Gauche en ébullition : entre divisions et espoir face au RN avant 2027

Par Decrescendo 12/09/2026 à 12:28
Gauche en ébullition : entre divisions et espoir face au RN avant 2027

La gauche française en pleine tourmente avant 2027 : divisions internes, peur du RN et quête désespérée d’unité. Entre Mélenchon, Roussel et les défis européens, peut-elle éviter l’effondrement ?

À La Courneuve, la gauche se cherche un destin face à l’ombre grandissante du RN

Sous un ciel d’un bleu éclatant, la Fête de l’Humanité bat son plein ce week-end dans le parc départemental de La Courneuve. L’événement, symbole historique de la gauche française, se tient cette année dans un contexte politique particulièrement tendu, à quelques mois seulement de l’échéance présidentielle de 2027. Autour des stands colorés et des scènes improvisées, l’ambiance oscille entre fête militante et débats angoissés sur l’avenir du pays.

Car si les visiteurs profitent des concerts, des débats culturels et des discussions enflammées sur l’écologie ou les droits sociaux, l’ombre du Rassemblement national plane. Les sondages, qui donnent systématiquement le RN en tête du premier tour, alimentent un sentiment de défiance généralisée au sein de la gauche. « On sent une tension nouvelle, comme si l’urgence nous rattrapait », confie une militante communiste, les yeux rivés sur la scène où s’exprime un député européen. « Le risque est réel, et personne ne veut se voiler la face. »

Des divisions qui minent l’unité de la gauche

Si la peur de l’extrême droite unit dans l’absolu, les désaccords sur la stratégie à adopter pour 2027 révèlent des fractures profondes. Jean-Luc Mélenchon, figure incontournable de la NUPES, cristallise une partie des tensions. Certains lui reprochent sa précipitation à se déclarer candidat, dès l’été 2025, « avant même que les autres forces de gauche n’aient eu le temps de s’organiser ». « Il a brisé la dynamique collective, comme s’il voulait imposer son leadership par la force », s’irrite un militant socialiste, qui préfère garder l’anonymat. « Mélenchon s’est autoproclamé bien trop tôt. Sans concertation, sans compromis. »

D’autres, en revanche, défendent son bilan et son rôle central dans la résistance à l’extrême droite lors du second tour de 2022. « Il a sauvé l’honneur de la gauche en empêchant le RN de l’emporter face à Macron. Même si on n’est pas d’accord sur tout, il reste le seul à avoir une stratégie claire contre l’extrême droite », argue une étudiante en sciences politiques, un exemplaire du Monde Diplomatique à la main. « Statistiquement, il a fait 22 % en 2022. Pourquoi n’en ferait-il pas autant en 2027 ? »

Face à lui, Fabien Roussel, le candidat communiste, tente de se frayer un chemin dans un paysage politique dominé par les divisions. Avec seulement 2 % des intentions de vote en 2022, son score avait été perçu comme un échec cuisant pour son parti. Pourtant, à l’approche de cette nouvelle présidentielle, Roussel mise sur une campagne axée sur les classes populaires et le « réalisme économique », une stratégie qui séduit une frange de l’électorat traditionnel du PCF. « La gauche ne peut pas gagner si elle reste prisonnière de ses dogmes. Il faut parler aux ouvriers, aux ruraux, pas seulement aux bobos parisiens », plaide un militant lors d’un débat en plein air.

Le syndrome du « vote utile » et la peur du désistement républicain

Au-delà des querelles de leadership, c’est la question du front républicain qui obsède les sympathisants. Beaucoup redoutent qu’en cas de duel entre Mélenchon et le RN au second tour, une partie de l’électorat modéré ne se mobilise pas pour le leader insoumis. « On a vu en 2022 comment certains ont préféré s’abstenir plutôt que de voter pour lui. Si ça se reproduit, c’est le RN qui gagne », s’inquiète un ancien élu local, les mains enfoncées dans les poches de son blouson en jean.

« La stratégie de Mélenchon, c’est de faire peur pour mobiliser, mais ça peut aussi braquer », analyse une politologue présente sur place. « Le problème, c’est qu’il n’a pas su construire une alliance durable avec le PS ou les écologistes. Résultat : tout le monde veut y aller seul, et y a pas de place pour tout le monde. » Cette phrase, reprise en chœur par plusieurs participants, résume l’état d’esprit ambiant : la gauche est en train de se saborder elle-même.

Pourtant, malgré ce pessimisme ambiant, l’espoir persiste. « Il faut y croire, sinon rien ne changera », insiste une retraitée, qui arbore fièrement un badge « Plus jamais ça » en référence aux années Le Pen. « Si on abandonne maintenant, on donne le pays aux extrémistes. » Son voisin, un syndicaliste, renchérit : « La Fête de l’Humanité, c’est un lieu où on se souvient que la lutte paie. Même si les temps sont durs, on ne lâche rien. »

L’Europe et la gauche : un mariage impossible ?

