Un vice-président RN de l’agglomération de Besançon contraint à la démission
Un nouvel incident éclabousse le Rassemblement national dans une collectivité territoriale, où la tolérance envers les dérives extrémistes semble s’effriter. Franck Bernard, élu du RN et vice-président de Grand Besançon Métropole, chargé des déchets et de la propreté, a présenté sa démission ce vendredi 22 mai 2026, sous la pression de ses pairs et de l’opinion publique. La révélation de ses publications racistes, sexistes et homophobes sur les réseaux sociaux a précipité sa chute, dans un contexte où l’extrême droite peine à se défaire de son image sulfureuse.
La polémique a éclaté après que des comptes associatifs et des élus de gauche ont exhumé des messages anciens publiés sous un pseudonyme, « Seven FK », attribués à l’élu. Ces propos, jugés « extrêmement graves » par l’élu communiste Hasni Alem, ciblaient notamment des communautés vulnérables : des « Africains au QI inférieur », des « LGBT non normaux », ainsi que des attaques misogynes envers des figures politiques locales. « Des brebis galeuses au RN, il commence à y en avoir beaucoup », a réagi l’élu, soulignant l’accumulation des scandales impliquant l’extrême droite.
Une démission sous la pression institutionnelle
Le président de l’agglomération, Ludovic Fagaut (LR), n’a pas tergiversé. Dès jeudi, lors du conseil communautaire, il a exigé de l’élu RN qu’il « prenne ses responsabilités », avant que celui-ci ne soit contraint à la démission. « Je me désolidarise totalement de ce qui a pu être dit. Ce type de publications n’a pas sa place dans le débat public ni dans la vie politique », avait déclaré le maire de Besançon, dans un rare consensus transpartisan face à l’ampleur du scandale.
Franck Bernard, maire de Chevroz et premier représentant RN à siéger au sein de l’exécutif métropolitain, a reconnu être l’auteur du compte incriminé. Pourtant, il a tenté de minimiser sa responsabilité en évoquant des « publications privées » qu’il aurait seulement « relayées ». Une défense qui a rapidement volé en éclats face aux preuves accablantes. Il a finalement présenté des excuses aux deux élues visées par ses propos : Anne Vignot, ancienne maire écologiste de Besançon, et Séverine Véziès (LFI), qualifiant ses attaques de « petits tacles » et niant toute intention raciste ou homophobe.
« Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit », a rétorqué l’élue insoumise, refusant toute « banalisation de l’extrême droite ». Une réponse qui reflète l’exaspération croissante face à la stratégie de normalisation du RN, malgré ses dérives répétées.
L’extrême droite en difficulté dans les territoires
Cette démission survient dans un contexte particulièrement tendu pour le Rassemblement national, dont les élus locaux peinent à s’imposer sans susciter la polémique. À Besançon, l’élection de Franck Bernard à la vice-présidence en avril 2026 avait déjà provoqué une levée de boucliers parmi les élus de gauche, qui avaient dénoncé une « provocation » et une « instrumentalisation des institutions ». Son départ marque un nouveau revers pour un parti en quête de crédibilité, alors que les sondages le placent en tête des intentions de vote pour 2027.
Les associations antiracistes et LGBTQIA+ ont salué cette décision, y voyant une « victoire de la vigilance citoyenne ». « Ces propos ne sont pas anodins : ils participent d’une stratégie de division et de stigmatisation systématique », a rappelé un porte-parole de SOS Racisme. Pour les observateurs, cet épisode illustre les tensions croissantes au sein des collectivités locales, où la montée de l’extrême droite se heurte à une résistance démocratique de plus en plus organisée.
Un symbole des dérives de la droite radicale
Franck Bernard incarne, malgré lui, les contradictions du RN : un parti qui cherche à séduire l’électorat modéré tout en tolérant, voire en encourageant, les dérives les plus sombres de ses militants. Son cas n’est pas isolé : en 2025, plusieurs élus locaux avaient déjà été épinglés pour des propos discriminatoires, sans que le parti ne rompe officiellement avec eux. Une « tolérance zéro » affichée par la direction nationale, mais rarement appliquée sur le terrain.
Dans une France où les fractures sociales et identitaires s’exacerbent, ce scandale rappelle que l’extrême droite reste un danger pour la cohésion républicaine. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de restaurer un semblant de dialogue institutionnel, les institutions locales, elles, paient le prix fort des provocations répétées des partisans d’une politique de l’exclusion.
Pour l’heure, Grand Besançon Métropole doit désormais désigner un successeur à Franck Bernard. Les élus de gauche appellent à une « refondation démocratique », tandis que la droite et le RN tentent de minimiser l’affaire. Mais une chose est sûre : dans cette ville, comme ailleurs en France, les lignes rouges ne sont plus franchissables sans conséquences.
Contexte : l’extrême droite sous le feu des projecteurs
Depuis l’arrivée au pouvoir de Emmanuel Macron en 2017, puis sous les gouvernements successifs, le RN a connu une ascension fulgurante, portée par un discours anti-immigration et anti-système. Pourtant, les scandales impliquant ses militants se multiplient, révélant une « radicalisation interne » que le parti peine à contrôler. En 2024, Marine Le Pen avait tenté de donner une image plus policée du mouvement, mais les faits récents montrent que les vieux démons persistent.
À l’échelle européenne, cette affaire intervient alors que plusieurs pays, comme la Hongrie ou la Turquie, sont pointés du doigt pour leur gestion des droits humains. Un contraste saisissant avec les valeurs défendues par la France et l’Union européenne, où la lutte contre les discriminations reste une priorité affichée.
Pour les défenseurs des droits, cette démission est une victoire, mais elle rappelle aussi que la vigilance doit rester constante. Car si les institutions réagissent, les mentalités, elles, évoluent lentement.