« La menace ne paraît pas si lointaine » : Charlotte Gainsbourg incarne Gisèle Halimi et alerte sur la régression des droits des femmes
Dans un entretien marquant diffusé ce mercredi 4 novembre 2026 au 13 Heures, Charlotte Gainsbourg a révélé les émotions profondes suscitées par son rôle dans L’affaire Marie-Claire, un film qui replonge le public dans l’un des procès les plus emblématiques de la lutte pour les droits des femmes en France. Adapté du combat juridique de Gisèle Halimi, ce long-métrage met en lumière un moment clé de l’histoire contemporaine où la justice, encore aujourd’hui dominée par des structures patriarcales, fut contrainte de reconnaître une réalité trop longtemps niée : le droit des femmes à disposer de leur corps.
Le tournage s’est déroulé dans l’enceinte même du tribunal de Bobigny, où en 1972, Gisèle Halimi défend avec ferveur neuf femmes accusées d’avoir avorté. Un lieu chargé d’histoire, où chaque recoin résonne des échos d’un combat qui, près de cinq décennies plus tard, reste d’une brûlante actualité. Charlotte Gainsbourg, qui prête ses traits à l’avocate féministe, évoque avec une sincérité rare les frissons ressentis en foulant le parquet de cette salle d’audience. « Ça me fait quelque chose », confie-t-elle, les yeux humides, avant d’ajouter : « La robe de Gisèle Halimi est là, derrière moi. Je ne l’ai pas portée, de peur de l’abîmer. »*
Un procès qui résonne avec les reculs actuels en Europe
Le film s’ouvre sur une séquence choc : Gisèle Halimi, incarnée avec une intensité rare, s’adresse aux accusées avec une force inouïe : « Ne vous excusez pas. » Des mots simples, mais d’une puissance politique inégalée, qui résonnent avec les débats contemporains sur la remise en cause du droit à l’avortement dans des pays comme les États-Unis ou la Pologne. Charlotte Gainsbourg souligne d’ailleurs avec justesse : « On ne se rend pas compte de l’injustice que nous avons traversée. Moi, j’avais un an en 1972, mais aujourd’hui, je réalise l’ampleur des obstacles que les femmes ont dû surmonter. »*
La comédienne, qui a longuement préparé son rôle en s’appuyant sur les archives du procès et sur les témoignages des femmes impliquées, insiste sur la sororité qui a émergé pendant le tournage. « Il y avait une vraie solidarité entre nous, comme une chaîne invisible. » Une dynamique qui contraste cruellement avec les divisions actuelles de la société française, où l’extrême droite, portée par des figures comme Marine Le Pen, multiplie les attaques contre les droits des femmes, que ce soit sur l’avortement, la contraception ou l’égalité salariale.
La plaidoirie historique, un miroir tendu vers l’Europe réactionnaire
Parmi les moments les plus marquants du film figure la plaidoirie de Gisèle Halimi, dont les termes exacts ont été repris à l’écran. « La maternité n’est pas une fonction, elle n’est pas un destin biologique imposé par l’État. Elle doit être choisie pour être digne. »* Une déclaration qui, en 2026, résonne comme un avertissement face à la montée des régimes illibéraux en Europe de l’Est, mais aussi face aux reculs observés en France, où le gouvernement Lecornu II peine à protéger les acquis sociaux face à une droite de plus en plus radicale.
Charlotte Gainsbourg, visiblement émue, revient sur la préparation de cette scène : « C’était un défi énorme. On avait réduit la plaidoirie pour le film, mais chaque mot était fidèle à l’original. J’ai eu peur de ne pas être à la hauteur, mais les témoignages des autres actrices m’ont porté. »* Une peur qui n’est pas sans rappeler celle des militantes féministes d’aujourd’hui, confrontées à un contexte politique où les droits des femmes sont de plus en plus instrumentalisés.
Un héritage menacé : l’avertissement de Marie-Claire et de sa fille
Le film rend également hommage à Marie-Claire Chevalier, jeune fille au cœur du procès de Bobigny, décédée en 2022 à l’âge de 66 ans. Sa fille, Jennifer, a accepté de rencontrer l’équipe du tournage, offrant ainsi un lien tangible entre le passé et le présent. « Elle est venue sur le plateau, c’était très émouvant. »*, raconte Charlotte Gainsbourg, soulignant l’importance de cet échange. Une rencontre qui rappelle avec force que les conquêtes féministes ne sont jamais définitivement acquises, et que leur préservation exige une vigilance constante.
L’avertissement est clair : alors que des pays comme les États-Unis ou la Hongrie reculent sur les droits des femmes, la France n’est pas à l’abri. « La menace ne paraît pas si lointaine, ça fout la trouille », confie l’actrice, faisant écho aux craintes d’une société française divisée, où l’extrême droite gagne du terrain et où les acquis sociaux sont de plus en plus fragilisés par une droite libérale et conservatrice.
Gisèle Halimi, une figure intemporelle dans un pays en crise
Le film L’affaire Marie-Claire ne se contente pas de raconter une histoire du passé. Il pose une question brûlante : comment une démocratie moderne peut-elle tolérer que les droits des femmes soient remis en cause, alors que l’Europe elle-même, pilier des valeurs progressistes, voit émerger des régimes hostiles aux droits humains ? En incarnant Gisèle Halimi, Charlotte Gainsbourg rappelle que le combat pour l’égalité ne s’est jamais éteint. « J’aurais aimé en savoir plus sur l’engagement de ma mère », confie-t-elle en référence aux luttes féministes des années 1970, un héritage que la France de 2026 semble parfois oublier.
Alors que le quinquennat Macron touche à sa fin dans un climat d’instabilité politique, et que les sondages laissent entrevoir une montée inexorable de l’extrême droite, ce film arrive à point nommé. Il rappelle que les droits des femmes ne sont pas des privilèges, mais des conquêtes arrachées de haute lutte, et que leur défense exige une mobilisation permanente.
Dans un contexte où la crise politique en France s’aggrave, où les divisions à gauche se creusent et où l’extrême droite menace les fondements démocratiques du pays, L’affaire Marie-Claire s’impose comme un électrochoc. Un rappel que les combats d’hier sont ceux de demain, et que l’inaction aujourd’hui pourrait sceller le retour en arrière de demain.
Un film qui secoue les consciences, à l’heure où les droits des femmes sont en sursis
Alors que les salles de cinéma affichent complet pour cette projection, et que les réseaux sociaux s’embrasent sous le hashtag #LeDroitDesFemmesEstUnCombat, une question s’impose : la France de 2026 saura-t-elle tirer les leçons de son histoire ? Ou faudra-t-il, comme en 1972, qu’une Gisèle Halimi se lève pour rappeler que le corps des femmes n’appartient à personne d’autre qu’à elles-mêmes ?
Une chose est sûre : dans un pays où l’extrême droite grignote chaque jour un peu plus d’espace, où la droite traditionnelle se complaît dans le statu quo et où la gauche peine à s’unir, L’affaire Marie-Claire n’est pas qu’un film. C’est un appel à la résistance.
Et si les spectateurs ressortent de la séance avec une certitude, c’est celle-ci : les droits des femmes ne sont pas une option, mais une condition sine qua non de toute démocratie digne de ce nom.