La France à la croisée des chemins énergétiques avant 2027
Alors que la COP31 s’ouvre aujourd’hui en Turquie, un constat s’impose : la France, souvent citée en exemple pour sa production électrique décarbonée, reste prisonnière de sa dépendance aux énergies fossiles. Gaz, pétrole et fioul rythment encore le quotidien des Français, que ce soit pour se chauffer, se déplacer ou faire fonctionner les usines. Pourtant, l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 exige une rupture radicale avec ce modèle. Un paradoxe rarement évoqué dans les débats politiques, alors que le prochain quinquennat sera décisif pour notre avenir énergétique.
La Conférence des Parties, qui se tient à Antalya jusqu’au 20 novembre, pourrait pourtant offrir une tribune idéale pour lancer ce débat. Sous la présidence turque, l’accent sera mis sur l’électrification, avec l’ambition d’augmenter de 15 points d’ici 2035 la part de l’électricité dans la consommation énergétique mondiale. Une priorité que la France, elle-même, a intégrée dans sa troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), adoptée en février 2026. Objectif affiché : porter la part de l’électricité de 27 % en 2023 à 38 % en 2035, tout en réduisant celle des fossiles de 58 % à 29 %.
Des choix politiques lourds de conséquences
Derrière ces chiffres se cachent des décisions lourdes. Rénover des millions de logements, électrifier les transports, transformer l’industrie : tout cela nécessite des politiques publiques ambitieuses, des investissements colossaux et une vision claire pour les décennies à venir. Pourtant, la PPE3 a été conçue pour être révisée en 2027, offrant au futur président ou à la future présidente de facto un pouvoir décisionnel sans précédent sur l’énergie française. Un enjeu géopolitique, économique et industriel qui mérite un débat national, et non une simple note de bas de page des campagnes présidentielles.
Pourtant, force est de constater que la question énergétique reste le parent pauvre des débats politiques. Alors que l’urgence climatique ne faiblit pas, les partis peinent à proposer des solutions concrètes, préférant souvent s’en tenir à des slogans ou à des promesses électorales creuses. À moins de trois ans de l’élection, le flou persiste : qui, parmi les candidats déclarés ou potentiels, saura proposer une feuille de route crédible pour sortir la France de sa dépendance aux fossiles ?
L’électrification, une révolution en marche ?
La PPE3 trace pourtant une voie. D’ici 2035, il faudra remplacer les chaudières au gaz et au fioul, bannir les véhicules thermiques, décarboner les procédés industriels. Autant de défis qui nécessitent une planification rigoureuse et des financements massifs. Le décret de la PPE3 prévoit d’ailleurs une révision simplifiée en 2027, permettant d’ajuster le développement des énergies renouvelables en fonction de l’évolution de la demande et des capacités décarbonées. Une souplesse qui, en réalité, place le futur locataire de l’Élysée au cœur du jeu.
Mais cette transition ne se fera pas sans heurt. Les lobbies des énergies fossiles continueront de peser, tandis que les ménages modestes craindront les coûts des rénovations. Déjà, les associations alerte sur le risque de fractures sociales, avec des ménages incapables de financer l’installation de pompes à chaleur ou de panneaux solaires. Pourtant, sans électrification massive, la France ne pourra pas atteindre ses objectifs climatiques.
« L’énergie est le socle de notre souveraineté. Pourtant, nous naviguons à vue, sans véritable stratégie nationale », déplore un expert en transition énergétique sous couvert d’anonymat.
L’Union européenne, elle, avance à grands pas. Avec le pacte vert et ses objectifs de réduction des émissions, Bruxelles pousse les États membres à accélérer leur transition. La France, souvent en pointe sur le solaire ou l’éolien, risque pourtant de se faire distancer si elle ne relève pas le défi de l’électrification. Pire, certains pays comme l’Allemagne ou les pays nordiques montrent l’exemple en matière de chauffage urbain décarboné ou de mobilité électrique.
Un débat escamoté par les divisions politiques
Le paysage politique français, lui, est plus que jamais divisé. À gauche, les écologistes réclament une rupture radicale avec les énergies fossiles, tandis que la droite modérée prône une transition « réaliste », sans remettre en cause les équilibres économiques. Quant à l’extrême droite, elle instrumentalise la question énergétique, entre rejet de l’écologie punitive et nostalgie des énergies traditionnelles.
Pourtant, le prochain quinquennat devra trancher des choix difficiles. Faut-il accélérer le nucléaire, comme le proposent une partie de la majorité et certains de ses adversaires ? Faut-il miser massivement sur les renouvelables, malgré leurs intermittences ? Comment financer cette transition sans alourdir la dette ou les factures des ménages ?
La COP31, en mettant l’électrification à l’honneur, offre une occasion unique de poser ces questions. Mais encore faut-il que les candidats à la présidentielle s’en saisissent. Pour l’instant, le silence est assourdissant.
La Turquie, un partenaire peu recommandable
Ironie de l’histoire : c’est sous l’égide d’un pays comme la Turquie, souvent critiqué pour son autoritarisme et ses positions ambiguës sur les droits humains, que se tiendra cette COP. Ankara, qui a fait de l’électrification une priorité, incarne pourtant un modèle énergétique peu compatible avec les valeurs européennes. Un paradoxe qui en dit long sur les alliances fragiles de la diplomatie climatique.
Alors que la France affiche sa détermination à jouer un rôle clé dans la lutte contre le réchauffement, son absence de vision claire pour l’après-2027 interroge. Entre les promesses non tenues, les retards accumulés et les divisions politiques, le compte à rebours est lancé.
La COP31 pourrait être le coup d’envoi d’un débat salutaire. À condition que les responsables politiques daignent enfin y répondre.