d’une école en crise.
Le brevet 2026, un test grandeur nature pour l’éducation nationale
Alors que les inscriptions pour le concours général des collèges ouvriront à l’automne 2026, les élèves, les enseignants et les parents devront se préparer à un double choc : un examen plus difficile et une compétition accrue dès le collège. Une stratégie risquée, alors que les inégalités territoriales et sociales continuent de peser sur la réussite des jeunes Français.
« L’école doit être un lieu d’égalité, pas un terrain de compétition », rappelle une association de défense des droits à l’éducation. Une phrase qui résume les attentes d’une partie de la société civile, alors que le gouvernement semble privilégier une logique de performance à court terme.
Dans les salles de classe, les professeurs devront désormais jongler entre l’accompagnement des élèves en difficulté et la préparation des futurs « lauréats » du concours général. Une équation complexe, dans un système éducatif déjà sous tension.
Et demain ? Vers une école à plusieurs vitesses ?
Avec cette réforme, le gouvernement Lecornu II envoie un signal fort : l’excellence est une priorité. Mais à quel prix ? Celui d’une école plus segmentée, où les élèves les moins favorisés risquent de se sentir exclus d’un système qui ne leur laisse plus leur chance. Une question qui dépasse largement le cadre de l’éducation nationale : elle touche à l’avenir même de la République et de ses valeurs.
Alors que les débats sur l’école occupent une place centrale dans l’agenda politique, une chose est certaine : le concours général des collèges ne laissera personne indifférent.