Si la gauche française semble paralysée par ses contradictions, son rapport à l’Europe ajoute une couche de complexité. Beaucoup de militants, notamment chez les plus jeunes, critiquent une Union européenne perçue comme néolibérale et technocratique. Pourtant, lors des débats organisés dans le cadre de la Fête, peu osent proposer une sortie de l’UE, de peur de donner des arguments aux souverainistes. « L’Europe, c’est un piège, mais c’est aussi le seul cadre où on peut faire avancer des politiques sociales », estime une militante écologiste. « Le vrai défi, c’est de la réformer de l’intérieur. »

Cette question divise même au sein du Parti socialiste, où certains appellent à une alliance avec les Verts et les communistes pour peser dans les institutions européennes. « La gauche doit cesser de se battre uniquement sur le plan national. Les enjeux climatiques, migratoires ou économiques se jouent aussi à Bruxelles », rappelle un député européen présent lors d’une table ronde.

Face à cette gauche en lambeaux, le gouvernement Lecornu II, issu d’une majorité présidentielle affaiblie, observe la scène avec un mélange d’indifférence et de satisfaction. « Pendant ce temps, la droite traditionnelle se contente de gérer le quotidien, tandis que l’extrême droite croit son heure venue », soupire un observateur. « La gauche, elle, est trop occupée à se déchirer pour voir le danger. »

Et si la solution venait de l’étranger ?

Ironie de l’histoire : alors que la gauche française peine à s’unir, des modèles étrangers inspirent certains militants. Le Brésil de Lula, souvent cité en exemple, montre qu’une coalition de gauche peut gouverner malgré des divisions initiales. « Chez nous, on a réussi à faire front commun contre Bolsonaro. Pourquoi pas en France ? » s’enthousiasme une militante brésilienne venue expliquer son parcours lors d’un atelier. « La clé, c’est de mettre de côté les ego et de se concentrer sur l’essentiel : battre l’extrême droite. »

D’autres s’inspirent du modèle allemand, où Die Linke et les Verts ont su former une alliance durable, malgré des différences idéologiques marquées. « En Allemagne, ils ont compris que la survie passait par le compromis. Ici, on refuse même de discuter. C’est suicidaire », déplore un ancien cadre du PS.

Pourtant, en cette fin de journée, alors que le soleil commence à descendre derrière les arbres du parc, l’ambiance reste résolument festive. Entre deux concerts, des militants entonnent L’Internationale, tandis que des enfants courent entre les stands. « La Fête de l’Humanité, c’est aussi ça : une célébration de la résistance. Même si le chemin est long, on avance », lance un vieux militant communiste, un verre de vin à la main. « 2027, ce sera peut-être notre dernière chance. Alors on se bat. »

Ce que disent les chiffres

Selon les dernières enquêtes d’opinion publiées ce mois-ci, le Rassemblement national caracole en tête du premier tour de la présidentielle, avec près de 30 % des intentions de vote. Derrière, Emmanuel Macron, dont l’image s’est fortement dégradée depuis le début de son second mandat, plafonne à 22 %. La gauche, elle, est divisée : Mélenchon arrive en tête parmi les sympathisants de gauche avec 18 %, talonné par les écologistes (12 %) et le PS (10 %). Fabien Roussel, lui, stagne à 5 %, loin des ambitions affichées.

Ces chiffres, largement commentés lors de la Fête, révèlent une tendance inquiétante : l’électorat de gauche est en train de se disperser, au profit des abstentionnistes ou, pire, des extrêmes. « Si ça continue comme ça, on va vers une défaite historique », avertit un économiste présent lors d’un débat. « Et après, qui va nous défendre ? »

Le rôle des médias dans la polarisation

Derrière les divisions internes, beaucoup pointent du doigt le rôle des médias dans l’amplification des clivages. « Les chaînes d’info en continu ne parlent que de Mélenchon ou du RN. Résultat : on a l’impression que c’est le seul débat qui existe », dénonce un journaliste indépendant présent sur place. « Les vrais enjeux – écologie, justice sociale, Europe – sont relégués au second plan. »

Certains militants appellent à une refonte du paysage médiatique, avec la création de médias alternatifs plus transparents. « Il faut sortir de cette logique où chaque camp a son média qui ne parle que pour lui. La vérité, elle est souvent ailleurs », plaide une militante féministe.

Alors que la nuit tombe sur la Fête de l’Humanité, une chose est sûre : la gauche française n’a jamais été aussi proche du gouffre, mais jamais non plus aussi déterminée à se battre. Entre espoirs déçus et volontarisme tenace, le combat pour 2027 s’annonce comme l’un des plus difficiles de son histoire. « On a survécu à pire », murmure une vieille militante en regardant la foule. « Alors on va continuer. Même si on doit tout recommencer. »

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (1)

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Claude54

il y a 47 minutes

La gauche en 2027 ? Plus proche du cauchemar que de l’espoir... RN qui monte et eux qui se déchirent. Pathétique. pfff

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