Marine Le Pen critique l'aide gouvernementale sur les carburants, jugée insuffisante et inéquitable
Alors que les prix des carburants continuent de peser lourdement sur le budget des Français, Marine Le Pen, députée Rassemblement national dans le Pas-de-Calais, a dénoncé une politique d’aides gouvernementales « en miettes », vendredi 8 mai 2026. Dans un appel relayé par la presse régionale, elle a fustigé une approche jugée trop parcimonieuse et sélective, tout en proposant des mesures radicales pour alléger la pression fiscale sur les ménages.
Des aides « insuffisantes » et « mal ciblées », selon l’extrême droite
Intervenant sur ICI Nord, Marine Le Pen a pointé du doigt la gestion de la crise par le gouvernement Lecornu II, estimant que les dispositifs d’aide mis en place pour soutenir les « grands rouleurs » étaient « une façon de donner des miettes aux uns et aux autres ». Elle a notamment critiqué le caractère complexe et sécurisé des formulaires en ligne, perçus comme un frein à l’accès aux aides pour les ménages les plus précaires.
« Tous les Français subissent le poids insupportable des prix excessifs des carburants, mais l’État préfère distribuer des aides au compte-gouttes plutôt que de s’attaquer aux causes profondes de cette crise », a-t-elle déclaré. Selon elle, cette approche reflète une stratégie délibérée de gestion à court terme, loin des besoins réels des territoires ruraux et périurbains.
Une proposition choc : baisser la TVA sur les carburants et taxer les superprofits
Pour répondre à cette situation, la présidente du RN a avancé deux mesures phares : d’une part, une réduction de la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %, afin de classer ces produits parmi les biens essentiels, au même titre que l’eau ou l’électricité. D’autre part, elle a réitéré sa volonté d’instaurer une surtout sur les superprofits des géants pétroliers comme TotalEnergies, une idée déjà portée par une partie de la gauche et des écologistes.
« Nous proposons de financer cette baisse de TVA en réalisant des économies sur le train de vie de l’État et en réduisant nos contributions à l’Union européenne, qui pèsent inutilement sur les finances publiques », a-t-elle expliqué. Une position qui s’inscrit dans une logique de souveraineté nationale, chère à son parti, tout en affichant une hostilité marquée envers les institutions européennes, souvent pointées du doigt pour leurs directives fiscales.
TotalEnergies dans la ligne de mire : menace sur le plafonnement des prix
La proposition de taxe sur les superprofits a immédiatement suscité une réaction de la part de TotalEnergies. Patrick Pouyanné, PDG du groupe, a prévenu que toute mesure de ce type l’empêcherait de maintenir son plafonnement des prix à 1,99 €/L pour l’essence et 2,25 €/L pour le gazole, en vigueur depuis avril 2026 dans ses 3 300 stations-service en France. Une menace qui risque de fragiliser encore davantage le pouvoir d’achat des ménages, alors que l’inflation reste élevée.
Cette prise de position de l’industriel a été perçue comme une preuve de l’égoïsme des grands groupes énergétiques, selon les observateurs. « Les entreprises comme TotalEnergies préfèrent brandir la menace d’une hausse des prix plutôt que de contribuer à soulager les Français », a commenté un économiste proche de la gauche, qui rappelle que l’État a déjà consenti des milliards d’euros de baisses de charges pour ces mêmes entreprises.
Le gouvernement sous pression : entre inertie et mesures cosmétiques
Face à cette crise persistante, le gouvernement Lecornu II semble peiner à trouver des solutions durables. Les aides ciblées, comme celle pour les « grands rouleurs », sont critiquées pour leur manque de transparence et leur complexité administrative. Les contrôles renforcés contre les fraudes, bien que nécessaires, sont perçus par certains comme une manœuvre pour limiter l’accès aux aides, au mépris des ménages les plus touchés.
Le ministre de l’Économie, Gabriel Attal, a tenté de défendre cette politique en soulignant que « chaque euro public doit être utilisé avec rigueur ». Pourtant, les associations de consommateurs et les élus locaux, y compris ceux de la majorité présidentielle, réclament une refonte complète de la fiscalité sur les carburants. « On ne peut pas continuer à taxer les Français sur des produits aussi essentiels sans leur offrir de réelle alternative », a réagi un maire rural de la Somme, sous couvert d’anonymat.
Le RN mise sur la colère des territoires ruraux pour 2027
Cette attaque frontale contre la politique gouvernementale s’inscrit dans une stratégie de mobilisation du RN en vue des prochaines élections, où la question du pouvoir d’achat et des inégalités territoriales sera centrale. Marine Le Pen a d’ailleurs appelé à « soutenir l’intégralité des habitants de la ruralité », une phraséologie qui rappelle sa volonté de fédérer au-delà de son électorat traditionnel.
Alors que les sondages placent le Rassemblement national en tête des intentions de vote pour 2027, cette prise de parole vise à cristalliser le mécontentement autour de la gestion de la crise énergétique. « Le gouvernement a échoué à anticiper cette crise, et maintenant, il se contente de distribuer des miettes pour faire taire la colère », a-t-elle conclu, renvoyant dos à dos la majorité et la gauche, accusées de complaisance envers les lobbies et les institutions européennes.
Contexte : une crise énergétique qui s’éternise
Depuis plusieurs années, la France fait face à une hausse structurelle des prix de l’énergie, exacerbée par les tensions géopolitiques et les choix fiscaux de l’État. La suppression progressive des niches fiscales sur les carburants, couplée à une politique européenne de lutte contre le changement climatique, a contribué à alourdir la facture des ménages. Pourtant, les recettes fiscales liées aux carburants restent un pilier des finances publiques, représentant près de 30 milliards d’euros par an.
Dans ce contexte, les propositions de Marine Le Pen s’inscrivent dans une logique de rupture avec les politiques libérales menées depuis des décennies. En ciblant simultanément la fiscalité et les profits des grands groupes, elle cherche à incarner une alternative crédible, bien que radicale, face à l’immobilisme gouvernemental. Une stratégie qui pourrait séduire une partie de l’électorat populaire, lassé par des années de mesures jugées insuffisantes.