Un élu RN rattrapé par ses publications Facebook indignes
L’affaire a éclaté comme une bombe dans l’agglomération bisontine, révélant une fois de plus les tensions entre responsabilité politique et militantisme radical. Franck Bernard, 15ᵉ vice-président du Grand Besançon Métropole chargé de la gestion des déchets et de la propreté, et maire de Chevroz, a été contraint à la démission ce vendredi 22 mai 2026 après avoir reconnu publiquement être l’auteur d’un compte Facebook anonyme diffusant des publications ouvertement racistes, sexistes et homophobes.
Les révélations, initialement portées par des médias locaux et nationaux, ont forcé la main du président d’agglomération LR, Ludovic Fagaut, à exiger des comptes. Une décision que les observateurs qualifient de tardive, alors que l’élu RN, également policier retraité, occupait depuis des semaines une fonction stratégique au sein de l’exécutif métropolitain. « Monsieur Bernard a pris ses responsabilités, même tardivement », a déclaré le cabinet du président d’agglomération, confirmant la démission par SMS dès 8h29.
Des propos indignes d’un élu, mais tolérés par la droite locale
Le compte Seven FK, dont l’existence a été traquée par des journalistes et des associations, regorgeait de messages d’une violence inouïe, ciblant les minorités sexuelles, les personnes racisées et les femmes. Parmi les extraits les plus choquants figuraient des appels à la haine, des stéréotypes dégradants et des propos niant la légitimité de certaines communautés. « Ces écrits ne relèvent pas d’un simple dérapage, mais d’une idéologie assumée, caractéristique des franges les plus extrêmes de la droite radicale », analyse un sociologue spécialiste des mouvements d’extrême droite.
La gauche, unie dans sa condamnation, avait immédiatement réclamé le retrait de l’élu, dénonçant une « culture du mépris » qui gangrène les institutions. Dans un communiqué cinglant, La France insoumise est allée plus loin, pointant la responsabilité de Ludovic Fagaut :
« En soutenant cette candidature malgré les alertes, le président LR a normalisé l’inacceptable. Ce n’est pas Franck Bernard qui pose problème, mais l’incurie d’une droite qui préfère fermer les yeux sur les dérives plutôt que de défendre les valeurs républicaines. »
Le PS, par la voix de son secrétaire national aux collectivités, a également fustigé « la complaisance des élites locales face à l’extrême droite », rappelant que la République ne peut se construire sur des compromissions.
L’élu se défend maladroitement : entre minimisation et attaques personnelles
Contrairement à une réaction spontanée, Franck Bernard n’a démissionné que sous la contrainte. Après avoir d’abord tenté de minimiser l’affaire en arguant d’un « compte piraté », il a finalement reconnu sa responsabilité jeudi soir, avant de quitter ses fonctions le lendemain matin. « Je me désolidarise totalement de ce qui a pu être dit », avait déclaré Ludovic Fagaut lors du conseil communautaire, « ce type de publications n’a pas sa place dans le débat politique ni dans le débat public ».
L’élu communiste Hasni Alem a dénoncé des propos extrêmement graves : « On parle de personnes en Afrique qui ont un QI inférieur, donc qui seraient inférieures, de personnes LGBT qui ne seraient pas des gens normaux », et de propos sexistes et misogynes. « Des brebis galeuses au RN, il commence à y en avoir beaucoup », a-t-il ajouté. Selon Franck Bernard, ces publications n’étaient que de « petits tacles », visant notamment deux élues présentes dans l’assemblée : l’ancienne maire écologiste de Besançon Anne Vignot et la cheffe de file La France insoumise Séverine Véziès, à qui il a présenté ses excuses. « Le racisme n’est pas une opinion, le racisme est un délit », a rappelé cette dernière, refusant « toute banalisation de l’extrême droite ».
Une démission sous la pression, mais des questions qui persistent
Franck Bernard, désormais simple conseiller municipal à Chevroz, laisse derrière lui une métropole ébranlée. Son départ, bien que nécessaire, ne clôt pas le débat sur la présence de l’extrême droite dans les institutions. Les prochaines semaines diront si cette affaire servira d’électrochoc pour les autres collectivités, ou si elle sera rapidement oubliée, comme tant d’autres avant elle.
