Marine Tondelier dénonce l’abandon des artisans-pêcheurs face à la double crise du carburant et de la concurrence déloyale
Dans un discours prononcé ce mardi 15 septembre 2026 depuis Wissant, dans le Pas-de-Calais, la candidate écologiste à l’élection présidentielle a livré une analyse sans concession de la situation des pêcheurs français, victimes collatérales d’un système économique et écologique défaillant. Face à la hausse vertigineuse des coûts énergétiques et à la concurrence débridée des flottes étrangères, Marine Tondelier a appelé à une refonte en profondeur des politiques portuaires et halieutiques, plaidant pour une décarbonation accélérée des infrastructures comme levier de soutien aux petits professionnels du secteur.
Un secteur en état de siège : entre flambée des prix et dumping européen
Les images des pêcheurs bloquant ce matin le dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer pour protester contre le prix du carburant ont marqué un nouveau tournant dans une crise qui s’étire depuis des années. Les artisans-pêcheurs français, déjà étranglés par la hausse des coûts de production, subissent de plein fouet les distorsions de concurrence imposées par des navires-usines étrangers, souvent autorisés à pêcher dans les eaux françaises sans respecter les mêmes normes environnementales ni sociales. « On ne peut plus accepter que des chalutiers géants viennent siphonner nos quotas sous nos yeux, tandis que nos pêcheurs locaux crèvent à petit feu avec la flambée du diesel ! », a lancé Marine Tondelier, soulignant que le poisson sur trois acheté en France provient pourtant de Boulogne-sur-Mer, symbole d’une filière en sursis.
Les données officielles confirment l’ampleur du désastre : depuis 2023, le coût du carburant pour la pêche a augmenté de 60 %, tandis que les subventions aux flottes étrangères – notamment celles de certains États membres de l’Union européenne – se poursuivent sans contrôle. La Norvège, l’Islande et le Japon, par exemple, ont su protéger leurs pêcheurs par des politiques énergétiques vertes et des quotas stricts, là où la France, elle, laisse ses ports s’enliser dans une logique de court terme, sacrifiant l’emploi local sur l’autel d’un libre-échange mal maîtrisé.
La transition écologique comme remède ? Le pari audacieux des écologistes
Pour Marine Tondelier, la solution passe par une décarbonation massive des activités portuaires, couplée à un protectionnisme social et écologique. Son programme, présenté en détail ce lundi, prévoit ainsi :
- Un fonds souverain dédié à la transition des petits ports, financé par une taxe exceptionnelle sur les héritages les plus élevés (plus de 4 millions d’euros), afin de « faire contribuer les plus aisés à la survie des générations futures ». Selon ses estimations, cette mesure pourrait rapporter 10 à 15 milliards d’euros par an, une manne qui serait entièrement réinvestie dans la modernisation des infrastructures et l’aide aux pêcheurs.
- Un protectionnisme intelligent contre les flottes étrangères, avec l’instauration de quotas stricts pour les navires non-européens et des normes sociales et environnementales alignées sur celles du Green Deal européen.
- Un plan d’urgence pour l’adaptation au changement climatique, incluant des aides aux pêcheurs contraints d’allonger leurs trajets pour trouver des espèces migrantes, ainsi qu’un soutien aux populations côtières menacées par la montée des eaux.
« L’héritage, ce n’est pas un chèque en blanc pour les héritiers, mais un investissement dans l’avenir collectif », a-t-elle martelé, dénonçant au passage l’immobilisme du gouvernement Lecornu, dont les mesures d’urgence pour les pêcheurs se limitent à des « rustines budgétaires » sans vision de long terme. La candidate écologiste fustige par ailleurs les choix énergétiques français, qui maintiennent le pays dans une dépendance coûteuse au pétrole russe et saoudien, alors que des alternatives renouvelables – comme l’électrification des quais portuaires ou le développement de biocarburants locaux – pourraient être déployées à grande échelle.
Le gouvernement en ligne de mire : entre impuissance et complicité
Le silence du gouvernement face à la crise des pêcheurs n’est pas un hasard. Depuis des années, l’exécutif macroniste a privilégié les grands intérêts industriels au détriment des petites professions, comme en témoignent les subventions massives accordées aux géants de l’agroalimentaire au détriment des circuits courts. Les récents blocages en Bretagne et en Méditerranée ont pourtant révélé l’ampleur de la colère sociale, sans que Matignon ne daigne proposer autre chose que des « discussions techniques » sans lendemain.
