Nicolas Dupont-Aignan relance sa candidature en 2027 avec un projet radical : la rupture européenne
Alors que la droite et l’extrême droite s’affrontent sur le terrain des promesses impossibles à tenir sans une refonte radicale des institutions, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, martèle un message sans ambiguïté : la souveraineté française passe nécessairement par une sortie de l’Union européenne. Dans un entretien fleuve donné ce 2 juin 2026, le maire de Yerres, candidat aux élections présidentielles pour la quatrième fois, assume un positionnement clair et sans concession, là où ses concurrents, de Marine Le Pen à Éric Zemmour, évitent soigneusement d’aborder l’épineux sujet d’une désobéissance communautaire.
Un pays « ligoté » par Bruxelles, selon l’ancien allié du RN
Dans son nouveau livre, 2027, La liberté ou la mort, l’homme politique expose une vision sombre de la France sous tutelle européenne. « Nos dirigeants ont signé des traités qui nous enchaînent », dénonce-t-il, évoquant tour à tour l’effondrement de l’industrie automobile, les accords commerciaux désastreux comme celui du Mercosur, ou encore l’« anarchie migratoire » consécutive à l’absence de contrôle des frontières. Pour lui, le diagnostic est sans appel : la France n’est plus un État souverain, et ses dirigeants, de quelque bord qu’ils soient, sont incapables de résoudre les crises structurelles tant qu’ils restent prisonniers du carcan bruxellois.
« On est comme un boxeur avec les mains liées dans le dos, sommé de combattre. Tant que nous resterons dans l’UE, nous serons condamnés à subir les décisions prises ailleurs, sans jamais pouvoir agir efficacement pour nos concitoyens. »
Cette rhétorique, autrefois marginalisée, résonne désormais avec une urgence nouvelle. Alors que les partis de droite et d’extrême droite peinent à proposer des alternatives crédibles à la gestion des crises sociales, économiques et migratoires, Dupont-Aignan mise sur un référendum sur la sortie de l’UE, couplé à une refonte démocratique via l’instauration du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), inspiré du modèle suisse.
Une proposition qui tranche avec le flou stratégique de ses rivaux. Jordan Bardella, porte-parole du Rassemblement National, a récemment tenté une sortie sur le thème des retraites en proposant un système à cotisations variables. Une pirouette qui, pour Dupont-Aignan, n’est qu’« un cafouillage de plus » dans une campagne où l’on « tourne en rond sans jamais aborder les vrais sujets ».
« Je ne suis pas là pour critiquer les autres, mais pour proposer une voie différente », rétorque-t-il, soulignant sa constance sur le sujet européen, là où le RN et Reconquête multiplient les revirements ou les silences gênés.
Une candidature isolée face à l’embouteillage souverainiste
Avec un score annoncé à seulement 1,5 % dans les sondages, Nicolas Dupont-Aignan semble bien seul dans sa quête d’une France affranchie de l’UE. Pourtant, son message trouve un écho certain auprès d’un électorat en quête de radicalité. Marine Le Pen, dont le parti caracole en tête des intentions de vote, a longtemps flirté avec l’idée d’un « Frexit », avant de l’abandonner sous la pression des contraintes européennes. Aujourd’hui, Jordan Bardella préfère mettre en avant des mesures sociales ou sécuritaires, laissant de côté toute perspective de rupture institutionnelle.
Quant à Éric Zemmour, il mise sur une alliance avec les conservateurs de Bruno Retailleau pour séduire un électorat plus bourgeois, mais son projet européen reste flou, oscillant entre souveraineté affichée et réalisme économique. Dupont-Aignan, lui, assume pleinement la nécessité d’un désengagement massif : relocalisation d’un million d’emplois, annulation du Mercosur, rétablissement des frontières, baisse de 30 % du prix de l’électricité grâce à une sortie du marché européen de l’énergie… Autant de mesures présentées comme « concrètes » et « urgentes ».
« Les Français ont voté non en 2005, et ce vote a été bafoué. Moi, je serai le porte-voix de ceux qui veulent reprendre le pouvoir », lance-t-il, rappelant que son combat dépasse les clivages traditionnels. Pour lui, la question n’est plus de savoir si la France doit quitter l’UE, mais comment organiser cette sortie sans sombrer dans le chaos.
Entre alliances et dissidences : la stratégie ambiguë d’un candidat tenace
Malgré ses scores faméliques, Dupont-Aignan refuse toute idée de ralliement ou de fusion avec le RN. « J’irai jusqu’au bout », martèle-t-il, écartant toute hypothèse de désistement au premier tour. Une position qui contraste avec les rumeurs persistantes d’une possible intégration de Marion Maréchal dans les rangs lepénistes. Pour lui, l’enjeu n’est pas de compter les voix, mais de forcer le débat sur la souveraineté, quitte à apparaître comme un « trouble-fête » dans un paysage politique où l’union des droites semble désormais une évidence.
« Est-ce qu’on peut avoir, en 2027, une campagne positive ? Moi, ce qui m’intéresse, c’est de dire aux Français : voici mes solutions pour réindustrialiser le pays », explique-t-il, évoquant des mesures phares comme la relance des petites et moyennes entreprises, la protection des éleveurs français contre la concurrence déloyale, ou encore la réforme profonde des institutions pour redonner la parole aux citoyens. Un discours qui, s’il séduit une frange de l’électorat, peine à percer dans un contexte où les médias et les sondages semblent réserver leurs projecteurs aux figures montantes de la droite radicale.
