Une action symbolique pour dénoncer l’influence de Vincent Bolloré
À Paris, ce vendredi 6 novembre 2026, une trentaine d’activistes ont mené une opération coup de poing dans un magasin Relay de la gare Montparnasse. Leur cible ? Le monopole de Vincent Bolloré sur les kiosques à journaux des gares françaises, accusé de favoriser la diffusion de contenus d’extrême droite au détriment de la neutralité démocratique. En quelques minutes, les militants ont vidé les présentoirs de quotidiens et magazines, avant de les entasser dans des cartons de déménagement disposés à l’entrée du magasin, sous une banderole proclamant : « Relay désinforme / SNCF complices ».
Une dénonciation ciblée des dérives médiatiques
L’opération, organisée par les collectifs Alternatiba et ANV-Cop 21, s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour de la concentration des médias en France. Depuis la prise de contrôle du groupe Lagardère par Vincent Bolloré fin 2023, les boutiques Relay – présentes dans les gares et aéroports – sont pointées du doigt pour leur surreprésentation de publications proches de l’extrême droite. Une étude publiée en 2025 par l’Observatoire des multinationales révélait notamment la présence récurrente de titres comme le JD News (hebdomadaire du JDD) ou la revue La Furia, connue pour ses positions radicales, aux côtés d’ouvrages de figures politiques d’extrême droite.
Pour les militants, cette situation illustre une dérive dangereuse : « Les gares appartiennent à toutes et à tous, pas à un milliardaire qui utilise son empire médiatique pour diffuser une propagande rétrograde », a déclaré Zoé Pélégry, porte-parole d’Alternatiba. « La SNCF, en renouvelant son contrat avec Relay en 2023, a scellé cette alliance contre l’intérêt général ».
Un partenariat controversé entre la SNCF et Bolloré
Le contrat liant la SNCF à Relay, propriété de Vallardère Travel Retail (filiale de Lagardère), a été renouvelé en 2023 sous la présidence de Jean Castex, alors Premier ministre. Depuis, le groupe Bolloré, via sa holding, exerce un contrôle croissant sur ces espaces de distribution, suscitant des interrogations sur l’impartialité des contenus proposés. « Ce partenariat est un cadeau fait à un oligarque qui instrumentalise les médias pour servir ses ambitions politiques », dénonce un membre du collectif ANV-Cop 21.
La réaction des autorités a été immédiate : les agents de sécurité du magasin ont rapidement mis fin à l’action, tandis que les militants quittaient les lieux sous les regards des passants, partagés entre curiosité et désapprobation. Certains clients, comme une vendeuse du kiosque, ont exprimé leur colère : « On nous demande de tout remettre en place, comme si on n’avait rien à faire d’autre ».
Un débat qui dépasse le cadre parisien
Cette action s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation contre la concentration des médias en France, un phénomène qui préoccupe les défenseurs de la démocratie. Des associations comme Acrimed ou Reuters Institute ont déjà alerté sur les risques d’un bias politique dans les espaces publics, particulièrement dans les gares, lieux de passage obligés pour des millions de citoyens chaque jour.
Les militants réclament désormais l’annulation du contrat entre la SNCF et Relay, ainsi qu’une loi encadrant strictement la distribution de presse dans les espaces publics. « Si Jean Castex et Sébastien Lecornu ne réagissent pas, c’est à nous de faire respecter la neutralité de l’espace public », a lancé Zoé Pélégry, en référence au Premier ministre actuel. « On ne peut pas laisser un milliardaire décider quelles idées ont le droit de circuler dans nos gares ».
Cette opération intervient alors que la France traverse une période de tensions politiques accrues, marquée par la montée des discours d’extrême droite dans le débat public. Des observateurs soulignent le rôle des médias dans cette dynamique, pointant du doigt des groupes comme Bolloré, dont les publications sont régulièrement accusées de relayer des thèses complotistes ou xénophobes.
Des réactions contrastées dans l’opinion publique
L’action a suscité des réactions mitigées parmi les passants. Si certains ont salué un geste « nécessaire pour défendre la démocratie », d’autres ont critiqué une méthode jugée « autoritaire » ou « contre-productive ». Un client, visiblement mécontent, a lancé aux militants : « Vous enlevez Le Monde, c’est ça ? Je ne pense pas que ce soit Bolloré ».
De son côté, la direction de Relay n’a pas encore réagi officiellement, mais l’incident a relancé le débat sur la régulation des kiosques à journaux dans les transports en commun. En 2024, une proposition de loi visant à garantir la diversité des opinions dans ces espaces avait été déposée à l’Assemblée nationale, sans aboutir. « Il est temps que le gouvernement agisse, au lieu de fermer les yeux sur ces dérives », a insisté une militante écologiste présente lors de l’action.
Un enjeu démocratique face à la montée des extrêmes
Cette affaire illustre les tensions croissantes entre liberté de la presse et responsabilité des médias dans une société démocratique. Alors que l’extrême droite gagne du terrain dans les urnes, les observateurs s’interrogent sur l’impact des médias sur l’opinion publique. Une étude récente de l’European Journalism Observatory révélait que les titres proches de l’extrême droite bénéficiaient d’une visibilité disproportionnée dans les Relay, notamment dans les gares des grandes villes.
Pour les collectifs militants, cette situation est « le symptôme d’un système en crise », où l’argent et le pouvoir médiatique se mêlent pour façonner l’opinion. « La propagande, qu’elle vienne de l’extrême droite ou d’un oligarque, tue la démocratie », a rappelé Zoé Pélégry, citant des exemples de pays où la concentration des médias a conduit à des dérives autoritaires, comme en Hongrie ou en Turquie.
Alors que la France se prépare à une année électorale décisive, avec la présidentielle de 2027 en ligne de mire, cette affaire rappelle l’urgence de repenser le paysage médiatique français. Entre pluralisme et neutralité, le débat est plus que jamais d’actualité.
Vers une régulation renforcée des médias ?
Face à l’inaction des pouvoirs publics, les associations appellent à une mobilisation citoyenne. Plusieurs pétitions ont déjà circulé pour demander la rupture du contrat entre la SNCF et Relay, tandis que des élus de gauche ont interpellé le gouvernement sur ce sujet. « La liberté de la presse ne peut justifier la diffusion de haine et de désinformation », a déclaré un député écologiste, sous couvert d’anonymat.
Dans un contexte où les fake news et les discours de division se propagent à vitesse grand V, cette action symbolique rappelle que la bataille pour l’information est aussi une bataille pour la démocratie. Et que, parfois, il faut savoir déménager les symboles du pouvoir pour faire entendre sa voix.