Pourtant, l’affaire soulève des interrogations bien plus larges. Comment un élu portant des valeurs aussi opposées à celles de la République a-t-il pu accéder à un poste aussi stratégique ? Pourquoi la droite locale a-t-elle fermé les yeux si longtemps ? Et surtout, cette démission suffira-t-elle à effacer l’image d’une métropole complaisante envers les extrêmes ?
Les associations antiracistes, qui dénoncent depuis des années la porosité entre certains cadres RN et les institutions, voient dans ce cas une confirmation de leurs craintes. « Ce n’est pas un incident isolé, mais la preuve que l’extrême droite infiltre les rouages du pouvoir local », alerte une militante de SOS Racisme. « Tant que des élus comme Bernard seront couverts par des LR ou des divers droite, la démocratie locale restera menacée. »
Le RN une fois de plus épinglé pour ses extrémismes
Cette affaire n’est que la dernière d’une longue série de dérapages imputés à des membres du Rassemblement National. Depuis des années, le parti de Marine Le Pen est régulièrement pointé du doigt pour ses positions radicales, ses liens avec des groupuscules violents et ses propos stigmatisants. « Le RN n’est pas un parti comme les autres. Ses élus portent une idéologie qui remet en cause les fondements mêmes de la démocratie : égalité, fraternité, laïcité », rappelle un constitutionnaliste.
Pourtant, malgré ces révélations, le parti continue de progresser dans les sondages, notamment dans les territoires ruraux et périurbains. Une progression que certains analystes attribuent à une stratégie de normalisation menée tambour battant par Jordan Bardella, visant à présenter le RN comme un parti « républicain » et « responsable ».
Mais les faits, comme ceux de Franck Bernard, rappellent cruellement que les racines idéologiques du parti restent intactes. « On ne peut pas à la fois revendiquer une respectabilité nouvelle et laisser ses militants propager des discours de haine sans conséquences »
Un premier vice-président RN au sein d’une métropole LR
Franck Bernard était le premier représentant du RN élu vice-président au sein de l’exécutif de l’agglomération bisontine. Les élus de gauche avaient vivement contesté son élection à ce poste lors du premier conseil communautaire, en avril, en dénonçant un risque de légitimation des thèses radicales au cœur des institutions locales. Cette nomination avait déjà suscité une polémique durable, avant même la révélation de ses propos haineux.
À Besançon, la réaction des élus locaux illustre les clivages persistants. Si la gauche et les écologistes saluent une décision tardive mais nécessaire, la droite, elle, se contente de constater. Ludovic Fagaut, bien que critique envers Bernard, n’a pas remis en cause la stratégie globale de son groupe, qui compte plusieurs élus RN parmi ses alliés.
Et maintenant ? Les suites d’un scandale qui dépasse l’individu
Cette affaire interroge aussi sur l’état des alliances politiques en France. Dans un contexte où les reports de voix entre LR et RN se multiplient, cette démission servira-t-elle de leçon, ou au contraire de caution à ceux qui estiment que l’extrême droite peut être « domestiquée » ?
Pour les associations et les citoyens engagés, une chose est sûre : la vigilance doit rester de mise. « Une démission ne suffit pas à effacer les années pendant lesquelles cet homme a représenté une institution. Il faut des sanctions, des enquêtes, et surtout, une prise de conscience collective »
Dans une France où les tensions communautaires et les discours de division gagnent du terrain, les institutions ne peuvent plus se permettre de regarder ailleurs. La dignité des élus doit primer sur les calculs politiques, sous peine de voir la démocratie locale se vider de son sens.
Franck Bernard laisse derrière lui une métropole divisée, où la question de la porosité entre l’extrême droite et les institutions locales resurgit avec une acuité nouvelle. Son cas rappelle que la respectabilité affichée par certains partis ne doit pas occulter la réalité de leurs fondements idéologiques.