Pourtant, Dupont-Aignan mise sur sa longévité politique. Réélu maire de Yerres en 2020, il mise sur l’« expérience » et la « continuité » pour incarner une alternative crédible. « On ne va pas avoir une élection présidentielle comme un concours de beauté, où l’on vote pour le plus beau sourire. Il faut parler du fond. »
Violences urbaines : le candidat pointe du doigt l’impunité
Interrogé sur les récentes émeutes ayant secoué Paris après la victoire du PSG en Ligue des champions, Dupont-Aignan y voit la manifestation d’un système judiciaire défaillant. Pour lui, l’absence de peines de prison ferme est la cause première de la dégradation de l’ordre public en France. « Une minorité qui trafique, qui violente, qui menace, et l’État qui recule. C’est ça, la réalité dans nos banlieues, tous les jours », dénonce-t-il.
Samedi soir, des affrontements ont éclaté après des tirs de mortiers artisanaux et des agressions contre les forces de l’ordre. Pourtant, les mis en cause, selon les premiers éléments, ne devraient encourir que des peines avec sursis. Une indulgence qui, pour Dupont-Aignan, condamne la France à l’impuissance : « Tant qu’on sera comme ça, il ne se passera rien et cela s’aggravera. Je demande de la prison ferme, c’est tout. C’est la seule solution. »
Un positionnement qui rappelle ses prises de position passées sur la sécurité, mais qui peine à trouver un écho dans un débat public dominé par les questions économiques et migratoires.
Un projet européen en lambeaux ?
Alors que l’Union européenne traverse une crise existentielle – entre montée des populismes, guerres commerciales et divisions sur l’élargissement – le discours de Dupont-Aignan résonne comme un avertissement. Pour lui, l’UE telle qu’elle existe aujourd’hui est ingouvernable, et ses réformes, même ambitieuses, ne suffiront pas à sauver un modèle qui « étouffe les nations ».
Seule une refonte radicale, voire une sortie ordonnée, permettrait à la France de retrouver sa liberté d’action. Une position qui, si elle séduit une partie de l’électorat de droite déçu par les reniements du RN, reste marginale dans un pays où l’européisme, même critique, reste majoritaire.
Alors que le gouvernement Sébastien Lecornu II tente de naviguer entre réformes économiques et maintien de l’ordre républicain, la question européenne s’impose comme un diviseur majeur. Entre ceux qui prônent un « Frexit » assumé et ceux qui défendent une « Europe des nations » sans fédéralisme, le débat est loin d’être tranché. Et dans ce paysage, Dupont-Aignan incarne une voix minoritaire, mais déterminée.
Une voix qui, à quelques mois de la présidentielle, pourrait bien jouer les trouble-fêtes dans une campagne où les promesses creuses risquent de l’emporter sur les solutions concrètes.
En bref : les 5 mesures phares de Dupont-Aignan pour 2027
Alors que les partis traditionnels peinent à proposer des alternatives crédibles, le candidat de Debout la France détaille dans son livre 2027, La liberté ou la mort un plan en cinq points pour « rendre la France à nouveau souveraine et démocratique ». Voici ses propositions clés :
1. Sortie de l’Union européenne et reconstruction d’une Europe des nations
Dupont-Aignan ne se contente pas de critiquer l’UE : il propose un plan de désengagement progressif, suivi d’une refonte des traités pour créer une « Europe des coopérations souveraines », loin du fédéralisme bruxellois. Son objectif ? Permettre à la France de reprendre le contrôle de ses frontières, de sa monnaie et de ses politiques économiques.
2. Rétablissement des frontières et fin de l’anarchie migratoire
Face à l’« invasion silencieuse » dénoncée par nombre de ses soutiens, il prône le rétablissement des contrôles frontaliers stricts, couplé à une politique d’asile radicalement révisée. Son modèle ? Le système suisse ou norvégien, où la souveraineté nationale prime sur les accords internationaux.
3. Relance industrielle et relocalisation d’un million d’emplois
Pour lutter contre le chômage et la désindustrialisation, il propose un plan massif de protectionnisme économique, avec des subventions aux PME, des taxes douanières sur les produits étrangers et un soutien aux secteurs stratégiques (automobile, agriculture, énergie). Son credo : « Produire français, consommer français. »*
4. Baisse de 30 % du prix de l’électricité via une sortie du marché européen
En quittant le marché unique de l’énergie, la France pourrait réguler ses tarifs et investir massivement dans les énergies renouvelables et le nucléaire. Une mesure présentée comme « une bouffée d’oxygène pour les ménages ».
5. Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) et VIe République
Enfin, Dupont-Aignan entend redonner le pouvoir aux citoyens via l’instauration d’un RIC, inspiré du modèle helvétique, et une réforme constitutionnelle pour instaurer une « VIe République », plus directe et moins élitiste. Son objectif ? En finir avec un système politique jugé « déconnecté ».
Des propositions radicales, qui contrastent avec le « réalisme » affiché par les autres candidats de droite. Mais suffiront-elles à convaincre un électorat en quête de solutions immédiates, ou resteront-elles dans l’ombre des combats symboliques de la campagne ?
Alors que les sondages donnent le RN largement en tête, et que les partis traditionnels peinent à mobiliser, Nicolas Dupont-Aignan mise sur une campagne de conviction, quitte à apparaître comme un « dinosaure » dans un paysage politique en pleine mutation. Une stratégie risquée, mais qui pourrait bien, contre toute attente, faire de lui l’un des arbitres inattendus du scrutin de 2027.
« La liberté ou la mort » : le titre de son livre résume à lui seul l’enjeu. Pour lui, il n’y a pas de demi-mesure. Soit la France rompt avec Bruxelles et retrouve sa pleine souveraineté, soit elle continuera à subir, impuissante, les décisions d’une Europe qui n’a plus rien à voir avec les valeurs fondatrices de la République.