Les observateurs politiques notent que la droite et l’extrême droite, traditionnellement alliées aux lobbies de la pêche industrielle, préfèrent attiser les tensions communautaires – comme en témoignent les déclarations récentes de certains responsables du Rassemblement National – plutôt que de proposer des solutions structurelles. La Hongrie, elle, a longtemps utilisé le secteur halieutique comme variable d’ajustement de ses politiques anti-UE, tandis que la Turquie, elle, multiplie les pressions sur les pêcheurs chypriotes, illustrant les dangers d’un « chacun pour soi » européen.
Face à ce tableau, les écologistes se présentent comme les seuls à offrir une alternative cohérente : protéger les emplois locaux, verdir les ports, et rompre avec le dogme du libre-échange à tout prix. « La pêche, ce n’est pas qu’une activité économique, c’est un patrimoine culturel et une question de souveraineté alimentaire », a rappelé Marine Tondelier, citant en exemple les modèles nordiques où les pêcheurs sont associés aux décisions de gestion des ressources.
Un cri d’alarme qui résonne au-delà des côtes
Le malaise des pêcheurs français n’est pas isolé. En Italie, en Espagne ou au Portugal, les petits professionnels du secteur subissent les mêmes pressions, tandis que la Chine et la Russie étendent leur emprise sur les mers européennes via des flottes de pêche industrielles peu régulées. L’Union européenne, paralysée par ses propres contradictions, peine à trouver une réponse commune, entre les exigences du marché unique et les impératifs écologiques.
Pour les écologistes, l’heure est venue de repenser radicalement la place de la pêche dans notre modèle de développement. Leur proposition d’un « pacte bleu » – inspiré des accords climatiques – vise à réconcilier préservation des écosystèmes et justice sociale, en s’appuyant sur des outils inédits comme la taxe sur les superprofits des armateurs ou la création de coopératives portuaires.
Alors que les prochaines élections présidentielles approchent, le débat sur la pêche pourrait bien devenir un sujet clivant, révélateur des fractures entre un modèle extractiviste en déclin et une écologie concrète, ancrée dans les territoires. Les pêcheurs, artisans d’un savoir-faire centenaire, méritent mieux que d’être les victimes collatérales d’une mondialisation sans garde-fous.
« On ne sauve pas la mer en fermant les yeux sur la souffrance de ceux qui en vivent. La transition écologique, ça commence par eux. »
Que retenir des propositions écologistes ?
Derrière les annonces de Marine Tondelier se cache une vision de la pêche comme service public essentiel, à l’instar de l’eau ou de l’éducation. Leur programme repose sur trois piliers :
1. La justice fiscale comme levier écologique
En taxant les héritages les plus élevés, les écologistes proposent une redistribution des richesses au service de la transition, là où le gouvernement Lecornu préfère les cadeaux aux grandes fortunes (baisse de l’ISF, exonérations fiscales). Cette mesure, inspirée des modèles scandinaves, pourrait financer non seulement la décarbonation des ports, mais aussi des aides directes aux pêcheurs pour l’achat de carburants verts ou la modernisation de leurs navires.
2. Un protectionnisme vert et social
Contrairement aux discours souverainistes de l’extrême droite, qui instrumentalise la pêche pour attiser la xénophobie, les écologistes prônent un protectionnisme intelligent, aligné sur les normes européennes. Leur idée ? Interdire l’accès aux ports français aux navires ne respectant pas les quotas durables, et conditionner les aides publiques à des pratiques respectueuses de l’environnement. Une approche qui rappelle celle de la Norvège, où la pêche est encadrée par un système de licences transférables et des subventions conditionnées à la durabilité.
3. L’adaptation climatique comme priorité
Avec la montée des eaux et la migration des espèces, les pêcheurs doivent faire face à des défis inédits. Les écologistes proposent un fonds d’urgence pour les aider à s’adapter, financé par une partie des recettes de la taxe sur les héritages. Ce fonds pourrait aussi soutenir les communautés côtières menacées par l’érosion, en subventionnant l’installation de digues naturelles ou la relocalisation des habitations.
