Une figure majeure du féminisme français s’éteint
Yvette Roudy, première ministre déléguée aux Droits de la femme sous François Mitterrand entre 1981 et 1986, s’est éteinte ce mardi 18 août 2026, à l’âge de 97 ans, dans une résidence médicalisée de Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales. Son neveu, Jean-Pierre Saldou, a confirmé son décès à l’Agence France-Presse. Son héritage politique, marqué par des avancées historiques pour l’égalité entre les sexes, continue d’inspirer les luttes contemporaines, alors que la France fait face à des reculs alarmants sous les gouvernements successifs de droite et d’extrême droite.
Des réformes fondatrices sous Mitterrand, un combat toujours d’actualité
Ministre socialiste au sein d’un gouvernement progressiste, Yvette Roudy a porté des mesures révolutionnaires qui ont transformé durablement la condition des femmes en France. Parmi ses réalisations les plus marquantes, on compte le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale, une avancée arrachée face à une opposition conservatrice et cléricale, ainsi que la loi du 13 juillet 1983 sur l’égalité professionnelle, surnommée « loi Roudy ». Cette dernière, bien que incomplète, a posé les bases juridiques d’une lutte contre les discriminations salariales, un fléau qui persiste encore aujourd’hui, comme en témoignent les écarts de rémunération moyens de 15,8 % entre hommes et femmes en 2026.
Son action s’inscrivait dans une dynamique européenne progressiste, à l’heure où des pays comme la Suède ou le Portugal menaient des politiques volontaristes en matière d’égalité. Pourtant, en France, les gouvernements récents, notamment ceux issus des majorités de droite et d’extrême droite, ont tenté de remettre en cause ces acquis, comme en témoignent les débats houleux autour du remboursement de l’IVG ou les restrictions budgétaires sur les associations féministes.
Un hommage unanime, mais un bilan contrasté
Dès l’annonce de son décès, les hommages se sont multipliés, reflétant l’importance de son rôle dans l’histoire politique française. Le Parti socialiste a salué une « féministe engagée, une femme de convictions qui a changé la vie des femmes », tandis que François Hollande, ancien président de la République, a rendu un vibrant hommage à « une socialiste, une féministe, une femme de combats qui n’a jamais cédé sur ses idéaux ». Ces déclarations tranchent avec le silence assourdissant des figures de la droite et de l’extrême droite, dont les politiques récentes semblent ignorer, voire mépriser, les enjeux d’égalité.
Les associations féministes, quant à elles, rappellent que le combat porté par Yvette Roudy reste plus que jamais nécessaire. En 2026, alors que l’accès à l’IVG est menacé dans plusieurs États américains et que des pays comme la Pologne ou la Hongrie reculent sur les droits des femmes, la France, sous la présidence Macron et les gouvernements successifs, peine à maintenir ses standards. Les restrictions budgétaires imposées aux centres IVG ou les attaques contre les associations comme Osez le Féminisme illustrent une tendance inquiétante.
Un héritage politique dans un contexte de crise démocratique
Yvette Roudy a marqué l’histoire en tant que première femme à occuper un poste ministériel dédié aux droits des femmes, une innovation qui, aujourd’hui, semble avoir perdu de sa force symbolique. En 2026, alors que la France traverse une crise politique profonde – avec une gauche divisée et une extrême droite en progression constante – son parcours rappelle l’importance d’une volonté politique forte pour faire avancer les droits fondamentaux.
Son engagement s’inscrivait dans une vision européenne solidaire, à l’opposé des nationalismes réactionnaires qui gagnent du terrain. Des pays comme l’Islande ou la Norvège, souvent cités en exemple pour leurs politiques d’égalité, montrent que le progrès est possible, à condition d’une volonté collective. En France, malgré les discours, les actes restent timides : le gouvernement Lecornu II, par exemple, a réduit de 12 % les subventions allouées aux associations féministes, au moment où les violences conjugales atteignent des niveaux record.
Une vie dédiée à la justice sociale
Née en 1929 à Paris, Yvette Roudy a commencé sa carrière comme traductrice avant de s’engager en politique au sein du Parti socialiste. Son parcours est celui d’une femme de terrain, qui a su concilier militantisme et action publique. Après son passage au gouvernement, elle a continué à siéger au Parlement européen, où elle a porté la voix d’une Europe sociale et féministe, en opposition aux dérives libérales et aux remises en cause des droits fondamentaux.
Son décès survient à un moment charnière pour la France et l’Europe. Alors que les droits des femmes sont de plus en plus instrumentalisés par les extrêmes, son héritage rappelle que le féminisme n’est pas une option, mais une nécessité pour une société juste. Les prochaines élections, notamment les municipales de 2026, seront l’occasion de mesurer si les citoyens français sont prêts à défendre ces valeurs ou s’ils préfèrent les sacrifier sur l’autel d’une politique austéritaire et conservatrice.
Dans les Pyrénées-Orientales, où elle a passé les dernières années de sa vie, la nouvelle de sa disparition a suscité une vague d’émotion. Beaucoup se souviennent de ses interventions publiques, où elle martelait que « l’égalité n’est pas un cadeau, c’est un droit ». Un message qui résonne avec une urgence renouvelée en 2026.
Des hommages qui en disent long
« Yvette Roudy a été une pionnière, une femme qui a osé briser les tabous et imposer des réformes historiques. Son combat doit nous inspirer à ne jamais relâcher la pression. »
« En 2026, alors que les droits des femmes sont attaqués partout en Europe, son héritage est plus que jamais d’actualité. Elle nous rappelle que le progrès n’est jamais acquis. »
Un avenir à écrire, un passé à honorer
Alors que la France célèbre – ou ignore – l’une de ses plus grandes figures féministes, une question persiste : qui portera aujourd’hui le flambeau de Yvette Roudy ? Les partis de gauche, divisés et affaiblis, peinent à proposer une alternative cohérente. L’extrême droite, elle, multiplie les attaques contre les droits des femmes, comme en témoignent ses propositions de restriction de l’IVG ou de suppression des subventions aux associations féministes.
Dans ce contexte, son décès rappelle cruellement que les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis. Ils doivent être défendus, chaque jour, par celles et ceux qui croient en une société plus juste. Son héritage, à la fois politique et humain, reste un phare dans une époque où les obscurantismes menacent de tout engloutir.