Gauche divisée : les communistes préfèrent Mélenchon à Roussel pour 2027

Par Camaret 05/11/2026 à 16:29
Gauche divisée : les communistes préfèrent Mélenchon à Roussel pour 2027

Gauche radicale en ébullition : neuf députés communistes et ultramarins rallient Mélenchon contre Roussel pour 2027. Une alliance stratégique face à Le Pen et Macron, mais qui creuse les divisions.

Un ralliement historique au sein de la gauche radicale

Neuf députés sur dix-sept du groupe Communiste et ultramarin à l’Assemblée nationale ont choisi, ce jeudi 5 novembre 2026, de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2027, au détriment de leur propre candidat officiel, Fabien Roussel. Cette décision, prise à quelques semaines des premières déclarations de candidature, marque un tournant dans les rapports de force à gauche et relance les spéculations sur la stratégie d’union des forces progressistes face à l’extrême droite.

Parmi les signataires de cette motion, figurent Stéphane Peu (président du groupe), ainsi que cinq députés ultramarins et quatre élus communistes. Leur déclaration, transmise à l’AFP, insiste sur « l’urgence de rassembler les forces de gauche pour barrer la route à Marine Le Pen », favorite des sondages dans un contexte où l’extrême droite caracole en tête des intentions de vote. « À l’approche d’une élection présidentielle aux enjeux immenses, nous prenons nos responsabilités, par-delà nos attaches partisanes », ont-ils justifié, avant d’ajouter : « Nous nous engageons à soutenir la candidature à l’élection présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. »*

Une fracture idéologique au sein du Parti communiste

Cette prise de position, qualifiée par l’un de ses artisans d’« acte de désobéissance civile », révèle les profondes divisions au sein du Parti communiste français (PCF), dont Fabien Roussel n’a pas su, jusqu’à présent, créer une dynamique électorale. Malgré un vote interne en septembre 2026 ayant vu 72 % des militants communistes se prononcer en faveur de leur candidat, les députés dissidents ont choisi de privilégier une alliance stratégique avec la France insoumise (LFI), dont les scores électoraux dépassent désormais ceux du PCF.

Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis, a défendu cette position avec force :

« J’assume cet acte que j’assimile à un acte de désobéissance civile. C’est une objection de conscience. Avec LFI, nous avons beaucoup plus de convergences que de divergences. »*
Une prise de position qui s’inscrit dans la lignée des critiques formulées par l’aile gauche du PCF contre la ligne sociale-démocrate incarnée, selon eux, par des figures comme Raphaël Glucksmann. « Raphaël Glucksmann représente la continuité de la gauche d’accompagnement du libéralisme », a-t-il affirmé, excluant toute perspective de soutien à un candidat perçu comme un relais des politiques économiques européennes austéritaires.

Cette alliance de fait entre une partie du PCF et LFI s’inscrit dans un contexte où les sondages placent désormais Mélenchon en position de force pour le premier tour, face à Marine Le Pen, avec un risque réel de voir la gauche divisée s’effondrer au second tour. En 2022, Fabien Roussel n’avait obtenu que 2,28 % des suffrages, tandis que Mélenchon, malgré son score de 21,95 %, avait été privé d’un duel avec Le Pen en raison de la dispersion des voix à gauche.

Le PCF isolé, la gauche radicale en quête d’unité

Le soutien apporté à Mélenchon par une majorité de députés communistes et ultramarins intervient alors que le parti de Fabien Roussel peine à se repositionner dans un paysage politique en pleine recomposition. Les tensions internes au PCF, entre une direction historique attachée à l’autonomie du parti et une frange plus radicale prête à s’allier avec LFI, illustrent les difficultés d’une gauche divisée à proposer une alternative crédible au libéralisme macroniste et à l’extrême droite.

Parmi les signataires de l’appel, Elsa Faucillon (députée des Hauts-de-Seine), a souligné que cette décision contribuait à « l’union de la gauche de rupture autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon ». De son côté, Paul Vannier (LFI), a salué un « choix très fort » des députés communistes, qui pourrait ouvrir la voie à d’autres ralliements dans les semaines à venir. « Trois de nos collègues, dont Stéphane Peu, sont élus dans des circonscriptions où LFI réalise des scores très élevés. Leur engagement est un signal fort pour la suite », a-t-il déclaré.

Cette dynamique, si elle se confirme, pourrait marginaliser davantage le PCF, dont les cadres historiques peinent à accepter cette alliance pragmatique. Certains y voient une trahison de l’héritage communiste, tandis que d’autres, comme Stéphane Peu, la justifient par la nécessité de « préserver les valeurs de rupture avec le système » face à la montée des extrêmes.

Un enjeu stratégique pour l’avenir politique français

L’élection présidentielle de 2027 s’annonce comme un scrutin décisif pour la gauche française, alors que le pays traverse une période de profondes tensions sociales et politiques. Le gouvernement de Sébastien Lecornu, en place depuis plus d’un an, est fragilisé par des réformes impopulaires et une défiance croissante envers les institutions. Dans ce contexte, la question de l’unité de la gauche devient cruciale, d’autant que les sondeurs anticipent un second tour opposant Marine Le Pen à un candidat du camp présidentiel, avec un risque de polarisation extrême.

Les observateurs politiques s’interrogent désormais sur la réaction de Fabien Roussel, dont la candidature semble désormais menacée par ce ralliement massif. « Ce soutien est un coup dur pour le PCF, qui perd une partie de sa base militante et électorale au profit de LFI », analyse un politologue proche des cercles de gauche. « La question est de savoir si Fabien Roussel parviendra à rebondir, ou si son parti sera réduit à une force marginale dans le paysage politique français. »*

Alors que les premières déclarations de candidature sont attendues dans les prochaines semaines, cette scission au sein de la gauche radicale pourrait bien redéfinir les équilibres politiques pour les années à venir. Une chose est sûre : l’union de la gauche, si elle se concrétise, passera nécessairement par un compromis entre les différentes sensibilités du camp progressiste – ou par leur marginalisation face à l’extrême droite.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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