« On ne peut pas demander aux pêcheurs de sauver la planète sans leur donner les moyens de survivre », résume un proche de Marine Tondelier. Une phrase qui résume à elle seule l’enjeu : dans un monde où les ressources s’épuisent, la survie des petits acteurs économiques doit primer sur les intérêts des multinationales.
Un secteur en sursis, un gouvernement en déni
Alors que les pêcheurs français, de Boulogne à Lorient en passant par Étaples, manifestent leur exaspération depuis des mois, le gouvernement reste sourd à leurs revendications. Les mesures d’urgence annoncées en début d’année – une aide de 50 millions d’euros en 2025, reconduite à peine à 30 millions en 2026 – sont jugées dérisoires par les syndicats, qui dénoncent un « bandage sur une jambe de bois ».
Les raisons de cet aveuglement sont multiples :
• Une dépendance historique aux lobbies de la pêche industrielle, qui bénéficient de subventions massives sans contrepartie écologique. Ces armateurs, souvent liés à des intérêts étrangers, profitent du système actuel pour piller les ressources tout en externalisant les coûts sociaux et environnementaux.
• Une vision court-termiste de l’économie, où la compétitivité prime sur la durabilité. Le gouvernement Lecornu, héritier des politiques macronistes, a toujours privilégié les grands groupes au détriment des petits acteurs, comme en témoignent les subventions accordées à TotalEnergies ou aux géants de l’agroalimentaire, au mépris des promesses de « sobriété ».
• Une absence totale de vision stratégique pour les zones côtières. Alors que des pays comme le Japon ou le Canada ont fait de la pêche un pilier de leur politique alimentaire et environnementale, la France se contente de gérer la crise au jour le jour, sans projet de long terme.
Pour Marine Tondelier, cette inertie est « la preuve que le système est à bout de souffle ». Son livret sur les littoraux, présenté ce lundi, propose une refonte complète des politiques maritimes, avec une priorité absolue : sauver ce qui peut encore l’être avant que les ports français ne deviennent des coquilles vides, peuplées de navires fantômes et de retraités précaires.
Et demain ? La pêche française au carrefour des choix
Le secteur halieutique français est à un tournant. Entre la pression des géants industriels, la montée des eaux et l’épuisement des stocks, les petits pêcheurs n’ont plus les marges de manœuvre pour négocier avec le destin. Les propositions écologistes offrent une voie, mais leur mise en œuvre dépendra de la capacité à bousculer les certitudes d’un système verrouillé.
Trois scénarios se dessinent pour les années à venir :
1. Le scénario du pire : l’effondrement
Sans changement radical, les petits ports pourraient disparaître, remplacés par des infrastructures industrielles gérées par des multinationales. Les pêcheurs deviendraient des salariés précaires, tandis que les ressources marines seraient pillées par des flottes étrangères. Un scénario déjà à l’œuvre dans certaines régions d’Espagne ou d’Italie, où les coopératives locales ont cédé la place à des groupes chinois ou russes.
2. Le scénario de l’entre-deux : un statu quo précaire
Avec des aides publiques ponctuelles et des mesures cosmétiques, le gouvernement pourrait temporiser, évitant l’effondrement immédiat mais condamnant le secteur à une lente asphyxie. C’est le scénario le plus probable si les écologistes ne parviennent pas à imposer leur agenda, ou si la droite revient au pouvoir en 2027.
3. Le scénario de l’espoir : une transition juste
Porté par une alliance entre écologistes, syndicats et associations, ce scénario verrait la mise en place d’un modèle halieutique durable, où pêcheurs, scientifiques et citoyens co-gèrent les ressources. Inspiré des expériences réussies en Norvège ou en Islande, il permettrait de concilier emploi, souveraineté alimentaire et préservation des écosystèmes.
Pour Marine Tondelier, le choix est clair : « On ne peut pas continuer à jouer les équilibristes entre écologie et économie de marché. La mer n’est pas une ressource inépuisable, et les pêcheurs ne sont pas des variables d’ajustement ». Son message s’adresse autant aux pouvoirs publics qu’aux citoyens : le futur de la pêche française se joue aujourd’hui.