La France insoumise tourne le dos à une union avec les socialistes
Dans un entretien au ton tranchant diffusé ce jeudi 24 septembre 2026, Manon Aubry, figure de proue de La France insoumise, a balayé d’un revers de main toute hypothèse d’alliance avec le Parti socialiste pour les prochaines élections législatives. S’exprimant depuis les studios de la radio publique, elle a vivement critiqué l’opportunisme des socialistes, tout en réaffirmant la stratégie autonome de son mouvement pour l’élection présidentielle de 2027.
Un débat interne au PS qui ne concerne pas LFI
Alors que le Parti socialiste s’écharpe depuis mercredi soir autour de sa primaire interne, opposant Ségolène Royal, Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, Manon Aubry a choisi de rester en dehors de ce jeu politique. Interrogée sur la pertinence d’une éventuelle alliance entre les deux formations, elle a répondu avec une pointe d’ironie : « Pourquoi faire ? » avant d’ajouter : « Nous, on fait campagne pour gouverner la France, pas pour discuter des querelles internes du PS. »
Le premier débat de la primaire socialiste, marqué par des tensions sur la ligne à suivre face au macronisme, n’a pas retenu son attention. « J’avais un entraînement de waterpolo et j’avais mieux à faire », a-t-elle lancé, sous-entendant que les divergences au sein de la gauche institutionnelle n’étaient qu’un « sifflement dans les oreilles » comparé aux enjeux réels de la campagne.
Le Nouveau Front populaire, un échec selon LFI
Manon Aubry n’a pas hésité à dresser un bilan sans concession du Nouveau Front populaire, cette coalition éphémère qui avait permis à la NUPES de présenter une liste commune aux législatives de 2024. « Je n’ai aucun regret d’avoir participé au Nouveau Front populaire », a-t-elle reconnu, avant de préciser : « Mais force est de constater que le PS n’a pas tenu ses engagements. Il a refusé à plusieurs reprises de censurer les gouvernements macronistes, acceptant des budgets qui ont saigné le pouvoir d’achat des Français. Aujourd’hui, nous payons encore le prix de ces trahisons. »
Pour elle, la cohérence fait défaut à un Parti socialiste qui, selon elle, alterne entre postures radicales et compromissions avec le centre. « La cohérence n’est pas ce qui a marqué le PS ces dernières années », a-t-elle asséné, soulignant que seule une gauche unie derrière des propositions claires pourrait triompher de l’extrême droite en 2027.
« Seule LFI peut battre l’extrême droite »
Affirmant sans détour que « seul Jean-Luc Mélenchon est en capacité d’aller au second tour », Manon Aubry a appelé les électeurs de gauche à se mobiliser derrière sa candidature. « À ceux qui se demandent quelle est l’option pour l’emporter face à l’extrême droite, je réponds : il n’y a qu’une seule solution. Jean-Luc Mélenchon peut y arriver, et c’est pour cela que nous avons déjà récolté plus de 80 000 parrainages citoyens sur notre plateforme. »
Elle a également écarté l’hypothèse d’une alliance électorale avec le PS, estimant que toute collaboration serait vouée à l’échec en raison du manque de fiabilité des socialistes. « Si une alliance est signée aujourd’hui et qu’elle est rompue dans deux semaines, deux mois ou deux ans, que vaut encore la parole politique ? Nous préférons miser sur le peuple de gauche, pas sur les appareils partisans. »
Olivier Faure ou François Hollande ? Le PS en pleine confusion
Interrogée sur la primaire socialiste, Manon Aubry a estimé que le vainqueur de ce scrutin pourrait ne même pas être en mesure de se présenter à l’élection présidentielle. « Je ne suis même pas sûre que le gagnant de la primaire soit encore sur la ligne de départ en avril prochain », a-t-elle lancé. « J’ai cru comprendre que François Hollande était en embuscade. » Une manière de souligner l’instabilité chronique d’un parti qui peine à se reconstruire après des années de divisions et d’alliances contre nature.
Alors que Olivier Faure, actuel premier secrétaire, tente de présenter une image rassembleuse, Manon Aubry a balayé l’hypothèse d’un ralliement de LFI à sa candidature. « Ce n’est pas une question de personne, c’est une question de programme. Nous avons une équipe soudée derrière un projet clair : augmenter le Smic à 1 700 euros nets, rétablir la retraite à 60 ans, bloquer les prix de l’énergie et des denrées de base. Le PS, lui, n’a qu’une obsession : survivre à lui-même. »
Une gauche en quête de crédibilité
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où la gauche française, fragmentée et affaiblie, tente désespérément de retrouver une légitimité face à la montée des extrêmes. Les derniers sondages placent Marine Le Pen en tête des intentions de vote pour 2027, tandis que la droite macroniste, incarnée par Sébastien Lecornu, peine à incarner une alternative crédible.
Pour Manon Aubry, la solution passe par un recentrage sur les revendications populaires et une rupture nette avec les logiques de pouvoir. « Nous ne sommes pas en campagne pour devenir les sous-traitants d’un gouvernement qui continuerait à appliquer les politiques libérales, a-t-elle martelé. Les électeurs de gauche méritent mieux que des alliances opportunistes et des trahisons répétées. »
Alors que les débats internes au PS s’enlisent dans des querelles de personnes, La France insoumise semble déterminée à tracer seule sa route, quitte à se priver d’alliances qui pourraient pourtant s’avérer stratégiques. Une position qui interroge sur l’avenir même de la gauche française dans un paysage politique de plus en plus polarisé.
L’union de la gauche, un mirage ?
Les propos de Manon Aubry révèlent une fracture profonde au sein de la gauche française, bien plus large que le simple clivage entre LFI et le PS. Alors que certains appellent à une unité minimale face à la menace d’extrême droite, d’autres, comme LFI, refusent toute compromission avec des forces qu’ils jugent responsables de l’affaiblissement de la gauche radicale.
Dans un contexte où Emmanuel Macron, en fin de mandat, tente de maintenir un équilibre précaire entre réformes libérales et concessions sociales, la gauche se trouve dans une impasse. Les divisions entre écologistes, communistes, socialistes et insoumis rendent toute coalition difficile, voire impossible.
Manon Aubry, pragmatique, mise sur la mobilisation populaire plutôt que sur des accords entre partis. « Nous n’avons pas besoin des appareils politiques pour gagner, a-t-elle conclu. Nous avons besoin des citoyens. C’est avec eux que nous construirons la France de demain. » Une déclaration qui résonne comme un défi lancé à une gauche traditionnelle en pleine crise d’identité.