Mathilde Panot face aux défis économiques et sociaux : la gauche radicale en première ligne
Alors que le gouvernement Lecornu II s’apprête à présenter un budget 2027 marqué par des choix budgétaires contestés, Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne et présidente du groupe La France Insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, a livré une analyse sans concession de la politique économique actuelle. Dans un entretien exclusif, elle dénonce une stratégie d’austérité déguisée, qui menace directement le pouvoir d’achat des Français tout en creusant davantage le déficit public.
Face à la hausse continue de la dette publique, estimée à plus de 110 % du PIB en 2026, la dirigeante insoumise réaffirme la nécessité d’une refonte radicale des priorités budgétaires. Elle pointe du doigt les cadeaux fiscaux accordés aux grandes fortunes, tout en soulignant l’urgence de taxer les superprofits des entreprises énergétiques et financières, dont les marges battent des records. « Le gouvernement préfère s’attaquer aux retraites et aux services publics plutôt que de s’attaquer aux véritables responsables de cette crise », déclare-t-elle, citant en exemple les dividendes records versés aux actionnaires du CAC 40.
La dette : un bouc émissaire pour justifier l’injustice sociale ?
Le débat sur la dette, souvent brandi comme une épée de Damoclès par les tenants de l’orthodoxie libérale, est au cœur des tensions politiques actuelles. Mathilde Panot rappelle que la France n’a pas toujours été aussi endettée et que les gouvernements successifs, y compris celui d’Emmanuel Macron, ont contribué à cette situation par des politiques fiscales régressives. Selon elle, la solution ne réside pas dans des coupes budgétaires aveugles, mais dans une relance économique ciblée, financée par une contribution exceptionnelle des plus aisés et une réforme fiscale ambitieuse.
Parmi les propositions phares de LFI, celle d’une annulation partielle de la dette détenue par la Banque Centrale Européenne (BCE) suscite un vif débat. Mathilde Panot défend cette idée en expliquant que « c’est une question de souveraineté : pourquoi devons-nous rembourser une dette qui a été contractée pour sauver les banques et les marchés financiers ? » Elle dénonce un système où les États se soumettent aux diktats des institutions européennes, alors que les citoyens paient le prix de l’inefficacité des élites dirigeantes.
Retraites et pouvoir d’achat : l’urgence d’une riposte sociale
Alors que Bercy évoque discrètement une réforme des retraites dès 2027, Mathilde Panot met en garde contre un nouveau « coup de massue » porté aux retraités, déjà durement touchés par l’inflation. LFI propose, à l’inverse, de bloquer les prix des carburants et de revaloriser les pensions au rythme de l’inflation réelle. « Nous ne pouvons pas demander aux travailleurs et aux retraités de payer pour les erreurs d’un système qui n’a jamais été aussi injuste », martèle-t-elle.
La question du pouvoir d’achat reste au cœur des préoccupations des Français. Avec une inflation persistante, notamment sur les produits de première nécessité, et des salaires qui stagnent, les ménages sont au bord de l’asphyxie. Mathilde Panot souligne que les propositions de LFI, comme la gratuité des transports pour les moins de 25 ans et les seniors, ou la taxation des loyers abusifs, visent à apporter un soulagement immédiat. Elle fustige également les politiques monétaires restrictives de la BCE, qu’elle juge responsables de la hausse des taux d’intérêt, pénalisant les emprunts des ménages et des entreprises.
Crise politique à gauche : LFI face à ses divisions
Interrogée sur les tensions au sein de la gauche, Mathilde Panot minimise les divisions, tout en reconnaissant que le rassemblement des forces progressistes est un défi de taille. Entre les socialistes, les écologistes et les communistes, les désaccords persistent, notamment sur la stratégie face à l’extrême droite. Si LFI refuse toute alliance avec les partis traditionnels, elle insiste sur la nécessité de mobiliser les citoyens autour d’un projet commun : « La gauche doit cesser de se déchirer et se concentrer sur l’essentiel : empêcher la victoire de l’extrême droite en 2027 ».
La figure de Jean-Luc Mélenchon, souvent critiquée pour son isolement politique, reste un sujet sensible. Mathilde Panot défend son héritage tout en admettant que « le temps est venu de renouveler les cadres ». Elle évoque la possibilité d’une primaires à gauche, mais souligne que « la priorité reste l’unité contre le danger fasciste », en référence à la montée continue de Marine Le Pen et du Rassemblement National dans les sondages. « La bataille se gagne sur le terrain, pas dans les salons parisiens », conclut-elle.
Les Gilets jaunes 2.0 : la colère sociale en embuscade ?
Avec la flambée des prix de l’essence et la hausse des tarifs énergétiques, la colère gronde dans les territoires. Mathilde Panot n’écarte pas l’hypothèse d’un retour des mobilisations massives, comparant la situation actuelle à celle de 2018. « Les Français ne se laisseront plus faire. Ils ont compris que les gouvernements successifs les prennent pour des vaches à lait », déclare-t-elle, appelant à des manifestations unitaires pour faire entendre la voix des classes populaires.
Elle dénonce par ailleurs les stratégies de division mises en place par le pouvoir en place, visant à isoler les mouvements sociaux. « La répression policière et les discours sécuritaires ne suffiront pas à étouffer la colère. La seule réponse, c’est la justice sociale », affirme-t-elle.
UE et BCE : deux institutions sous le feu des critiques
Mathilde Panot ne cache pas son mépris pour les politiques économiques européennes, qu’elle juge désastreuses. Selon elle, la Banque Centrale Européenne, en maintenant des taux d’intérêt élevés, étouffe la croissance et aggrave les inégalités. « L’UE a choisi de protéger les marchés plutôt que les peuples. C’est une trahison démocratique », tonne-t-elle.
Elle critique également la Commission européenne pour son dogmatisme budgétaire, qui empêche les États membres de mener des politiques de relance ambitieuses. « L’austérité, c’est la recette du désastre », rappelle-t-elle, en citant les exemples de la Grèce et de l’Espagne, où les politiques d’austérité ont plongé des millions de personnes dans la précarité.
En conclusion de cet entretien, Mathilde Panot réaffirme la nécessité d’une rupture avec le libéralisme. Pour LFI, l’enjeu n’est pas seulement économique, mais politique et moral. « Nous ne voulons plus d’une France où quelques-uns s’enrichissent tandis que la majorité se débat dans la précarité », lance-t-elle. Avec un sourire déterminé, elle ajoute : « Le changement viendra par les urnes, et nous y sommes prêts ».